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Rythmes scolaires: une réforme à la carte qui a du mal à passer

Dix-huit villes de plus de 100.000 habitants ont déjà annoncé qu'elles appliqueront la réforme dès 2013, vingt-deux le feront à la rentrée 2014.

Dix-huit villes de plus de 100.000 habitants ont déjà annoncé qu'elles appliqueront la réforme dès 2013, vingt-deux le feront à la rentrée 2014. - -

Mercredi ou samedi pour la demi-journée supplémentaire, en 2013 ou en 2014 pour le passage effectif aux nouveaux rythmes scolaires, la refondation de l'Ecole voulue par Vincent Peillon ne va pas de soi. Son étalement sur deux ans ne semble pas fait non plus pour apaiser les esprits.

La réforme des rythmes scolaires, autrement dit le passage à la semaine de quatre jours et demi, peine à se mettre en place. Lorsqu'il avait été présenté en janvier dernier, le projet avait entraîné des grèves chez les enseignants et risque d'en entraîner encore, puisqu'un mot d'ordre similaire a été donné pour ce 28 mars. Revenir sur la semaine de quatre jours instaurée en 2008 est de l'aveu de Vincent Peillon lui-même, une réforme "difficile".

François Hollande, lors de la conférence des maires en novembre, avait prévenu: "la réforme des rythmes scolaires s'étalera sur deux ans". En clair, le président laisse le choix aux communes, de passer à la semaine de quatre jours et demi, soit dès la rentrée 2013, soit de le faire à la rentrée de 2014. Dans tous les cas, elles devront faire connaître leur choix au plus tard ce 31 mars.

Le chapeau de Peillon

Bertrand Delanoë, après avoir fait planer le suspense, a indiqué ce lundi que Paris appliquera la réforme dès 2013. C'est une surprise car la décision définitive après concertation ne devait être rendue publique que le 25 mars. La première adjointe au maire de Paris Anne Hidalgo avait à moitié vendu la mêche lundi matin en indiquant sur France Inter, vouloir une application dès 2013, à la condition que se dégage une majorité au Conseil de Paris.

Le ministre Vincent Peillon avait déclaré dimanche qu'il tirerait son "chapeau" à Bertrand Delanoë s'il arrivait à adopter la semaine de 4,5 jours dès 2013. C'est donc chose faite.

Une prime à la reforme

Il faut noter que les villes qui décideront de basculer dès 2013, bénéficieront d'une aide incitative de l'Etat pour une enveloppe globale de 250 millions d'euros. Ce sont ainsi 50 euros par enfant qui seront dispensés pour les villes qui ont fait ce choix. Pour les communes en difficulté, c’est-à-dire bénéficiant de la Dotation de Solidarité Urbaine ou de la Dotation de Solidarité Rurale, 40 euros d'aide sont encore ajoutés, et encore 45 euros l'année d'après.

L'Association des Maires des Grandes Villes de France (AMGVF) évalue le coût de la réforme à 150 euros par enfant. Surtout, elle insiste sur la nécessité de ne pas "pénaliser les villes qui voudraient appliquer la réforme en 2013, mais qui ne le peuvent pas". L'idée serait de prolonger le fonds d'amorçage jusqu'à 2014. La question des moyens, afin de rendre cette réforme pérenne, est aussi évoquée par l'association.

En 2013 ou 2014: un choix qui transcende les clivages politiques

>> La carte interactive du passage des grandes villes à la réforme Peillon:

>> Légende : en vert, les villes (à partir de 100.000 habitants) qui réformeront les rythmes scolaires dès 2013, en rouge celles qui ne le feront qu'à la rentrée 2014 et en violet, celles qui restent encore indécises.

À droite ou à gauche de l'échiquier politique, de nombreuses villes ont déjà annoncé qu'elles ne mettront en place le passage à la semaine de 4,5 jours qu'à la rentrée 2014 seulement. L'AMGVF a recensé les choix des principales municipalités. Ce lundi 18 mars, 18 villes penchaient pour 2013 et 22 pour 2014.

Les villes de droite qui attendront 2014. Gérées par des maires UMP, Marseille (Jean-Claude Gaudin), Nice (Christian Estrosi) ou Bordeaux (Alain Juppé), certains choix en faveur de 2014 n'étonnent pas. Il est intéressant de remarquer que ces municipalités se font les alliés objectifs des syndicats d'enseignants hostiles, pour une bonne partie d'entre eux, à la réforme.

• Les villes de gauche qui attendront 2014. Plus étonnant, certaines grandes villes socialistes telles Lyon (Gérard Collomb), Strasbourg (Rolans Ries), Montpellier (Hélène Mandroux), Metz (Dominique Gros), ou encore Lille (Martine Aubry) dont la décision à grande portée symbolique était très attendue, n'appliqueront pas le changement à la rentrée 2013.

Les indécises. Une grande ville PS, Le Mans (Jean-Claude Boulard) tergiverse encore.

Mercredi ou samedi?

En dehors de la date du passage effectif aux nouveaux rythmes scolaires, se pose aussi la question du choix du mercredi ou du samedi, comme journée de travail supplémentaire des enfants. Une chose est sûre: le choix se fera au cas par cas.

Le projet tel que présenté en janvier 2013 marque sa préférence pour le mercredi tout en laissant ce choix à l'appréciation des villes. Martine Aubry, la maire de Lille, a ainsi indiqué ce lundi dans Le Monde sa préférence pour le samedi. Les raisons invoquées sont multiples: éviter la coupure trop longue du week-end pour les enfants, la volonté ne pas désorganiser les activités déjà mises en place le mercredi par les parents ou encore, faciliter les rencontres parents-professeurs.

Neuf demi-journées à répartir sur la semaine

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À quoi ressemblera la semaine typique d'un écolier? Là encore, les choix vont se faire commune par commune. L'Education nationale cite deux exemples d'expérimentations à Brest, Angers ou Nevers. Les enseignements y sont dispensés sur neuf demi-journées, dont le mercredi matin. Des ateliers périscolaires sont mis en place dès 15h30. À Toulouse, les élèves travaillent le mercredi matin, sortent à 16h05 l’après-midi et sont accueillis après la classe dans des centres de loisirs associés à l’école, explique le document.

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Mais dans tous les cas, les négociations tant avec les enseignants, les personnels communaux (temps périscolaire) et les parents d'élèves, majoritairement contre la réforme, s'annoncent difficiles.

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David Namias