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"Je suis épouvantablement fatiguée": la directrice d'école qui s'est suicidée à Pantin racontait son "épuisement" dans une lettre

Choqués, les parents d'élèves évoquent une directrice impliquée et engagée dans son travail. Du côté des syndicats, on dénonce des conditions de travail dégradées et la pression accrue du ministère de l'Education nationale.

"Épouvantablement fatiguée et épuisée", la directrice d'une école maternelle de Pantin en Seine-Saint-Denis, a été retrouvée morte lundi dans l'établissement qu'elle dirigeait. Dans une lettre envoyée à plusieurs directeurs d'école de la ville et que BFMTV a pu consulter, la quinquagénaire fait part de sa fatigue, des journées à rallonge et de l'abandon de sa hiérarchie.

"La succession d’inspecteurs qui passe ne se rend pas compte à quel point tout le monde est épuisé. Les directeurs sont seuls (...) Les parents ne veulent pas de réponses différées, tout se passe dans la violence de l’immédiateté. Ils sont particulièrement exposés et on leur en demande de plus en plus sans jamais les protéger. La semaine après la rentrée, ils sont déjà épuisés", écrit-elle notamment.

Dans sa lettre, la directrice âgée de 58 ans évoque aussi "la course aux enseignants faite le samedi après-midi pour le lundi", et les multiples "soucis à régler" qui occupent le temps de travail "bien au-delà du temps rémunéré", avant d'assurer ne pas faire confiance "au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution".

"On a de plus en plus de pression qui arrive du ministère"

L'événement a bouleversé les parents d'élèves qui décrivent une directrice très engagée dans son travail: "Elle était présente, c’était une directrice d’école extrêmement impliquée. Elle connaissait tous les enfants par leurs prénoms, elle était extrêmement professionnelle, avec elle on savait nos enfants en sécurité", assure une parent d’élève à BFMTV

Une situation qui ferait écho à celle de beaucoup de personnels enseignants, estime une autre directrice d'établissement: "On peut tous s’y reconnaître. Les conditions de travail sont de plus en plus difficiles, on a de plus en plus de pression qui arrive du ministère et on perd le goût de notre métier qui se retrouve dénaturé", assure à BFMTV Marie-Hélène Plard, secrétaire départementale du Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC de Seine-Saint-Denis (SNUipp 93).

Depuis lundi et la découverte du corps de la directrice de 58 ans, une cellule d’écoute est sur place et doit rester mobilisée le temps nécessaire pour accompagner professeurs, enfants et parents. Des professeurs remplaçants sont également mobilisés pour appuyer les équipes très choquées.

Elise Philipps, David Couloume avec Guillaume Dussourt