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Gilets jaunes: face à la crise, les maires organisent la concertation avec les citoyens

La mairie de Morbecque, ornée d'un gilet jaune - Image d'illustration

La mairie de Morbecque, ornée d'un gilet jaune - Image d'illustration - François Le Presti - AFP

Les doléances des citoyens seront par la suite remises aux préfets et aux parlementaires.

Mi-novembre dernier, et alors que la mobilisation des gilets jaunes n'en était qu'à ses balbutiements, le maire de Morbecque dans le Nord avait affiché son soutien aux manifestants en ornant sa mairie d'un immense tissu jaune. Depuis, le mouvement a évolué, provoquant un premier recul du gouvernement, et les édiles ruraux ont appuyé leur soutien.

Pour ce nouveau weekend de manifestations, plusieurs élus ont en effet décidé d'organiser le dialogue avec les citoyens en colère en leur ouvrant leurs mairies.

"Le temps du dialogue et de l'échange est venu. Tout le monde doit y prendre part": l'Association des maires de France (AMF) a demandé aux élus de relayer dans toutes les communes "un appel au calme, au dialogue et à l'arrêt des violences".

De nombreuses initiatives régionales

Ce dialogue se traduira, ce samedi, par un recueil de doléances des citoyens mécontents dans plusieurs régions de France. C'est le cas dans les Pyrénées-Atlantiques, où l'association des maires ruraux du 64 appelle au dialogue.

"La situation de notre pays cristallisée aujourd'hui par le mouvement social en cours nous amène à agir pour permettre à chacun de nos concitoyens d'exprimer verbalement leur colère" explique l'association dans La République des Pyrénées

Pour leur président, cet événement "prouvera une fois de plus le rôle indispensable des élus municipaux dans le fonctionnement de notre démocratie."

Même topo en Bretagne, où plusieurs dizaines de bâtiments municipaux seront mis à disposition. Comme le signale La Chronique Républicaine qui reprend un communiqué des maires ruraux d'Ille-et-Vilaine, "aux réseaux sociaux qui excluent et attisent les tensions, nous proposons que le contact humain soit privilégié." D'autres régions, dont la Haute-Loire et la Dordogne, sont également concernées. 

Plus près de Paris, La République de Seine-et-Marne souligne que les doléances recueillies seront par la suite remises "aux préfets et aux parlementaires".

Chez les maires aussi, la grogne monte

Retour à Morbecque où le maire, Jérôme Darques, explique que sa mairie ne sera pas ouverte, mais qu'il "restait à disposition des citoyens": 

"Sur le terrain, nous avons vu la colère monter depuis de longues années" explique-t-il à BFMTV.

Il faut dire que depuis maintenant plusieurs semaines, le torchon brûle entre les maires de France et le gouvernement. En novembre dernier, l'Association des maires de France, en marge de son congrès annuel, avait elle-aussi adressé ses doléances à l'Elysée.

"La pression s’est accrue sur les maires, sur le peuple français. La réforme du marché du travail ne porte pas ses fruits, le chômage augmente, le pouvoir d’achat est en baisse" expliquait sur BFMTV le maire LR de Saint-Etienne Gaël Perdriau.

Une cristallisation des tensions qui, inévitablement, s'entrecroise avec les doléances des gilets jaunes. Comme le confirme Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS dans les colonnes du Figaro, une connexion existe bien entre ces villages et les revendications leurs revendication.

"Le lien me paraît très clair car cette crise est ancrée dans des réalités locales. Elle trouve d'ailleurs son origine dans la fermeture des services publics (bureaux de poste, centres hospitaliers, maternités…) ayant entraîné des surcoûts pour les habitants" avance-t-il. 

Un malaise de plus en plus présent, à tel point que selon des récents travaux de l'Observatoire de la démocratie de proximité en partenariat avec le Cevipof, près d'un maire sur deux n'envisagerait pas de se représenter aux futures élections municipales.

Hugo Septier