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Êtes-vous vraiment à six degrés de séparation de n'importe qui sur Terre?

Poignée de main entre le président chinois, Xi Jinping, et le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, lors du sommet du G20 à Osaka le 28 juin 2019 (photo d'illustration)

Poignée de main entre le président chinois, Xi Jinping, et le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, lors du sommet du G20 à Osaka le 28 juin 2019 (photo d'illustration) - Kim Kyung-Hoon-AFP

Seulement cinq intermédiaires entre vous et la reine d'Angleterre. Peut-être même moins avec Donald Trump, cela peut en laisser certains rêveurs. Mais en théorie seulement.

Vous ne seriez qu'à cinq personnes de Donald Trump, Britney Spears ou même la reine d'Angleterre. Selon la théorie des six degrés de séparation, n'importe quel humain sur la planète peut aisément être relié à un autre grâce à une courte chaîne de six relations humaines. Ce qui signifie qu'entre Barack Obama et vous, votre concierge et Lady Gaga ou un chauffeur de rickshaw de Delhi et votre grand-mère, il n'y aurait qu'au maximum cinq intermédiaires.

À un intermédiaire de Johnny Depp

Ici, au sein de la rédaction de BFMTV.com, nous sommes assez fiers de vous annoncer que nous ne sommes qu'à un intermédiaire de Johnny Depp ou George Clooney et trois de Kate Middleton. Cette théorie "des six poignées de mains" a d'abord été émise en 1929 par l'écrivain hongrois Frigyes Karinthy. Elle a été testée près de quarante ans plus tard. En 1967, le chercheur américain en psychologie sociale Stanley Milgram expérimente sa désormais célèbre "étude du petit monde".

Concrètement, il demande à des personnes résidant dans le Nebraska, au cœur du Midwest, de faire parvenir un courrier à des habitants du Massachusetts, au nord-est des États-Unis. Une seule contrainte pour parcourir ces quelque 1600 km: les plis ne peuvent se transmettre que de main en main. Les expéditeurs doivent donc identifier des intermédiaires susceptibles de connaître le destinataire final ou du moins de s'en approcher par quelqu'un qui connaît quelqu'un, qui connaît quelqu'un...

Si cette première expérience de petit monde est un relatif succès -seuls 5% des lettres parviennent à destination dont une en seulement quatre jours- d'autres expérimentations ont ensuite permis de généraliser cette moyenne de six relations humaines, soit cinq intermédiaires, entre deux individus. Un modèle qui fonctionne même si la planète compte plus de 7 milliards de Terriens.

Serrer la main de Buzz Aldrin

En 2015, un jeu télévisé suédois, entre télé-réalité et road-trip, a mis en scène l'expérience de Milgram. Le pitch: parvenir à serrer la main de Buzz Aldrin, deuxième homme à avoir marché sur la Lune, en partant de nulle part et en passant par six relations maximum, comme le relate Télérama. Pari réussi pour les deux animateurs de l'émission. 

Il y a une dizaine d'années, des chercheurs américains de l'université de Cornell, dans l'État de New York, ont mené une étude sur 240 millions d'utilisateurs de la messagerie instantanée de Microsoft. En regardant de plus près la provenance géographique des messages, ils ont évalué leur degré de séparation les uns des autres à 6,6. 

En 2003 déjà, un chercheur de l'Université Columbia reproduisait l'expérience de Milgram mais cette fois avec des courriers électroniques et parvenait, avec plus ou moins de succès, à la même conclusion, se souvient l'Agence science presse canadienne.

Et à l'ère des réseaux sociaux, cette chaîne semble se raccourcir sensiblement. Facebook a ainsi évalué en 2011 le degré de séparation entre deux individus pris au hasard à 4,74 -soit un peu moins de 4 intermédiaires- en étudiant les profils de ses 721 millions d'utilisateurs actifs de l'époque. Puis l'a réduit à 4,57 -soit 3,57 intermédiaires- cinq ans plus tard.

Un député qui connaît Emmanuel Macron qui connaît Barack Obama

Une belle promesse pourtant très éloignée de la réalité, met en garde pour BFMTV.com Sylvain Delouvée, enseignant chercheur en psychologie sociale à l'université de Rennes. "Toutes les expériences de petit monde nous laissent croire que l'on pourrait facilement être relié aux autres et que l'on pourrait aisément discuter avec quelqu'un de très éloigné". Mais c'est un leurre.

"En théorie, vous pourriez tout à fait serrer la main de Barack Obama. Vous connaissez très bien un député, qui connaît très bien Emmanuel Macron qui connaît très bien l'ancien président américain. Mais en théorie seulement", poursuit Sylvain Delouvée, auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation sur les croyances collectives.

Car comme l'explique ce chercheur, en pratique, tout l'enjeu est d'anticiper les connaissances des autres. Or, on ne connaît pas précisément leurs relations, difficile donc de savoir à qui s'adresser. Et paradoxalement, moins la personne est connue, plus elle est difficile à atteindre.

"Lady Gaga, Donald Trump ou Barack Obama sont des personnalités très connues. Plus elles sont connues, plus il y a de chances que vous connaissiez quelqu'un qui les connaît. Ce qui réduit le nombre d'intermédiaires. Mais ce n'est pas le cas de Gérard, mécanicien dans la Creuse. Il vous faudra bien plus de relations."

Vous pourriez donc tout à fait vous retrouver à deux intermédiaires de Donald Trump, mais huit ou neuf de Gérard.

Boire le thé à Buckingham Palace

Cette expérience de Milgram, présentée comme fondatrice, est en réalité "une vieille question philosophique". "Le big data des géants du web a permis de la démontrer en réalisant des calculs que Milgram ne pouvait pas faire", pointe ce spécialiste de psychologie sociale. Mais sans changer véritablement la donne.

"Les réseaux sociaux donnent l'impression que l'on peut faire tomber les séparations et interpeller directement sans intermédiaire. Mais c'est rarement le cas."

Si vous vous découvrez donc à quelques relations d'Élisabeth II ou du président américain, pas sûr pour autant qu'ils vous invitent à venir boire le thé à Buckingham Palace pour l'une, ou un soda à la Maison blanche pour l'autre.

Céline Hussonnois-Alaya