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Jungle de Calais démantelée: huit migrants se cousent la bouche pour protester

Huit migrants iraniens se sont cousus la bouche mercredi afin de protester contre le démantèlement de la partie sud de la "jungle" de Calais, mené par l'Etat depuis lundi.

Ils se sont cousus la bouche avec du fil et des aiguilles, et ont défilé dans une allée du bidonville de Calais. Huit migrants iraniens ont voulu protester de la manière forte contre le démantèlement d'une partie de la "Jungle", entamé lundi dernier par les autorités, sur décision préfectorale. 

"We are humans" ("Nous sommes humains") ou encore "Where is your democracy? Where is our freedom?" ("Où est votre démocratie? Où est notre liberté?"), pouvait-on lire sur deux des pancartes brandies. "Ces huit Iraniens se sont cousus la bouche parce que leur cabane venait d'être détruite", a abondé François Guennoc, de l'association L'Auberge des migrants.

"Ils nous ont sollicité pour qu'on leur couse la bouche, nous avons bien sûr refusé", a rapporté Olivier Marteau, responsable de Médecins sans frontières pour Calais. "Ils ont fait ça eux-mêmes de façon peu sanitaire, en stérilisant des aiguilles en les chauffant", a-t-il ajouté, confiant qu'il "s'attend par conséquent à les recevoir bientôt en consultation médicale".

Inquiétude après la fin de la trêve hivernale

Selon le responsable associatif, "cela montre bien que les solutions proposées ne leur conviennent pas", que ce soit le départ dans l'un des 102 Centres d'accueil et d'orientation de France, dans le Centre d'accueil provisoire de 1.500 places installé dans la partie nord du bidonville ou dans l'une des 50 tentes de la Sécurité civile. 

D'ailleurs, la Fédération d'associations de solidarité a pointé mercredi des dysfonctionnements dans le dispositif des centres d'accueil mis en place pour loger les évacués de la "jungle" de Calais. Elle a dénoncé un manque d'information fournie à ceux qui acceptent de quitter le camp, et s'est inquiété de l'avenir des réfugiés au-delà du 31 mars, lorsque bon nombre des centres d'accueil fermeront après la fin de la trêve hivernale.

"Rien ne justifie de telles extrémités"

La préfète du Pas-de-Calais a évoqué sa "profonde émotion" lorsqu'elle a appris la nouvelle, arguant que "tout sera mis en oeuvre pour que ces personnes soient pris en charge pour recevoir des soins appropriés".

"Pour autant, rien ne justifie de telles extrémités alors même que l’Etat met tout en œuvre pour sortir les migrants des conditions indignes dans lesquelles ils survivent dans la zone Sud", poursuit Fabienne Buccio. "La désinformation et les discours extrémistes, qui déforment à l’envi la réalité des solutions proposées, créent un climat de tensions irrationnelles et injustifiées, alors même que toutes les énergies doivent être déployées pour apporter assistance et secours aux migrants", conclut-elle.

A. G. avec AFP