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Gilets jaunes: l'exécutif espère apaiser la colère sur la durée

Des gilets jaunes brûlent une représentation d'une carte électorale le 15 décembre à Nantes

Des gilets jaunes brûlent une représentation d'une carte électorale le 15 décembre à Nantes - Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Après les annonces d'Emmanuel Macron lundi et une mobilisation en baisse samedi, le gouvernement veut capitaliser sur l'apaisement du mouvement. L'exécutif entend favoriser le dialogue grâce à la "grande concertation nationale" en s'appuyant sur les maires des petites communes.

L'exécutif espère que la forte baisse de la mobilisation des gilets jaunes constatée samedi, annonce la fin de la crise qui le fait trembler depuis près d'un mois. Emmanuel Macron et le gouvernement d'Édouard Philippe comptent désormais sur la concertation pour apaiser cette colère sur la durée. Un nombre de manifestants divisé par deux, moins d'interpellations: après un mois de blocages, des centaines de milliers de personnes dans les rues et des scènes d'insurrection, la journée de samedi a marqué, selon Jérôme Sainte-Marie, sondeur à Pollingvox, "la fin d'un cycle de mobilisation". Dans la foulée, l'apaisement était palpable dimanche en province.

"Ça n'a plus rien à voir, ce matin on a compté 13 gilets jaunes dans tout le département", ont indiqué les gendarmes de la Nièvre. "Quasiment pas de mobilisation ce matin", abondait un gendarme de Savoie. Situation "très calme", ajoutait-on auprès de la préfecture de Gironde.

Si tous les ronds-points ne seront pas évacués en un jour, le gouvernement ne cache pas son soulagement. "Les combats sont finis, le débat c'est maintenant", a souligné le président de l'Assemblée Richard Ferrand, un proche d'Emmanuel Macron.

Une grande concertation nationale pendant deux mois et demi

Difficile cependant de conclure à une quelconque défaite des gilets jaunes qui ont obtenu bien plus que les syndicats ou partis d'opposition avant eux. Annulation de la hausse de la taxe carbone, gel des tarifs de l'électricité et du gaz, hausse de 100 euros des revenus au niveau du Smic, heures supplémentaires défiscalisées, exemption de hausse de CSG pour les retraités gagnant moins de 2000 euros, la liste des concessions arrachées à Emmanuel Macron est spectaculairement longue.

Le Président "sera désormais obligé d'avoir une attitude plus attentive avec les corps intermédiaires", souligne Jean-Daniel Levy, de Harris Interactive. Cette tentative de rapprochement doit se cristalliser lors de la "grande concertation nationale" que l'exécutif lance sur deux mois et demi. Les détails du débat doivent être connus dans la semaine. Il doit s'appuyer fortement sur les maires et aborder quatre grands thèmes: la transition écologique, la fiscalité, l'organisation de l'État, et démocratie et citoyenneté.

Jean-Luc Mélenchon dénonce "un grand blabla"

En préambule, l'Association des Maires ruraux de France a lancé un appel demandant à la France périphérique de se "débarrasser du 'complexe du plouc'" pour "imposer" une parole commune face à la "cécité" de beaucoup de dirigeants. Selon le président de l'association Vanik Berberian, la demande est forte. L'ouverture de cahiers de doléances dans de nombreuses communes a rencontré "un très grand succès".

Pour François Bayrou, invité de notre antenne, ce débat va, si "on le fait bien", "changer l'avenir du pays". Jean-Luc Mélenchon, en revanche, estime que ce sera qu'un "grand blabla". Richard Ferrand s'est dit prêt à ouvrir ce débat mais "à condition que l'on fixe" certaines règles comme par exemple "le taux de participation", pour s'assurer "que l'expression populaire ne soit pas trahie par des minorités", alors que les revendications des gilets jaunes se sont élargies tout au long de la mobilisation. Samedi, les manifestants étaient nombreux à réclamer l'organisation d'un "RIC", un référendum d'initiative citoyenne.

Les mesures d'Emmanuel Macron doivent être validées par le parlement jeudi

Les revendications diverses et parfois contradictoires d'un mouvement aussi peu structuré que celui des "gilets jaunes" rendent très difficile toute prédiction quant à ses éventuels débouchés politiques. "Qu'ils s'organisent et qu'ils aillent aux élections", a suggéré Richard Ferrand. L'eurodéputé du Rassemblement national Nicolas Bay a jugé peu crédible cette hypothèse mais verrait "d'un bon oeil" si des gilets jaunes souhaitaient "s'impliquer en politique à nos côtés". 

Pour Jérôme Sainte-Marie, l'exécutif a surtout intérêt à tenir ses promesses. Sinon "il y a un risque de reprise de mobilisation très important. Car les gens ont pris conscience de leur pouvoir", dit-il. "L'engagement du président sera tenu", a assuré Richard Ferrand. Qui en appelle à "la responsabilité des parlementaires" pour valider jeudi à l'Assemblée et vendredi au Sénat les mesures, afin qu'elles soient applicables dès le 1er janvier.

Guillaume Dussourt avec AFP