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Bac 2020: le stress des élèves de première à l'approche des épreuves de contrôle continu

C'est l'une des nouveautés de la réforme du bac: les épreuves communes de contrôle continu. Dans quelques jours, les élèves de première seront soumis à une première salve d'examens.

Dans les prochaines semaines voire les prochains jours, les élèves de première vont plancher sur leurs premières épreuves communes de contrôle continu, appelées E3C, l'une des grandes nouveautés de la réforme du bac. Au programme de cette première session avant la seconde d'avril: l'histoire-géographie, les deux langues vivantes et, pour les élèves de filière technologique, les mathématiques.

Autant d'épreuves qui doivent se tenir entre mi-janvier et mi-mars, selon les établissements, et qui compteront à 30% pour le bac. Autre innovation de cette nouvelle formule: le bulletin est également pris en compte à hauteur de 10%, les 60% restants sont réservés aux épreuves finales. Mais pour certains lycéens, ces E3C sont synonymes d'angoisse. 

"J'espère supporter la charge de travail"

"Certains ont passé leurs vacances de Noël à réviser", témoigne pour BFMTV.com Héloïse Moreau, présidente de l'Union nationale des lycéens (UNL). Quel sera le contenu de ces épreuves? Comment seront évalués les élèves? Quels seront les attendus? "Pour les lycéens, tout cela est une grande source de stress."

C'est le cas de Mathilde (son prénom a été modifié afin de préserver son anonymat), 16 ans, scolarisée au prestigieux lycée parisien Henri IV. Le 20 janvier prochain, elle planchera sur l'histoire-géographie, avant les langues deux jours plus tard. Elle a bachoté durant toutes les vacances et a même fait appel à une étudiante pour mieux se préparer à ces épreuves.

"J'ai fait des fiches de révision, préparé des sujets types mais ça fait beaucoup de travail à fournir, d'autant que dans les autres matières, le programme continue, raconte-t-elle à BFMTV.com. Aucune journée ne sera banalisée, il faudra enchaîner les cours avec les E3C. Les prochaines semaines vont être chargées, j'espère supporter la charge de travail."

Une mise en œuvre "précipitée"

Plusieurs syndicats ont ainsi demandé la suspension de cette première session, dont le Syndicat des enseignants Unsa. "La banque de sujets a été ouverte tard, mi-décembre, les enseignants ont le sentiment de ne pas avoir pu bien préparer leurs élèves", dénonce pour BFMTV.com Claire Krepper, sa secrétaire générale. Elle déplore une mise en œuvre "précipitée" de ces E3C.

"Certains collègues ont du mal à trouver un sujet qui corresponde à ce que les élèves ont abordé en cours, notamment en mathématiques. Et si certains établissements vont organiser les E3C sous la forme d'un examen, avec un élève par table, d'autres garderont la configuration habituelle de leurs classes, ce qui est problématique."

Une analyse que partage Sylvie Amici, présidente de l'Apsyen-France, l'association des conseillers d'orientation-psychologues. "C'est la grande inconnue", déplore-t-elle pour BFMTV.com. "Les établissements sont encore en train de réfléchir à la manière dont ils vont les organiser, à savoir s'ils vont programmer toutes les épreuves sur une seule journée ou les répartir sur plusieurs dates", témoigne cette psychologue de l'Éducation nationale qui intervient dans un lycée de Seine-Saint-Denis. 

"Les élèves se posent autant de questions que les professeurs, poursuit Sylvie Amici. Cela génère une attente et surtout de l'incompréhension. Ils se demandent pourquoi les choses ne sont pas plus claires."

"Il y a un côté expérimental"

Ce que confirme Floriane Gouget, secrétaire générale du Mouvement national lycéen. Elle dénonce "un grand flou" et estime qu'organiser des examens dès le mois de janvier ne fait pas sens.

"Les élèves n'ont eu que quelques mois de cours et ils doivent déjà préparer des épreuves, pointe-t-elle pour BFMTV.com. Le programme n'est pas bouclé, certaines notions ont été inégalement abordées selon les classes ou les établissements, les élèves se retrouvent à faire des recherches sur internet alors même qu'il existe très peu de fiches de révision puisque c'est la première édition de ce bac. Il y a un côté expérimental qui donne aux élèves l'impression qu'ils vont servir de test."

C'est également le point de vue de Yanis Di Bartoloméo, élève de première à Grenoble et secrétaire général de l'UNL Isère. Il se sent lui aussi comme un "cobaye".

"Dans mon lycée, les E3C auront lieu le 28 janvier, explique-t-il à BFMTV.com. On ne sait pas si les examens auront lieu sur les heures de cours, si des heures de cours seront banalisées, si ce sont nos professeurs qui nous surveilleront. On n'a aucune information précise, c'est un grand facteur de stress. Personne ne le vit bien. On manque de préparation. En plus, avec le mouvement social, on a raté beaucoup d'heures de cours." 

La psychologue scolaire Sylvie Amici remarque que les lycéens s'inquiètent déjà des conséquences à long terme de ces épreuves. "Ils font des calculs et se rassurent en se disant que cela ne comptera pas tant que ça dans leur note finale du bac et espèrent qu'un accident ne pèsera pas trop lourd." 

"On avance dans le brouillard"

Bastien (qui ne souhaite être présenté que par son prénom), 17 ans, est en première STL (sciences et technologies de laboratoire) à Avon, en Seine-et-Marne. Ses épreuves d'histoire-géographie et de langues se tiendront le 23 janvier, les mathématiques le lendemain. Redoublant, il était en première S l'année dernière. Si davantage d'épreuves l'attendent cette année, il se dit cependant plus serein. "Je passe d'une seule épreuve, le français, à six mais mon planning de révisions est prêt. J'avais beaucoup plus de pression l'année dernière", confie-t-il à BFMTV.com. Pour ce lycéen, ces E3C sont plutôt une bonne chose.

"On n'a que la moitié du programme à réviser. Et si les premières épreuves ne se passent pas bien, on pourra se rattraper aux suivantes. Et puis ça nous oblige à travailler tout au long de l'année, pas uniquement juste avant le bac."

Quentin (qui ne souhaite lui aussi être présenté que par son prénom), 16 ans, élève de première à Thionville, en Moselle, se dit également favorable à ces E3C. Mais il regrette les imprécisions et le manque d'informations. "Mon épreuve d'anglais aura lieu le 30 janvier mais pour l'allemand et l'histoire-géographie, je ne sais pas, assure-t-il à BFMTV.com. Et puis avec seulement six mois de cours, je me demande si on est suffisamment prêt sur la méthode. On avance dans le brouillard."

Céline Hussonnois-Alaya