BFMTV

Colombie: des "bébés robots" distribués aux mineurs pour décourager les grossesses précoces

Des bébés robots distribués aux mineurs volontaires à Caldas

Des bébés robots distribués aux mineurs volontaires à Caldas - JOAQUIN SARMIENTO, AFP/Archives

A Caldas dans le nord-ouest de la Colombie, les collèges distribuent des bébés robots aux mineurs volontaires afin de lutter contre les grossesses précoces.

La municipalité colombienne de Caldas, à une demi-heure de Medellin, a mis en place un programme destiné à faire baisser le nombre de grossesses chez les jeunes filles mineures. Les autorités ont décidé, en 2017, de distribuer des simulateurs de bébés - des baigneurs en caoutchouc équipés de dispositifs électroniques - dans les collèges de cette ville de 78.000 habitants. Un programme destiné aux jeunes des deux sexes, mais qui n'est pas obligatoire.

Reprenant une initiative développée dans au moins 89 pays, les autorités l'ont intégré dans leur projet socio-éducatif. Outre la distribution de ces faux bébés, des ateliers, un travail en famille et des cours d'éducation sexuelle sont proposés.

Une stratégie gagnante

Une stratégie gagnante qui, d'après le secrétaire municipal de la Santé, Juan Carlos Sanchez a permis de "diminuer fortement le nombre de grossesses adolescentes".

En effet, si en 2017, la municipalité enregistrait 168 grossesses de jeunes filles de 13 à 19 ans, l'an dernier ce chiffre est descendu à 141 grossesses d'après le responsable. La réussite de ces cours dispensés à 1200 mineurs est donc avérée et d'autant plus importante que l'année dernière, 19.8% des bébés nés en Colombie étaient de mères âgées de 10 à 19 ans selon le service national de statistiques.

Les collégiens et leurs bébés robots
Les collégiens et leurs bébés robots © JOAQUIN SARMIENTO / AFP

Des bébés presque vrais

Les simulateurs sont programmés pour se comporter comme un nouveau-né. Ils crient pour être nourris, quand leurs couches ont besoin d'être changées ou pour être réconfortés.

Susana, 13 ans, a dû s'occuper d'un "bébé" âgé de moins de deux mois. "C'est comme avoir un enfant en chair et en os", dit-elle, les traits marqués par le manque de sommeil. "La nuit dernière, je me suis réveillée si souvent que j'en ai pleuré."

Pour Miguel Angel Suarez, autre adolescent, l'expérience a également été synonyme de sacrifices. Il a dû rester chez lui le samedi et le dimanche pour prendre soin de "Sofia", tandis que ses copains jouaient au foot.

"La grossesse n'est pas de la seule responsabilité des femmes", estime ce garçon de 17 ans, alors que son "bébé" commence à pleurer. "Cela nous donne une leçon".

Une méthode remise en question par les scientifiques

"Une leçon" qui si elle effraie Miguel et Susana, pourrait au contraire séduire d'autres jeunes. En outre, si selon les autorités locales les parents de Caldas sont globalement favorables à l'initiative, comme le souligne Susana, certaines personnes pourraient prendre l'expérience dans le mauvais sens, estimer qu'un vrai bébé "serait une compagnie".

Or, si les résultats de ce programme sont plutôt encourageants à Caldas, selon une étude scientifique publiée par la revue scientifique The Lancet en 2016, les adolescentes qui participent au programme des "bébés robots" peuvent en fait tomber plus fréquemment enceintes que les autres

Lors de cette expérience scientifique, les chercheurs ont suivi plus de 3.000 filles âgées de 13 à 15 ans jusqu'à leur 20 ans. Une partie a reçu des simulateurs l'autres des cours traditionnels sur la santé.

Face à cette réalité, et à la possibilité que cette expérience ne soit pas aussi conclusive qu'elle y paraît, Juan Carlos Sanchez admet que les "simulateurs" ne sont pas suffisants comme "stratégie unique".

Cependant, il croit en cette stratégie si elle est couplée à d'autres moyens d'action, "avec ce que nous mettons en oeuvre en parallèle, ça a plutôt réussi et de ce fait, nous poursuivons l'intervention pour une troisième année."

Aude Solente avec AFP