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Groupuscules d'extrême droite: est-il vraiment utile de les dissoudre?

Des gendarmes français devant les locaux du groupe d'extrême droite 'Bastion social' alors que des manifestants protestent contre son ouverture à Marseille, le 24 mars 2018

Des gendarmes français devant les locaux du groupe d'extrême droite 'Bastion social' alors que des manifestants protestent contre son ouverture à Marseille, le 24 mars 2018 - Bertrand Langlois - AFP

Sept groupuscules d'extrême droite ont été officiellement dissous par le Conseil des ministres mercredi. Bien que cette décision désorganise les militants visés, les effets réels engendrés par la dissolution d'une organisation restent encore discutés.

La dissolution du mouvement d'extrême droite Bastion social, et six autres groupuscules associés, a été prononcée ce mercredi en Conseil des ministres, a annoncé le ministère de l'Intérieur mercredi.

Les dissolutions ont été prononcées sur les fondement des articles L212-1 1° et L. 212-1 6° du code de sécurité intérieure. Soit pour provocation à des manifestations armées dans la rue et provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence en raison de "l'appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée" de personnes.

"Un vrai coup d'arrêt" à leurs agissements

La dissolution d'une association signifie que ses membres "n'ont désormais plus le droit de se réunir ensemble, d'avoir un local ou encore de mettre de l'argent en commun au nom de l'association", explique le ministère de l'Intérieur, contacté par BFMTV.com. Aujourd'hui, "il n'y a plus de Bastion Social" assure-t-on place Beauvau.

Cette décision ministérielle met "très concrètement à mal ces associations, leur donne un vrai coup d'arrêt", assure le ministère, ajoutant "qu'au-delà de la symbolique, cela les marque".

"Effectivement, la dissolution entraîne le désengagement de certains militants, qui rentrent dans le jeu politique dit 'acceptable'", explique à BFMTV.com la docteure en science politique Bénédicte Laumond, dernièrement auteure de l'article 'Réprimer l'extrêmisme de droite' dans la revue Mouvements.

"Au pire, ça changera nos t-shirts et nos drapeaux"

Mais rien n'empêche réellement un membre d'une association dissoute de recréer une organisation par la suite, ayant les mêmes objectifs et la même idéologie que la première. En février, Emmanuel Macron avait annoncé que des groupes d'extrême droite allaient être dissous. "On verra comment continuer à faire valoir nos idées sous une autre forme. Si on ne peut plus utiliser le nom, au pire, ça changera nos t-shirts et nos drapeaux", avait alors déclaré le président de la branche alsacienne de Bastion Social au quotidien L'Alsace.

En juillet dernier toutefois, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac pour "maintien et reconstitution de ligue dissoute", rapportait alors Rue89 Lyon. Ces deux associations étant l’Oeuvre française et les Jeunesses nationalistes.

Mais Bénédicte Laumond souligne que la dissolution entraîne également l'invisibilisation de certains militants pour les services de renseignements. L'association n'existe plus, mais les militants sont toujours là et ne se réunissent plus dans une organisation officielle, plus facile à surveiller. Or il s'agit de militants parfois dangereux. Pour rappel, Bastion Social est tout de même accusé "d'agressions à caractère raciste et antisémite" dans plusieurs villes de France.

"L'intérêt de la dissolution c'est d'envoyer un signal"

"L'intérêt de la dissolution c'est d'envoyer un signal, il est interdit de transgresser les lois de la République", explique Dominique Sopo, président de SOS Racisme, contacté par BFMTV.com. "Évidemment ce n'est pas une solution magique" ajoute-t-il, "mais cela permet de désorganiser ces collectifs, les priver d'existence, les empêcher de banaliser un discours de haine et de s'insinuer dans le tissu social".

L'association SOS Racisme milite d'ailleurs pour que l'organisation Génération Identitaire soit dissoute à son tour, notamment pour incitation à la haine. Ce groupe "teste les limites de la République", déclare Dominique Sopo.

Ce mouvement d'extrême droite mène notamment des campagnes pour lutter contre l'islamisation et "l'immigration massive" à coup d'actions visibles. Il a par exemple affrété un navire anti-migrants en Méditerranée, et déployé en avril 2018 des militants à la frontière franco-italienne, pour empêcher de potentiels immigrants d'entrer sur le territoire français.

"C'est leur idéologie qu'il faut combattre"

Plus que la dissolution pure et simple de ces mouvements, "c'est leur idéologie qu'il faut combattre", lance Dominique Sopo, "c'est une bataille culturelle et politique qu'il faut mener".

Selon Bénédicte Laumond, c'est d'ailleurs l'une des principales différences entre le traitement de ces groupes en France et en Allemagne. Chez notre voisin, "il existe un vrai programme répressif mené par la police, mais toujours accompagné d'une politique de lutte contre l'idéologie d'extrême droite", explique-t-elle. En France, les actions sont plus ponctuelles et commanditées "uniquement par le politique, et dans une séquence médiatisée".

Salomé Vincendon