BFMTV

L'enseignement moral et civique accusé d'encourager les stéréotypes hommes/femmes

Des enfants dans une école primaire à Paris, en octobre 2014.

Des enfants dans une école primaire à Paris, en octobre 2014. - Thomas Samson - AFP

Une fiche pédagogique sur le site du ministère de l'Education encouragerait les stéréotypes entre hommes et femmes. Le ministère dément.

A chaque rentrée scolaire ses nouveautés. Cette année, les élèves de 3e auront droit à un enseignement moral et civique, à hauteur de 16 heures par an. Un enseignement décidé par Vincent Peillon en 2013, et accéléré par le ministère de l'Education nationale après les attentats de janvier.

L'enseignement en question est destiné à provoquer la discussion sur plusieurs questions de société, comme la laïcité, la République ou encore l'égalité hommes/femmes. Pour aider les professeurs d'histoire-géo dans la préparation de leurs cours, le ministère a mis en ligne sur son site Eduscol des fiches pédagogiques. "Elles étaient très attendues par les collègues, qui espéraient trouver des ressources utiles, étant donné que les programmes étaient très flous", explique Jean-Rémi Girard, vice-président du Syndicat national des lycées et des collèges (Snalc), joint par BFMTV.com.

Garçons danseurs et "femmes de pouvoir"

Mais la fiche portant sur les différences hommes/femmes, révélée par RTL mardi, pose selon lui problème. Elle préconise deux étapes: d'abord les élèves écrivent sur une feuille, ou sur un tableau numérique s'ils en disposent, les différences entre hommes et femmes. Un élève doit les "trier" en deux colonnes. Il revient ensuite au professeur de lancer la discussion sur les résultats des recherches des élèves.

On leur suggère ainsi de citer des personnages fictifs ou réels qui iraient à l'encontre des stéréotypes: Billy Elliott (un garçon qui pratique la danse), mais aussi "des femmes au pouvoir" comme Laurence Parisot, présidente du Medef, ou encore Angela Merkel, chancelière allemande. Le nom de Corinne Diacre, entraîneur de l'équipe de foot de Clermont-Ferrand est aussi cité comme femme "dans un rôle masculin". La consigne du prof? "Pour chaque personnage, construire un tableau en indiquant les caractéristiques masculines et féminines qu'il présente". Puis l'enseignant doit "nuancer" cette vision "très stéréotypée" des hommes et des femmes.

"On conforte les élèves dans l'idée qu'il y a des caractéristiques masculines et féminines!", proteste Jean-Rémi Girard. Selon lui, si l'on suit le raisonnement de la fiche d'Eduscol, le travail d'entraîneur de foot est considéré comme une caractéristique masculine, comme le fait de pratiquer la danse est une caractéristique féminine. Comment lutter alors contre ces stéréotypes chez les élèves? "Au motif de lutter contre les stéréotypes, on contribuera en réalité à les renforcer", affirme le Snalc.

Deux modifications apportées sur la fiche

Du côté du ministère, on dément tout stéréotype. "S'il est bien demandé aux élèves d'identifier les caractéristiques masculines et féminines de chacun des personnages, c'est justement pour mieux permettre aux élèves d'identifier ces stéréotypes qui sont encore très présents et d'échanger avec eux sur l'égalité des droits entre les filles et les garçons", répond l'entourage de Najat Vallaud-Belkacem, cité par Le Figaro. "Ce cours vient justement interroger les élèves sur leurs représentations (…) afin qu'ils puissent en prendre conscience".

Par ailleurs, deux modifications vont être apportées à la fiche en question: les fonctions d'Angela Merkel et Laurence Parisot seront précisées, et le document rappellera l'objectif de la séance, à savoir prendre conscience des stéréotypes pour "les nuancer et les questionner".

Il en faudra plus pour convaincre les syndicats. "On voit bien l'intention, mais la mise en œuvre ne va pas du tout", déplore Jean-Rémi Girard, qui dénonce des "séances stéréotypées" n'apportant "rien". Le 29 août déjà, le Syndicat national des enseignants de second degré (Snes) avertissait lui aussi de possibles "dérives" dans la mise en place de ces enseignements. 

Ariane Kujawski