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Interdit dans plusieurs pays européens, l'élevage d'animaux à fourrure se maintient en France

Mannequins défilant lors de la présentation de la collection hiver 2018/2019 de Givenchy, le 4 mars 2018.

Mannequins défilant lors de la présentation de la collection hiver 2018/2019 de Givenchy, le 4 mars 2018. - Alain Jocard - AFP

Alors que plusieurs pays européens viennent de décider d'interdire l'élevage d'animaux pour leur fourrure, la filière française se perpétue. Quels élevages trouve-t-on en France et pour quel commerce?

Le gouvernement norvégien a présenté mercredi un texte visant à interdire d'ici à 2025 les élevages d'animaux à fourrure dans le pays, comme l'ont déjà fait une dizaine d'États en Europe. La France n'en fait pas partie. Dans l'Hexagone, on retrouve 5 élevages de visons, et 11 de lapins orylag, destinés à la production de fourrures.

"Certaines fourrures, comme le lapin ou l'agneau proviennent directement des animaux consommés pour leur viande", explique le site de la Fourrure française.

La France, pas un gros producteur de fourrures

La fédération française des métiers de la fourrure (FFMF) n'a pas pu donner de chiffre exact, mais d'après l'association de protection animale OneVoice, en 2016, 200.000 visons étaient élevés en France. "Il y a au minimum 2000 visons par élevage", explique de son côté la Société anti-fourrure à BFMTV.com. 

Dernièrement en France, un éleveur d’Emagny (Doubs) avait déposé une demande pour agrandir son élevage et passer de 2000 à plus de 18.000 visons. Il s’était heurté au refus de la préfecture en janvier 2018, rapportait alors Ouest-France.

Ces chiffres restent très modestes comparés aux plus de 4 millions de peaux produites chaque année par les Pays-Bas, avant qu'ils ne votent l'interdiction de la pratique en 2012.

300 millions d'euros de chiffre d'affaires par an

Si la filière française vante ses méthodes d'élevage, les associations de protection animale attaquent fréquemment les producteurs de fourrure, les accusant de maltraitance à l'égard des animaux. Mais entre les élevages, les tanneurs ou encore les détaillants, le marché de la fourrure reste florissant dans l'Hexagone.

Il représente "300 millions d'euros de chiffre d'affaires en France, un chiffre qui reste plutôt stable", explique Pierre-Philippe Frieh, porte-parole de la FFMF, contacté par BFMTV.com. "L'exportation seule représente 100 millions d'euros, un chiffre en constante augmentation depuis 5 ans", assure celui-ci.

Cette filière est particulièrement tournée vers l'industrie du luxe, et la très bonne image des maisons de haute couture de l'hexagone pousse les étrangers à venir se fournir chez les artisans français, explique le porte-parole. C'est également la raison qui explique que les élevages d'animaux à fourrure soient encore autorisés en France: "le lobby de la fourrure est très très important dans l'hexagone", explique Muriel Arnal, présidente de OneVoice (association luttant contre l'exploitation animale), contactée par BFMTV.com.

"La France n'est pas un gros producteur de fourrure, en revanche c'est un pays phare dans le monde du luxe", explique Muriel Arnal. "Si la fourrure est interdite chez nous, ce serait un trop gros électrochoc pour le monde de la mode".

Une filière régulièrement décriée

Certains grands acteurs du luxe ont pourtant décidé de se passer de cette matière première, dans le cadre d'un engagement pour la protection des animaux. Dernièrement, ce fut le cas Donatella Versace, à la tête de la maison de haute couture italienne du même nom, ou encore du français Jean-Paul Gaultier, en 2018. Ils ont emboîté le pas à plusieurs marques prestigieuses comme Gucci, Furla, Michael Kors, Armani, ou encore Hugo Boss.

"Les conditions d'élevage et de mise à mort des animaux pour leur fourrure relèvent de la pire des cruautés", avait souligné Jacques-Charles Fombonne, président bénévole de la SPA, en novembre 2018, après la décision de Jean-Paul Gaultier.

Dernièrement, une vidéo de L214 montrant un élevage de visons en France avait particulièrement choqué. On y voit des animaux très agités, parfois gravement blessés, à plusieurs dans des cages sales, dans une salle sombre. Mais la fédération française des métiers de la fourrure assure que les associations ont créé et créent encore "des légendes autour de la fourrure, ils cherchent avant tout à interdire l'élevage".

Soumis aux règles de l'élevage et de l'abattage

L’article L214-1 du Code rural et de la pêche maritime précise notamment que "tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce." L’arrêté du 15 septembre 1986 fixe de son côté les règles techniques spécifiques concernant les élevages de visons au titre de la protection de l’environnement.

Dans le cadre de l'élevage de visons, les associations maintiennent les critiques, notamment car "ce sont des animaux semi-aquatiques" et que leur vie dans des cages métalliques est "un enfer", selon 30 millions d'amis. Muriel Arnal souligne de son côté une "industrie très polluante", notamment à cause des rejets et des cadavres de ces animaux carnivores, qui polluent les sols et les cours d'eau.

De plus "on a déjà vu des visons d'élevage s'échapper", explique la présidente de OneVoice. "Il s'agit de bêtes carnivores importées d'Amérique du Nord. Relâchées dans la nature, elles peuvent porter atteinte à la biodiversité en tuant la faune existante".

Pour la filière de la fourrure, en revanche, le vison reste un "animal parfaitement adapté à la vie en élevage".

La garantie WelFur mise en avant

Face aux nombreuses remontrances d'associations, Pierre-Philippe Frieh souligne également le programme WelFur, reconnu par la commission européenne. Pour rappel, "l'Europe est le principal fournisseur de fourrures au niveau mondial", explique Pierre-Philippe Frieh. Sur les peaux européennes présentées chaque année, "80% sont par exemple vendues à des acheteurs asiatiques".

WelFur est un "label Européen mis au point par des scientifiques, pour une harmonisation des pratiques et un accompagnement des éleveurs pour des conditions optimales" de production. Appliquer ce label sur ses élevages de fourrures devrait assurer qu'elles respectent certaines normes, notamment au niveau de la nutrition, de la santé et de l'attitude vis à vis des bêtes, soit le bien-être animal.

Le programme WelFur a été "mis en place volontairement par le secteur européen de la fourrure en 2009", explique le site consacré. Il sera complètement opérationnel d'ici à 2020.

Salomé Vincendon