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Grève: pourquoi la mobilisation dans les écoles est si compliquée à prévoir et à mesurer?

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Photo d'illustration - AFP

Pas d'annonce, une grève des transports en commun, un mouvement social qui risque de durer longtemps... Dans les jours et les semaines à venir, il ne sera pas facile de chiffrer la mobilisation du corps enseignant gréviste.

"10%, peut-être même un peu moins." Invité de Bourdin Direct sur BFMTV et RMC ce vendredi, Jean-Michel Blanquer a eu du mal à évaluer le nombre de professeurs et enseignants grévistes ce vendredi 6 décembre, après une mobilisation impressionnante de la part de l’Éducation nationale. Idem concernant le nombre d’écoles fermées aujourd’hui, notamment à Paris.

Jeudi, le SNUipp-FSU prévoyait la fermeture de 300 établissements primaires dans la capitale. Du côté du premier adjoint à la mairie, ce chiffre tombait aux alentours de 21 heures à 178. Enfin, l’Académie de Paris estimait jeudi que seulement 33 écoles étaient susceptibles de fermer ce vendredi.

Mais pourquoi est-il si compliqué de prévoir le nombre d’enseignants grévistes? Et pourquoi, au lendemain de la première journée de mobilisation, le chiffre du taux de grévistes est-il compliqué à mesurer?

Des préavis de grève pas obligatoires

En période de grève, il est parfois difficile de savoir quels cours seront assurés dans les collèges et les lycées. Bien que les syndicats aient obligation de déposer un préavis de grève, les professeurs du secondaire ne sont en effet pas contraints par la loi d’annoncer ou non leur présence. Contrairement aux enseignants du primaire, qui doivent faire savoir à leur autorité hiérarchique s'ils sont grévistes ou non, et ce au moins 48 heures avant le début de ladite grève. Un délai qui doit par ailleurs inclure au moins un jour ouvré. 

Mais même lorsqu’ils se déclarent grévistes, il peut être compliqué d’obtenir le nombre exact d’enseignants mobilisés, notamment pour les mairies. Ce n’est en effet qu’auprès de leur Académie que les professeurs des écoles grévistes ont l'obligation de se déclarer.

Un mouvement parti pour durer, des jours de grève en dent de scie ?

C’était attendu mais ce n’était pas encore officiel: l’intersyndicale, dont la FSU - la première fédération syndicale en France de l'enseignement -, a annoncé ce vendredi la poursuite du mouvement de grève, avec notamment une manifestation mardi 10 décembre. Une nouvelle mobilisation qui pourrait laisser penser que le professeurs et enseignants ayant fait grève ces jeudi et vendredi seront toujours mobilisés lundi, et pour longtemps.

Ce n’est pourtant pas si sûr puisque les agents de la fonction publique faisant grève un vendredi et le lundi qui suit se voient logiquement privés de leur paye pour ces deux jours ainsi que pour le samedi et dimanche. De même, un enseignant gréviste jeudi 5 décembre qui ne travaillerait pas le vendredi - en raison de l’emploi du temps établi par son établissement - et qui ferait de nouveau grève le lundi, perdrait cinq jours de pays. Des dispositions fixées par l’arrêt Omont de 1978.

Ainsi, il n’est pas exclu que des professeurs des écoles et du secondaire en grève ce vendredi reprennent le travail lundi pour ne pas trop impacter leur fiche de paye, sachant qu'une nouvelle journée de grève est prévue mardi prochain. Cependant, comme le rappellent Les Décodeurs, l’arrêt Omont n’est, dans les faits, que rarement appliqué ou en tout cas, pas de manière aussi rigide. Mais son pouvoir dissuasif reste fort.

Des enseignants impactés la grève des transports

Par ailleurs, même lorsqu’une académie, la mairie ou l’école disposent du nombre exact de professeurs grévistes dans un établissement donné, le taux d’enseignants présent ou absents n’est jamais réellement arrêté. Principalement dans les villes comme Paris, où la poursuite de la grève à la RATP et à la SNCF influe de manière significative sur les déplacements des usagers.

Dans la capitale et sa banlieue, le réseau de transports en commun est encore fortement perturbé ce vendredi, avec seulement deux lignes de métro - la 1 et la 14 - qui fonctionnent normalement. Les autres lignes de métro, de RER, de tramway, de bus ainsi que les Transiliens sont toutes touchées par la grève.

Gouvernement et syndicats: des chiffres divergents

La mobilisation dans les écoles et établissements scolaires secondaires est d’autant plus compliquée à prévoir que les mesures exactes du taux de participation à la mobilisation de jeudi parmi les enseignants et professeurs ne sont pas connues. Comme lors de tout mouvement social, un grand écart a en effet été observé jeudi lors de l’annonce du nombre de manifestants qui ont défilé en France contre la réforme des retraites: 806.000 personnes pour l’Intérieur, contre 1,5 million selon la CGT.

L’Éducation nationale n’a pas échappé à cette divergence d’estimation. Selon le ministère, le taux de grévistes était de 51,15% dans le primaire et de 42,32% dans le secondaire. Mais du côté des syndicats, le SNUipp-FSU a fait état de 70% de professeurs des écoles et de 75% d’enseignants du secondaire mobilisés jeudi. Des chiffres qui varient encore légèrement selon les estimations du SE-Unsa, qui parle de 66% de grévistes dans le second degré. Des divergences de chiffres que l'on devrait également retrouver à la fin des manifestations prévues en France mardi prochain.

Juliette Mitoyen