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Lecture: face à la méthode globale, que vaut la méthode syllabique?

Petite fille en classe de CP devant le casse-tête de la lecture.

Petite fille en classe de CP devant le casse-tête de la lecture. - PHILIPPE DESMAZES / AFP

Quelle est la meilleure méthode pour enseigner à nos enfants à lire? Si le "b.a.-ba" a montré son efficacité, un peu de globale subsiste. Explications.

Est-ce l'occasion d'enfin trancher le débat? Chaque ministre de l'Education fraîchement nommé y va de sa mesure pour bannir la méthode globale au profit de cette bonne vieille méthode syllabique. Jean-Michel Blanquer a ainsi déclaré jeudi à L'Obs: "On s'appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale, dont tout le monde admet aujourd'hui qu'elle a des résultats tout sauf probants."

Dans sa déclaration emprunte de scientificité, le ministre oppose les deux approches pédagogiques. Or, ne sont-elles pas aujourd'hui toutes deux mises à profit par les enseignants, avec il est vrai, une prépondérance de la méthode dite syllabique. Mais, au fait, en quoi consistent ces deux façons d'enseigner la lecture?

> La méthode syllabique

C'est la plus ancienne, puisqu'elle remonte au 19e siècle. Les enfants commençant à connaître leur alphabet apprennent petit à petit à lire les syllabes que forment les lettres combinées entre elles. Ainsi "b" et "a" associés forment mis ensemble le son "ba". Le fameux "b.a. -ba"

Les phonèmes (les sons) correspondent à des graphèmes, soient des lettres ou groupes de lettres les transcrivant. Ainsi, "s, c, ss, sc ou ç" sont des graphèmes exprimant le phonème "s". Certains graphèmes sont plus particuliers tel "o. i." qui fait "oi", comme dans les mots "oie", "voie", "voix", "soi", "soit"... D'où la confusion que peut créer notre langue auprès des étrangers.

Une fois que les petits élèves savent établir les correspondances, et maîtrisent les graphèmes assez particuliers de la langue française, c'est-à-dire tous ceux qui peuvent se prononcer de la même façon ("an, en, am, em, aen...), on peut dire que les enfants commencent à savoir lire. La pédagogie consiste à élargir petit à petit le cercle des mots utilisés en incluant à chaque fois de nouveaux phonèmes pour assurer une progression plus assurée.

> La méthode globale

A l'opposé on trouve la fameuse méthode globale. C'est le médecin neurologue belge Ovide Decroly, qui l'a popularisée au début du XXe siècle. Au départ, elle était dévolue aux enfants sourds qui ne pouvaient pas s'en sortir avec la méthode syllabique, puisqu'elle est par définition phonétique.

Elle procède exactement à l'inverse de la précédente. Les mots (d'abord simples bien sûr) sont mémorisés en entier, photographiés en bloc. Ils sont comme des images que l'enfant mémorise parce qu'ils font sens pour lui. L'élève se familiarise avec la langue de manière instinctive, mais ne commence nullement par un découpage phonétique et laborieux des syllabes. Au sens strict, les mots qui n'ont pas été vus sont exclus du champ de cette lecture naissante.

La décortication de la phrase en mots, des mots en syllabes puis des syllabes en lettres s'effectuera, en parallèle, de manière rétrospective par et l'enfant lui-même au fur et à mesure de l'apprentissage. Il consolidera ainsi les connaissances déjà acquises, par une forme de déduction naturelle. Mais déjà, peut-on noter, la frontière avec le syllabique stricto-sensu n'est plus aussi clair.

> La méthode mixte ou combinatoire

Si en réalité, le débat syllabique contre globale, synthétique contre analytique, est dépassé, c'est que les professeurs combinent les deux méthodes, soit une méthode mixte. En début de cours préparatoire, les enfants savent en général déjà reconnaître leurs prénoms sur des étiquettes, les jours de la semaine, ou des mots usuels telle "école". Ce premier corpus de mots connus par cœur permet d'aller plus vite, de donner du sens dans l'introduction des enfants à l'exercice de la lecture.

Cette petite dose de "globale" est un point de départ pour reconnaître quelques briques de base. Mais très vite, les mots sont décortiqués de manières syllabiques. La phonétique classique prend alors le relais pour revenir au syllabique au bout de quelques semaines et systématiser l'apprentissage des mots. La lecture est donc en réalité enseignée selon une méthode syllabique assouplie. Revenir à l'une ou l'autre de ces méthodes appliquées dans leur stricte acception confinerait à "l'erreur scientifique", expliquait à Europe 1, Roland Goigoux, professeur et directeur de recherche de l'étude "Lire et écrire".

David Namias