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Pourquoi les élèves français sont-ils si mauvais en maths?

Sur YouTube, de nombreux tuto et cours permettent aux élèves de revoir des concepts mathématiques mal compris.

Sur YouTube, de nombreux tuto et cours permettent aux élèves de revoir des concepts mathématiques mal compris. - Barande Jérémy - Collections Ecole polytechnique - CC

Selon la dernière étude TIMSS, les élèves français font partie des plus mauvais de l'Union européenne en mathématiques. Le mathématicien Charles Torossian formule des préconisations.

Au vu du précédent rapport TIMSS rendu en 2015, les résultats de l'édition 2019, dévoilés mercredi, ne sont guère surprenants: les petits Français se classent parmi les derniers de l'Union européenne en termes de mathématiques. En élargissant le spectre au niveau mondial, les élèves de CM1 et de 4e, sur lesquels a porté l'étude internationale, arrivent avant-derniers, surclassant le Chili.

Ainsi, selon le rapport, seuls 3% des élèves de CM1 ont un niveau avancé en mathématiques (contre 9% en Europe) et 2% pour les élèves de 4e (contre 11% dans l'UE). Un niveau "beaucoup trop faible", a d'ailleurs admis sans barguigner le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer sur BFMTV mercredi.

Cet "écart vient de loin" et revêt une pluralité de causes, selon le mathématicien Charles Torossian, également inspecteur général de l'éducation, du sport et de la recherche et directeur de l'Institut des hautes études de l'éducation et de la formation (IH2EF). Il est à l'origine d'un rapport avec le mathématicien et député récipiendaire de la médaille Fields Cédric Villani, rendu en 2018 à Jean-Michel Blanquer et intitulé "21 mesures pour l'enseignement des mathématiques".

Mettre l'accent sur la formation des enseignants

Pour le haut fonctionnaire, "il y a d'abord la formation des enseignants du premier degré, ici en maths, qui n'était pas suffisante. Cela fait 20 ans que le constat a été fait, mais cela n’évolue qu'à la rentrée prochaine  suite à la création des INSPÉ (Institut national supérieur du professorat, les nouvelles Écoles supérieures du professorat et de l'éducation, rebaptisées en 2019, NDLR) et de l'éducation, et les nouvelles maquettes de formation qui accordent plus de place aux fondamentaux", défend-il auprès de BFMTV.com.

Charles Torossian pointe également "la question de l'enseignement des maths en lui-même. C'est une question de didactique mais aussi de ressources. À titre de comparaison, le gouvernement anglais fournit des ressources où les choses sont assez bien expliquées sur ce que doivent faire les professeurs et c'est assez simple de comprendre ce qu'il faut faire. En France, le 'contrat' est moins clair, et il y a plus de liberté, et qui dit plus de liberté dit plus de responsabilités", poursuit-il, prônant un "besoin de simplification". "Mais il ne faut pas baisser les exigences, et au contraire avoir de l'ambition", souligne-t-il.

Les meilleurs élèves à Paris et en Haute-Savoie

"Ce qui caractérise le système français, c'est qu'on a trop d'élèves faibles qu’on n’arrive pas à faire progresser de manière satisfaisante", analyse le mathématicien qui juge qu'une comparaison entre un pays comme Singapour et la France n'est pas pertinente, alors que la cité-État affiche 50% d'élèves de 4e à un niveau avancé en mathématiques.

"C'est un tout petit pays et ce n'est pas la même organisation scolaire. Mais si on compare juste avec Paris, l'écart est beaucoup plus faible. En France, c'est à Paris que nous avons les meilleurs résultats en maths, suit ensuite la Haute-Savoie." 

Perte d'un niveau équivalent à "une année de classe" en 4e

Depuis 1995, les élèves de 4e ont perdu 47 points. "L'équivalent d'une année de classe", a souligné Fabienne Rosenwald, directrice de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) au ministère de l'Éducation nationale, lors d'une visioconférence mercredi, citée par l'Agence France-Presse (AFP). "Autrement dit, le niveau des élèves de 4e en 2019 en maths est celui des élèves de 5e en 1995 dans cette matière", a-t-elle imagé.

Un constat que Charles Torossian tient à relativiser: "Globalement, le glissement d'une année constaté sur 25 ans est un cumul. Si vous perdez un peu en CP, en CE1, en CE2… En 4e, c'est le résultat de ce qui se passe depuis le CP. (...) Mais je ne trouve pas ce glissement aussi grave qu’en CM1", estime-t-il, jugeant qu'il est rattrapable.

"Bouger des curseurs sur plein de petits vecteurs"

Pour enrayer cette baisse constante depuis plusieurs années, le haut fonctionnaire préconise "de continuer l'effort de formation des enseignants, dans la chaîne de pilotage et sur le terrain".

"Il faut une formation qui parte des besoins des enseignants, plus horizontale, pour que les gens s'investissent. Il faut prendre en compte les besoins des enseignants et leur faire confiance. Je ne connais aucun professeur qui ne veut pas la réussite de ses élèves. Il faudrait aussi que les professeurs travaillent plus entre eux, agglomèrent leurs qualités", ajoute-t-il.

Charles Torossian défend aussi "plus d'évaluations pour consolider les apprentissages. Pas pour classer les gens, mais pour acquérir et consolider des automatismes. (...) Les gens ont tendance à penser que tout repose sur les programmes, mais c'est la manière de les enseigner et dont on articule son cours qui est prépondérante." Et de conclure qu'à son sens, "il n'y a pas de révolution sur une seule chose à faire, mais il faut bouger des curseurs sur plein de petits vecteurs".

Clarisse Martin Journaliste BFMTV