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En région parisienne, trois mois avant Lubrizol, l'incendie d'un autre site Seveso pose toujours question

Début juillet, la station d'épuration Seine-Aval, située à Achères, dans les Yvelines, et classée Seveso seuil haut, a été partiellement détruite par un incendie. Trois mois plus tard, les habitants des communes environnantes sont toujours sans réponse.

Il est près de 17 heures quand le 3 juillet dernier, trois mois avant l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, une partie de la station Seine-Aval, considérée comme la plus grande station d'épuration d'Europe, est détruite par un incendie. Si l'incident ne fait aucune victime, dans les jours qui suivent, les habitants et élus des communes voisines de Conflans-Sainte-Honorine, Saint-Germain-en-Laye et d'Herblay-sur-Seine s'inquiètent de conséquences écologiques désastreuses.

"Il y avait un fleuve de cadavres de poissons qui défilait sans cesse, pendant des jours. Ce qui était angoissant, c'était qu'on réalisait qu'on assistait à une catastrophe écologique mais personne n'était là pour nous répondre", confie à BFMTV Sophie Josse, habitante d'une péniche stationnée sur la Seine, en face de l'usine.

L'incendie ayant détruit un bâtiment de 6000 m² servant à la clarifloculation des eaux usées (élimination du phosphore), la station d'épuration a été contrainte de déverser dans la Seine des eaux chargées en matière organique. Dans les jours qui suivent l'incident, près de 10 tonnes de poissons morts sont repêchées dans le fleuve.

"On n'a rien su"

La direction de cette usine classée Seveso seuil haut se montre toutefois rassurante. Dans un communiqué publié le 9 juillet, le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP) assure ainsi que "les sites pilotent leurs activités dans le respect de la réglementation stricte qui s'applique en matière de sécurité industrielle et notamment sur le site Seine-Aval du fait de son classement Seveso seuil haut".

Trois mois après l'incendie qui a embrasé cette station qui traite près de 60% des eaux usées de la région parisienne, les questions des riverains demeurent sans réponse. Marc Laimé, journaliste et consultant dans le domaine de l'eau et de l'assainissement, dénonce sur BFMTV une omerta.

"Pour un accident de cette ampleur, très peu d'informations ont été rapportées et il y a eu une façon de minimiser les choses de la part du SIAAP avec la mise en place de plusieurs réunions qui n'étaient pas vraiment publiques au début. On n'a rien su", déplore-t-il.

Des incidents réguliers depuis deux ans

Les inquiétudes s'amplifient alors que trois autres départs de feu ont été signalés dans l'usine au mois d'août et que plusieurs incidents se sont produits ces dernières années.

"Le coupable de la multiplication de ces incidents, c'est vraiment cette politique de restriction qui s'appelle le service public compétitif qui prépare les conditions de la privatisation. C'est un danger non seulement pour les agents du SIAAP mais aussi pour toute la population", estime Stevan Kanban, secrétaire général de Force ouvrière SIAAP. 

Plusieurs enquêtes sont en cours pour déterminer les causes de ces incendies et le cabinet d'Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire, s'est saisi de cette affaire. Un plan particulier d’intervention a par ailleurs été élaboré pour fixer les mesures d’alerte et d’intervention en cas d’accident dont les effets dépasseraient les limites de l’usine, rapporte Le Monde.

Justine Fontaine, avec Mélanie Rostagnat