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Incendie à Rouen: inquiétudes autour de la potentielle présence de dioxines

Une semaine après l'incendie qui a ravagé une partie de l'usine Lubrizol, les autorités attendent encore certains résultats d'analyses, notamment celui du taux de dioxines.

5253 tonnes de produits chimiques ont été détruites dans l'incendie qui a touché l'usine Lubrizol à Rouen, dans la nuit de mercredi à jeudi 26 septembre, selon la liste publiée par la préfecture de Seine-Maritime mardi. 

Une publication qui fait suite à une demande de transparence, mais qui ne suffit pas à atténuer les inquiétudes de la population, qui craint une contamination des sols ou de l'air par différentes substances. Parmi ces dernières, la présence de dioxines n'est pas écartée.

"Le troisième toxique que nous recherchons, c'est la dioxine, qui est aussi un produit très dangereux. Et ça nous aurons les résultats au fur et à mesure dans la semaine", a indiqué la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, ce mercredi sur France Inter. "Dès que nous aurons ces résultats de la dioxine, dans l'air ou dans les suies, ils seront rendus publics", a-t-elle poursuivi.

Une molécule qu'"on ne sait pas détruire"

À regarder la liste publiée par les autorités, "il y a tout le cocktail nécessaire à la formation de dioxines", estime mercredi Frédéric Poitou, ingénieur chimiste et expert judiciaire, sur BFMTV. Quelque 200 types de dioxines existent, avec des toxicités différentes.

Ces molécules sont "extrêmement stables", note l'expert, avec une durée "de demi vie dans le corps humain de sept ans et de vie à l'atmosphère libre de douze ans. Elles sont particulièrement lipophiles et s'accumulent dans les graisses, et c'est comme ça qu'elles rentrent dans la chaîne alimentaire".

Ces substances, "mutagènes, cancérigènes, qui créent des problèmes endocriniens", sont extrêmement résistantes et "on ne sait pas les détruire", poursuit-il.

Brûlures, nausées et pathologies graves

Si la toxicité des dioxines est connue des autorités, les conséquences vont surtout dépendre de la durée d'exposition à ces substances.

"À court terme, elles génèrent des brûlures, des tâches brunâtres en général sur la peau, puis des nausées parce qu'elles ont un impact sur le foie donc une fonction hépatique, et puis à plus long terme, dix ou vingt ans, (...) on voit se développer des pathologies graves", détaille Frédéric Poitou.

Biologiste et toxicologue, Laurence Labat s'inquiète également des conséquences pour la population de la potentielle exposition aux dioxines:

"S'il s'avérait qu'il y avait des dioxines, à des concentrations qui dépassent un certain seuil (...), il va falloir faire attention, c'est là où il va y avoir une prévention de la population, certainement une interdiction de la vente de certains produits pour éviter une toxicité rebond ou à plus long terme des contaminations alimentaires", met en garde la médecin sur notre antenne.
Clarisse Martin