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Emmanuel Todd: "L'affaire Cahuzac, une bonne nouvelle pour la démocratie"

L'historien et anthropologue Emmanuel Todd invité de BFMTV, le 19 avril 2013

L'historien et anthropologue Emmanuel Todd invité de BFMTV, le 19 avril 2013 - -

Historien et anthropologue, Emmanuel Todd est l'auteur du livre "la France ne va pas si mal" (Editions du Seuil). Il était l'invité de BFMTV, vendredi matin.

Observateur de la société française qui l'a toujours intéressée, l'historien et anthropologue Emmanuel Todd est revenu sur le bilan qu'il dresse d'une société en crise, mais pas désespérée. Avec un premier constat: la droitisation de la France.

"Il y a deux causes fondamentales à la "droitisation" de la France: viellissement de la population d'un côté, tous les pays occidentaux vivent ça, et le renversement de la pyramide éducative, a-t-il fait valoir. La société d'après-guerre était une population simple où l'accès aux études supérieurs étaient réduit. Aujourd'hui, c'est inversé. La France n'a jamais été aussi éduquée mais nous sommes dans une France fixe."

Des explications sociétales plutôt que politique, donc, puisque l'historien refuse de distribuer les mauvais points et renvoie gauche et droite dos à dos. "La gauche et la droite sont aujourd'hui proches d'attendre des niveaux d'égarement équivalent", a soutenu Emmanuel Todd.

"L'affaire Cahuzac, une bonne nouvelle pour la démocratie en France"

Puis Emmanuel Todd est revenu sur l'afaire qui agite la classe politique et financière depuis la mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale de l'ancien ministre du Budget. "L'affaire Cahuzac très bonne nouvelle pour la démocratie en France. Or, on s'est aperçu que ce "père la vertu" était pourri". Mais il ne faut pas croire qu'il est le seul", citant les exemples de l'Italie et de Goldman Sachs, et de proposer que "toute personne qui défend la rigueur et l'austérité devrait subir une enquête de moralité."

Quant à la moralisation de la vie politique, dont le projet de loi découle directement du scandale politique qui a suivi l'affaire Cahuzac, Emmanuel Todd est sceptique. "De lui-même, le gouvernement a fait une mesure populiste anti-parlementaire", juge-t-il, estimant que le gouvernement faisait fausse route. "Le vrai problème de la transparence est que le haut de la fonction publique est trop proche du système bancaire. La transparence dont on a besoin, ce n'est pas l'interdiction du cumul des mandats mais de rétablir l'étanchéité de la haute fonction publique et le système bancaire", a-t-il soutenu, plaidant pour une commission de contrôle.

"La question de la viabilité de l'euro devrait commencer à se poser"

Enfin, interrogé sur la politique européenne, Emmanuel Todd a défendu une réaffirmation de la souveraineté des Etats. "On ne peut pas gouverner la France comme l'Allemagne. Les Français existent et il faut que les gouvernants admettent cette existence", a-t-il plaidé, estimant notamment que l'euro coûterait cher aux dirigeants français.

"L'euro permet d'analyser la crise des élites françaises. Une monnaie doit servir l'intérêt économique. Or là, l'euro est une monnaie que nous devons sauver à intervalles réguliers. Il est très clair que la question de la viabilité de l'euro devrait commencer à se poser", a encore affirmé Emmanuel Todd, partisan d'une sortie de la France de l'euro.

Sandrine Cochard