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Ce que l'on sait sur le recensement d'élèves absents pendant l'Aïd

Des lycéens dans une salle de classe à Lyon, le 1er septembre 2022

Des lycéens dans une salle de classe à Lyon, le 1er septembre 2022 - Jeff PACHOUD - AFP

Le ministère de l'Intérieur reconnaît ce lundi avoir demandé à certains établissements scolaires de lui fournir le taux d'absentéisme des élèves le jour de la fête de l'Aïd. Des syndicats enseignants dénoncent la pratique.

Une demande loin de faire consensus. Le ministère de l'Intérieur admet ce lundi avoir demandé à certaines académies de l'Hérault et de Haute-Garonne de lui fournir une "évaluation du taux d'absentéisme constaté à l'occasion de l'Aïd al-Fitr", fête religieuse musulmane célébrée à la fin du Ramadan. La pratique, révélée vendredi par La Dépêche du Midi, avait été condamnée par des syndicats d'enseignants et des associations.

Un mail de la police aux établissements scolaires

La pratique est révélée vendredi par un journal local. La Dépêche du Midi indique que des établissements scolaires de l'académie de Toulouse, en Haute-Garonne, et d'autres situés dans l'Hérault, ont reçu un mail venant de policiers dans lequel il leur est demandé de leur transmettre le taux d'absentéisme de leurs élèves le jour de la fête de l'Aïd.

"À la demande des services de renseignements et pour effectuer un bilan sur cette journée, nous vous sollicitons pour connaître le taux d'absentéisme le vendredi 21 avril, lors de la fête de l'Aïd. Merci de nous faire un retour rapidement", dit le courriel.

Au total, une centaine d'établissements en sont les destinataires, dès l'école maternelle en allant jusqu'au lycée. La majorité est située dans des zones d'éducation prioritaire, selon le média du sud-ouest.

La Dépêche du Midi assure que les auteurs du mail sont deux policiers suivant une injonction des renseignements territoriaux. Selon les informations du média, la demande viendrait au départ de l'Intérieur.

Les rectorats appellent à ne pas répondre

Très peu d'écoles et lycées répondent à la demande des renseignements territoriaux. Dans l'Hérault, après un premier mail des renseignements territoriaux formulant une demande similaire, le rectorat de Montpellier demande aux établissements scolaires visés de ne pas tenir compte de l'envoi précédent.

Le directeur académique des services de l’Éducation nationale de la Haute-Garonne au sein de l’académie de Toulouse Arnaud Leclerc envoie également une directive aux établissements dans laquelle il leur conseille de ne pas fournir ces données.

Une inspectrice de l'Éducation nationale a au contraire encouragé les établissements à y répondre, évoquant une demande de la préfecture.

Indignation de syndicats d'enseignants et d'élus locaux

Très vite, plusieurs syndicats d'enseignants de la région dénoncent la pratique. La secrétaire générale du FSU de Haute-Garonne Marie-Cécile Périllat estime que le calcul d'absentéisme d'élèves le jour de la fin du Ramadan s'apparente à un "ciblage des familles musulmanes" et "s'inquiète" de voir l'Éducation nationale associée à cette demande.

"Les pratiques religieuses supposées des élèves? Ce n'est pas notre rôle de savoir ça", abonde auprès de France 3 Arnaud Roussel, représentant du SNES de l'Hérault.

Plusieurs élus condamnent également le recueil de ces chiffres. La députée LFI de l'Hérault Nathalie Oziol se dit "scandalisée" sur Twitter, quand le président PS du Conseil départemental de la Haute-Garonne Sébastien Vincini évoque un "comptage choquant". L'ancien député socialiste Jean-Christophe Cambadelis évoque pour sa part "un fichage dans l'ensemble de la ville".

Le ministère de l'Intérieur admet avoir demandé une évaluation

Dimanche, Beauvau réagit à l'affaire. La secrétaire d'État chargée de la citoyenneté Sonia Backès reconnaît bien que le ministère a demandé à certaines académies de lui fournir une "évaluation du taux d'absentéisme constaté à l'occasion de l'Aïd al-Fitr".

En revanche, elle récuse tout "fichage" des élèves, puisqu'elle assure que le ministère n'a jamais cherché à recenser nommément les élèves en fonction de leur pratique religieuse.

Elle justifie également la démarche en assurant que "le ministère de l'Intérieur et des Outre-mer étudie régulièrement l'impact de certaines fêtes religieuses sur le fonctionnement des services publics, et notamment au sein de la sphère scolaire".

Le rectorat de Toulouse assure auprès de l'AFP n'avoir pas été informé de cette démarche. "En aucun cas nous ne menons des enquêtes de la sorte", répond formellement Mostafa Fourar, recteur de l'académie.

La FSU demande des précisions à Darmanin

L'association SOS Racisme réagit dimanche aux déclarations de la secrétaire d'État en accusant ironiquement d'avoir fait preuve d'une "coupable désinvolture". "Pour quelles autres fêtes religieuses le ministère de l'Intérieur a-t-il demandé une évaluation du taux d'absentéisme aux chefs d'établissement?", s'interroge-t-elle dans un communiqué.

La secrétaire générale du SNES-FSU Sophie Vénétitay demande que Beauvau précise les circonstances de cette enquête, ce lundi sur France Info. "Est-ce une initiative isolée? Est-ce que ça a été commandé par le ministre de l'Intérieur lui-même?", veut-elle savoir. Elle ajoute aussi se questionner sur "ce que (le ministère) voulait faire de ces statistiques".

La FSU, syndicat majoritaire dans l'Éducation nationale, a directement envoyé un courrier à Gérald Darmanin afin de lui demander des "précisions" sur "la nature de la demande nationale" formulée par son ministère.

L'Union des Mosquées de France a pour sa part demandé une "enquête en bonne et due forme". "Les familles doivent être dûment informées et rassurées du devenir des informations données par certains chefs d'établissements ayant, malheureusement, répondu à la sollicitation des policiers", estime-t-elle.

Juliette Desmonceaux avec AFP