BFMTV

Vers des cours uniquement en anglais à l’université ?

Pour les opposants à la loi, on ne sera plus capable de penser certaines techniques en français.

Pour les opposants à la loi, on ne sera plus capable de penser certaines techniques en français. - -

La Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale se penche, ce mardi, sur un sujet qui fait polémique : remplacer le français par l’anglais pour certains cours à l’université.

Des cours sans prononcer un mot de français à l’université ? C’est l’idée du projet de loi de Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur, par ailleurs invitée ce mardi matin sur RMC. Un texte qui sera soumis aux députés le 22 mai prochain. Dans ce projet, la ministre envisage un assouplissement de la Loi Toubon, votée en 1994, qui spécifie que le français doit être la langue de l’enseignement en France.
Objectif de la ministre : améliorer le niveau d’anglais des étudiants français, mais également attirer les meilleurs étudiants étrangers. Pour Geneviève Fioraso, la France doit prendre toute sa part dans la formation des futures élites mondiales, notamment dans les pays comme la Chine et l’Inde. Un projet de loi qui déchire le monde universitaire. La position des opposants est claire : pour eux, c’est la langue française qui est menacée. Aujourd’hui, près de 700 formations sont déjà assurées en anglais, la plupart dans des écoles de commerce. La France est aujourd’hui la 5eme destination pour les étudiants étrangers, des étudiants qui viennent surtout du Maghreb ou d’Afrique, zone traditionnelle d’influence pour la langue française.

« Une bonne idée »

Christian Koening, directeur du BBA (Bachelor of business administration) à l’Essec, école de commerce avec un cursus dispensé en majorité en anglais, est absolument pour cette initiative qui apportera des bénéfices à notre économie. « C’est une bonne idée. Il serait dommage qu’on s’interdise de recruter d’excellents étudiants internationaux au prétexte qu’ils ne parlent pas français. Des gens qui ne parlaient pas français en arrivant le parlaient en repartant avec un diplôme. On a tous à y gagner et quand ils rentreront chez eux, ils auront appris une culture. Et puis, ils auront développé une proximité avec le monde économique français qui va servir nos intérêts à tous ».

« Le français deviendra une langue morte »

Pour Régis Ravat, président de l'association Francophonie Avenir, cette idée n’est pas bonne. Selon lui, à terme, c'est un risque pour le savoir et la recherche. « Si on n’enseigne plus en français dans nos universités, on ne sera plus capable de penser les nouvelles technologies en français. Il n’y aura plus de vocabulaire pour nommer tout ce qui est nouveau. Le français deviendra alors une langue morte. Si pour faire de la science moléculaire, par exemple, tout se fait en anglais, on n’aura plus de mots français pour cette science ».

Tugdual de Dieuleveult avec Céline Martelet