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Gagner son poids en CBD: un concours pour "démocratiser" la substance ou "la pire façon" de la défendre?

Fleurs de CBD séchées, photo prise le 16 février 2022 à Paris

Fleurs de CBD séchées, photo prise le 16 février 2022 à Paris - JOEL SAGET © 2019 AFP

Le site CBD.fr a lancé une campagne d'affichage à travers la France pour faire la promotion d'un jeu concours permettant de gagner son poids en CBD. Des médecins alertent sur les enjeux de santé et d'image qui entourent ce jeu.

Dans plusieurs villes de France, un jeu concours recouvre les affiches de certains panneaux publicitaires. Le lot gagnant est un peu particulier: "gagne ton poids en CBD", promet CBD.fr, une entreprise de vente en ligne de produits à base de CBD.

Le cannabidiol, ou CBD, est une substance qui fait partie des composés actifs de la plante de cannabis. Avant d'être commercialisé, comme il peut l'être en France, le CBD est extrait du cannabis et purifié des autres composés actifs qui peuvent être présents, comme le THC, explique l'Assurance maladie sur son site. Le THC est responsable des effets neuropsychiques du cannabis.

Le CBD a toutefois aussi des effets psychoactifs "via une interaction avec le système sérotoninergique qui explique son effet apaisant", ajoute l'Assurance maladie. Ces dernières années, de nombreux produits à base de CBD se sont donc développés, comme des tisanes pour améliorer le sommeil ou des gélules pour se relaxer.

4000 panneaux à travers la France

CBD.fr en commercialise beaucoup. Jusqu'au 20 avril 2023, chaque personne qui passe une commande sur le site est automatiquement inscrite au jeu concours "Gagne ton poids en CBD". Ce dernier promet au gagnant tiré au sort de remporter l'équivalent de son poids en fleurs de CBD ou un chèque de 10.000€, selon ce qu'il préfère.

Sur son site, l'entreprise justifie ce concours par l'annulation en décembre par le Conseil d'Etat de l'arrêté interdisant la vente des fleurs et feuilles de cannabis sans propriétés stupéfiantes. Elle en fait la promotion avec une campagne d'affichage sur 4000 panneaux à travers la France, indique Phytocann, le groupe propriétaire de CBD.fr, à BFMTV.com

Pour Amine Benyamina, chef du département de psychiatrie et d'addictologie de l'Hôpital Universitaire Paul-Brousse de Villejuif, "le mélange des registres pose question". Le médecin juge que ce type de communication, qui fait passer le CBD pour un produit récréatif, "décrédibilise les tentatives actuelles d'inclure du CBD dans des traitements thérapeutiques". Des médicaments à base de cannabis, dont certains ont un dosage principalement composé de CBD, sont expérimentés depuis 2021 en France.

"On peine déjà à emporter l'adhésion de la population et des politiques", déplore le professeur Benyamina. Les concours comme ceux de CBD.fr sont "la pire façon de défendre le CBD", affirme-t-il.

"Sur le plan éthique, on ne peut pas emprunter les codes de la publicité pour des produits comme ça", ajoute l'addictologue, qui demande une "régulation de la publicité sur le CBD à la manière de la loi Evin" pour le tabac et l'alcool.

"Démocratiser le CBD"

Si le CBD non-médical est en vente libre en France, cela ne signifie pas qu'il ne peut pas avoir d'effets indésirables. L'Assurance maladie recense des risques de somnolence, de perte de poids et de troubles digestifs. Elle déconseille aussi "fortement" d'y avoir recours en cas d'insuffisance hépatique, de traitement antiépileptique, ou de traitement immunosuppresseur par le médicament anticancéreux Évérolimus.

De son côté, Phytocann "comprend que des professionnels de santé puissent s'offusquer, mais il faut voir plus loin", assure l'entreprise. "Nous avons comme ambition de démocratiser le CBD", ajoute-t-elle, soulignant aussi que la pharmacie en ligne Pharmasimple a pris une participation de 5% dans Phytocann Group en 2022.

"Le but de la campagne est de faire du bruit, d'interroger les gens sur le CBD", poursuit-elle.

Fumer des fleurs de CBD reste dangereux

C'est chose faite. Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale de Clermont-Ferrand et auteur du Petit livre du CBD, y voit plutôt un enjeu de santé. S'il n'est "pas possible" de faire une overdose de fleurs de CBD, parce qu'"on ne peut pas fumer 60 kg de fleurs en deux jours ou boire autant de tisane", la campagne "passe à côté du vrai message sur la façon de consommer du CBD à moindre risque".

"Le problème, pointe-t-il, est que souvent, les fleurs de CBD sont souvent fumées en forme de joint".

La combustion d'une cigarette ou d'un joint, quoi qu'ils contiennent, forme en effet des substances chimiques toxiques, comme du goudron ou du monoxyde de carbone.

"L'argent mis dans cette campagne aurait dû être mis dans une promotion de la vaporisation des fleurs de CBD plutôt que leur combustion", estime Nicolas Authier.

"Nous n'encourageons pas à fumer", répond CBD.fr, qui souligne aussi que certains fumeurs de cannabis - avec THC - s'orientent vers le CBD pour diminuer ou arrêter. Le choix de mettre en jeu des fleurs plutôt que de l'huile par exemple était "purement marketing", puisque ces produits génèrent plus d'achats, explique l'entreprise à BFMTV.com. Elle précise aussi que la livraison se fera en plusieurs fois, puisque les fleurs de CBD peuvent périmer.

Sophie Cazaux