BFMTV

Deux pétitions contre une marque française de peluches en fourrure véritable

Des peluches dans une grande surface (photo d'illustration)

Des peluches dans une grande surface (photo d'illustration) - Mychèle Daniau-AFP

Une marque française qui fabrique des peluches en fourrure véritable se trouve sous le feu des critiques. Plusieurs pétitions demandent que l'entreprise Histoires de bêtes cesse ses activités.

Des peluches pour enfants en fourrure véritable. Des oursons et des petits lapins en vison, aux museaux en cuir d'agneau ou en peau de crocodile. La marque française Histoires de bêtes, qui propose des peluches 100% made in France et en fourrure animale, est au cœur d'une controverse. 

Plusieurs pétitions mises en ligne fin décembre par des militants de la cause animale, et qui réclament la fin de la production de ces peluches, cumulaient ce jeudi près de 45.000 signatures. "Nous disons stop à la barbarie! Quel supplément d'âme peut bien résider dans un objet pour enfant fabriqué avec un animal mort?" s'interroge une militante de la cause animale, membre de plusieurs associations, à l'origine de l'une des trois pétitions.

"Torturer des animaux"

"Je suis extrêmement choquée qu'on puisse fabriquer des peluches pour enfants en tuant des animaux, profondément choquée et déçue. Un enfant n'a en aucun cas besoin de cadavres pour jouer. Ce fléau doit être éradiqué", s'indigne Mina Antico, la militante qui a choisi un pseudonyme, jointe par BFMTV.com.

''Des peluches d'exception avec un supplément d'âme et de douceur'', se présente la marque sur son site, qui propose des bijoux de sac en crocodile, raton laveur et vison de 180 à 420 euros, ainsi que des peluches en lapin, vison et agneau de 850 à 1.800 euros.

"À l'heure où notre société s'enquiert de plus en plus du bien-être animal, pouvons-nous tous et toutes laisser une telle entreprise torturer des animaux pour le 'bien-être' de bambins à parents fortunés?" s'inquiète Valérie Ducrocq Coupé, éducatrice canine dans le Nord, qui a lancé une seconde pétition.

Une troisième rappelle que de grands noms de la mode ont décidé d'exclure la fourrure de leurs collections et que "aucun argument ne peux légitimer cette pratique barbare et inhumaine". Histoires de bêtes assure confectionner des peluches faites main depuis 1980. Et indique acheter "les cuirs, laines et fourrures à des entreprises françaises". "Notre principal éleveur a une ferme dans le sud-ouest de la France et fait ce travail depuis plus de trente ans. Il y reçoit régulièrement les associations."

"Nous croyons aux matières naturelles"

Kiama Colas, sa présidente, a assuré à LCI avoir reçu "des milliers de messages d'insultes, d'injures et de menaces de mort". "J'ai dû enlever les mentions légales du site car je me fais harceler. Je suis terrorisée par les proportions que cela prend." La patronne souhaite porter plainte.

Si elle dit comprendre les inquiétudes des militants de la cause animale, elle indique produire peu de pièces, une dizaine par mois, et se défend en expliquant produire "de manière éthique". Sur son site internet, elle s'adresse à "tous ceux qui sont contre la fourrure, le cuir, même la laine et préfèrent se tourner vers des matières synthétiques".

"Nous comprenons leur point de vue. Néanmoins nous ne sommes pas d'accord. L'industrie pétrochimique et notre attachement aux matières fossiles n'ont toujours pas résolu ces sujets. Nous croyons aux matières naturelles, aux petites productions locales." Et remercie "les associations de défense des animaux pour leur travail de veille afin de dénoncer les élevages à l'étranger notamment qui sont peu scrupuleux sur leurs méthodes et n'ont aucun contrôle". ​

"Pourquoi pas des animaux empaillés"

Mais pour Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d'Amis, pas d'éthique lorsqu'il s'agit de fourrure. "C'est de la barbarie gratuite, s'indigne-t-elle pour BFMTV.com. Alors que nous essayons de sensibiliser les jeunes générations, comment des parents peuvent-il avoir l'inconscience d'acheter des cadavres d'animaux à leurs enfants? C'est d'autant plus choquant que ce type de produit s'adresse aux plus jeunes. Pourquoi pas des animaux empaillés alors pour faire plus vrai."

Et selon elle, l'argument des élevages français mis en avant par la marque n'est en rien un gage de moindre souffrance pour les animaux.

"Il faut voir ce que c'est un élevage de vison. Je sais ce que c'est, j'y suis allée. C'est d'une cruauté terrible. Et les pires élevages que j'ai pu visiter, c'était en France. Cet argument, c'est de la langue de bois. Quand on achète de la fourrure, il faut être conscient de ce que cela implique et l'assumer."

Histoires de bêtes, un "bouc-émissaire" 

Un point de vue que partage Nicolas Duhamel, président de l'association Animalter, qui milite pour un comportement plus responsable envers les animaux.

"Un élevage de fourrure éthique, c'est un non sens absolu, proteste-t-il pour BFMTV.com. C'est une façon de se voiler la face et de faire l'autruche. Tout comme l'argument écologique. C'est une industrie indéfendable."

Mais le militant reconnaît que l'entreprise Histoires de bêtes a été désignée comme le "bouc-émissaire" par certains défenseurs de la cause animale, sur laquelle les réseaux sociaux se sont "acharnés". "C'est vrai que c'est injuste par rapport à des industriels qui produisent dans des quantités monstrueuses, il y a des centaines de marques qui utilisent de la fourrure", ajoute-t-il, regrettant que le problème se focalise sur un cas particulier et ne soit pas considéré dans sa globalité.

"Du made in France, avec éthique et fierté"

L'atelier des jeunes créateurs, un concept-store à Saint-Tropez qui vend les produits de la marque, a également été pris pour cible. Le magasin a indiqué sur sa page Facebook - dont le compte a été désactivé ce jeudi - avoir reçu des "messages menaçants" depuis plusieurs jours et dénonce un "flot de haine". La boutique s'est défendue en disant "mettre en avant la création française".

"Nous mettons surtout en lumière le travail acharné d'hommes et de femmes avec lesquels nous partageons bien plus qu'un business. Une passion. Celle d'entreprendre en France, de croire qu'il est encore possible de faire du made in France, avec éthique et fierté."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV