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Ces universités qui refusent d'appliquer la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers 

Des étudiants participant à une assemblée générale à l'université de Strasbourg, le 4 février 2009 (photo d'illustration). - Patrick Hertzog - AFP -

Des étudiants participant à une assemblée générale à l'université de Strasbourg, le 4 février 2009 (photo d'illustration). - Patrick Hertzog - AFP - - -

Une quinzaine d'établissements du supérieur se rebiffent contre la hausse des frais d'inscription pour les étudiants extra-Européens envisagée par le gouvernement d'ici la rentrée 2019.

La liste des universités françaises qui vont refuser d'appliquer la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers s'allonge. Rouen Normandie, Paris-Saclay ou encore Rennes 2, au total, pas moins de 15 universités se sont déjà engagées à ne pas appliquer la réforme gouvernementale présentée par Édouard Philippe en novembre dernier. Dans son plan d'action, le gouvernement prévoit d'augmenter les frais d'inscription pour les étudiants non-Européens, afin de rendre les cursus français plus attractifs et ainsi d'attirer davantage d'étudiants étrangers. Dès la rentrée 2019, ceux-ci pourraient passer de 170 à 2.770 euros en licence, de 243 à 3.770 en master et de 380 à 3.770 euros en doctorat. 

"Une remise en cause de l'université ouverte à tou.te.s"

Plusieurs présidents d'université, tels que Mathias Bernard de l'université de Clermont-Auvergne, se sont déjà engagés à ne pas appliquer les directives gouvernementales si celles-ci devaient entrer en vigueur, et à exonérer les étudiants extra-Européens de cette hausse de frais. Certains dénoncent une sélection par l'argent, une mesure qui renforcerait les inégalités. 

Au quotidien La Montagne, le premier président d'établissement à s'être positionné a dit regretter que le gouvernement envisage "la question sous forme de marché à conquérir", "de logique concurrentielle et de compétition internationale", où les étudiants seraient considérés "comme une clientèle".

Durant le mois de janvier, les universités suivantes ont rejoint la fronde: Angers, Strasbourg, l'université Rouen Normandie, l'université Caen Normandie, Tours, l'université de Bretagne Occidentale, Paris-Saclay, Le Mans, l'université Lyon 2, l'université de Grenoble Alpes, Grenoble INP, Sciences Po Grenoble, l'École nationale supérieure d'architecture (ENSAG), la Communauté Université Grenoble Alpes (ComUE UGA), ainsi que l'université de Rennes 2.

À Tours, le président Philippe Vendrix juge la mesure "totalement illusoire" et "impossible" à mettre en place. "Sur quels critères pourra-t-on exonérer? Comment calculer en amont ces pourcentages, sans savoir le nombre d’étudiants qui viendront effectivement à la rentrée?", s'interroge-t-il auprès de nos confrères du Monde.

"Cette mesure, inscrite dans une stratégie intitulée paradoxalement 'Bienvenue en France' remet en cause le principe d'une université française ouverte à tou.te.s (…) et bat en brèche le principe d’égalité de traitement", dénonce aussi le président de l'université Lumière Lyon 2 dans un communiqué.

Un recadrage du ministère

Depuis décembre dernier, les syndicats étudiants et enseignants sont vent debout contre ces mesures jugées "inacceptables". L'UNEF et la FAGE ont lancé un appel à la mobilisation générale et les universités Paris-Nanterre et Tolbiac ont même été bloquées à plusieurs reprises par des étudiants venus protester contre la réforme. En décembre dernier, la Conférence des présidents d'université (CPU) a quant à elle demandé la suspension de cette décision.

Pour l'heure, les universités ne sortent pas du cadre légal en refusant l'application de la réforme. Ces dernières peuvent appliquer un décret relatif à l'exonération des droits de scolarité dans les universités, qui permet d'exonérer certains étudiants (à hauteur de 10% du total des élèves) des frais d'inscription "en raison de leur situation personnelle, notamment les réfugiés et les travailleurs privés d'emploi."

Mais "il est certain qu’il va être difficile, si cette mesure est entérinée, et que les uns et les autres l’appliquent, de résister longtemps", admet au journal Le Monde Jean-François Balaudé, président de l'université Paris Nanterre. 

Le 17 janvier dernier, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, est allée jusqu'à recadrer les présidents d'université frondeurs lors d'une séance à l'Assemblée, estimant qu'ils avaient "un devoir d'obéissance et le devoir de loyauté". 

"Je tiens à rappeler que les universités sont des établissements publics, opérateurs de l'État et qu'effectivement, en tant qu'opérateurs de l'État et fonctionnaires d'État, il est évidemment très important qu'ils portent les politiques publiques décidées par l'État", a fulminé la ministre.
Jeanne Bulant