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Ils ont découvert le vélo avec les grèves et comptent bien continuer à pédaler

Des cyclistes le 17 décembre 2019 à Paris

Des cyclistes le 17 décembre 2019 à Paris - Aurore Mesenge-AFP

Le vélo s'est révélé à eux. Ils se sont mis à pédaler au début de la grève des transports en commun au mois de décembre et ne comptent pas arrêter de sitôt.

Ils et elles n'avaient pas l'habitude de grimper sur un vélo. Mais avec la mobilisation contre la réforme des retraites et des transports en commun fortement perturbés, notamment en Île-de-France, le vélo leur est apparu comme l'une des meilleures solutions pour se déplacer. Pour ces nouveaux convertis aux joies de la bicyclette, il n'est pas certain qu'ils reprennent le chemin du bus ou du métro.

"Ça ne m'était jamais venue à l'esprit d'en faire à Paris"

Marie*, 36 ans, coach sportive, est l'une de ces nouvelles converties aux charmes du cyclisme. "J'ai toujours aimé le vélo, je donne des cours de RPM (des cours de fitness en salle à vélo, NDLR), j'en faisais souvent pendant mes loisirs mais ça ne m'était jamais venue à l'esprit d'en faire à Paris", témoigne-t-elle pour BFMTV.com.

Pour cette jeune femme qui réside à Saint-Ouen, dans la banlieue nord de Paris, en Seine-Saint-Denis, mais qui travaille en tant qu'indépendante, notamment à domicile, dans différents quartiers de la capitale, le vélo est rapidement apparu comme la solution idéale face aux problèmes de transports en commun.

"Au tout début des grèves, j'ai annulé des cours. Mais ce n'était pas tenable à long terme. Alors pour me déplacer, j'ai beaucoup marché. Et puis je me suis mise au Vélib', ça permettait de voyager beaucoup plus vite qu'à pied."

Depuis le début de la mobilisation contre la réforme des retraites, Velib' a connu un record d'affluence avec une fréquentation deux à trois fois supérieure à d'habitude. Au total, près de 280.000 Franciliens ont emprunté leur flotte durant tout le mois de décembre. "Les vélos font chaque jour jusqu'à 50 km, contre 18 km en temps normal", assure-t-on dans un communiqué début janvier. Chaque Velib' est ainsi utilisé plus de treize fois par jour.

Mais il n'a pas toujours été évident pour Marie de trouver aux bornes un vélo à disposition et en état de fonctionner. Alors le Père Noël lui en a apporté un. "C'est vrai que c'est plus fatigant que de se déplacer en transports en commun, mais c'est super pratique: je me gare facilement en bas des immeubles et puis je ne pensais pas qu'il y avait autant de pistes cyclables à Paris!" s'étonne-t-elle.

Casque, compteur de kilomètres et siège enfant

Cyclable, un réseau d'une cinquantaine de magasins dans toute la France, a noté en décembre dernier une hausse de 49% du chiffre d'affaires des ventes de vélos pliants et presque autant de vélos à assistance électrique (VAE), selon des chiffres communiqués à BFMTV.com. Une augmentation plus importante que durant toute l'année 2019, attribuée aux grèves dans les transports en commun.

La tendance est similaire hors Paris intra-muros: Cyclable a également remarqué en Île-de-France une augmentation de 155% du chiffre d'affaires des ventes de VAE en décembre, le double de celui de toute l'année écoulée.

Marie s'est quant à elle depuis équipée d'un casque, d'un compteur de kilomètres, d'un siège enfant pour sa fille et d'un bon antivol. Et compte bien poursuivre ses déplacements en vélo, même si les transports en commun reprennent leur activité normale. "Je suis sur la ligne 13 du métro, grève ou pas grève, c'est toujours compliqué de l'emprunter."

Ses limites: pédaler la nuit et sous la pluie. Quant aux désagréments de la pratique, la trentenaire s'en accommode. "Par mon métier, je suis toujours en tenue de sport et en basket. Si j'arrive en sueur, comme c'est le cas la plupart du temps, de toute façon, dès le début du cours on ne verra plus de différence. Mais je reconnais que pour quelqu'un qui travaille dans un bureau, porte un costume ou des talons, c'est plus problématique."

Le "vélotaf" en Véligo

Clément*, 35 ans, habite à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, travaille dans la sécurité informatique sur les Grands Boulevards, au cœur de Paris, et s'est lui aussi converti au "vélotaf". Lui qui ne pédalait qu'à de "rares occasions" assure aujourd'hui préférer le vélo au métro. D'autant qu'il a opté pour l'assistance électrique. Pas question d'arriver épuisé sur son lieu de travail. Il a ainsi souscrit un abonnement Véligo, ce service de location de VAE proposé par la région Île-de-France, qui lui coûte 47 euros par mois.

"J'avoue avoir sous-estimé le mouvement social, confesse-t-il à BFMTV.com. J'ai fait du télétravail les premiers jours et quand j'ai voulu reprendre le métro, j'en ai rapidement eu assez d'être bousculé et compressé. Ma compagne, elle-même cycliste, ne cessait de m'encourager à me mettre au vélo. Je me suis tout de suite tourné vers les VAE mais je ne me voyais pas en acheter un sans être certain que cela me conviendrait. Et puis je n'étais pas un habitué, il fallait que je puisse tester le vélo à Paris, je n'avais pas envie de me retrouver avec tout un équipement sur les bras si ce n'était pas compatible avec mon travail."

Jusqu'à présent, le bilan est positif. Ne plus être tributaire des transports en commun, voyager à son propre rythme et faire des wagons bondés un lointain souvenir: ce trentenaire égrène les bienfaits de la bicyclette. "La seule chose qui me manque, c'est de lire", précise-t-il, lui qui avait l'habitude de prendre un livre ou un journal durant ses temps de transport.

Si Clément redoute les mauvaises conditions climatiques, il s'est cependant équipé: sur-pantalon, gilet haute visibilité et voyant lumineux clignotant. Il compte bien aller jusqu'au bout et rentabiliser son abonnement avant de, peut-être, acquérir son propre vélo électrique.

25 km par jour

Magali*, 45 ans, journaliste à BFMTV.com, n'avait elle non plus jamais "osé" prendre le vélo à Paris. "Pour moi, ce n'était pas un moyen de transport mais une chose liée aux vacances", raconte-t-elle à BFMTV.com. Elle assure pourtant se sentir "plus libre" depuis le 6 décembre et ses débuts à vélo.

D'autant que ses trajets domicile-travail, travail-domicile entre les 19e et 15e arrondissements de la capitale ne lui prennent que quelques minutes de plus que ceux qu'elle réalisait auparavant en métro. Elle aussi a franchi le pas et a décidé de s'acheter sa propre bicyclette.

"Au début, je louais des vélos à assistance électrique, mais c'est vite devenu cher et puis quand leur batterie était déchargée, c'était un poids mort car ils sont particulièrement lourds. J'ai aussi pris des Velib' mais c'était toujours une source de stress le matin et le soir pour en trouver un, je n'arrêtais pas de vérifier leur disponibilité sur l'application. Il m'est aussi arrivé d'en chercher un pendant une demi-heure, pareil le soir pour le raccrocher à une borne. C'est beaucoup plus pratique d'avoir le sien."

Depuis plus d'un mois, Magali pédale donc 25 km par jour. "Je ne me rendais pas compte à quel point on peut rapidement se rendre d'un endroit à un autre en vélo à Paris." Mais elle reconnaît avoir "mal partout". Elle qui faisait deux heures de sport hebdomadaires est passée à deux heures de pédalage quotidien. "Je choisis les parcours les plus sécurisés, ça rallonge un peu les trajets."

Magali assure que ni le mauvais temps - elle s'est équipée en vêtements de pluie spéciaux - ni le froid ne l'empêcheront d'enfourcher son vélo, même si elle n'exclut pas quelques pauses en transports en commun dans la semaine. "C'est tout de même éprouvant", confie-t-elle. Et appréhende à présent de prendre à nouveau le métro.

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Céline Hussonnois-Alaya