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Aulnay-sous-Bois: des professeurs refusent d'appliquer une directive jugée sexiste

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Photo d'illustration - AFP

Le directeur du collège Victor-Hugo avait donné pour consigne à ses équipes de privilégier le retour des garçons de 4e et de 3e décrocheurs avant celui des filles des mêmes classes.

"Des consignes à caractère sexiste": c'est pas ces mots que des professeurs du collège Victor-Hugo, à Aulnay-sous-Bois, ont désigné la directive adressée par le principal de l'établissement à ses équipes d'enseignants. Dans une lettre écrite au recteur de l'académie de Créteil le 3 juin dernier, ils expliquent avoir reçu de la part de leur proviseur la consigne "d'accueillir en priorité les garçons décrocheurs de 3e, puis les garçons décrocheurs de 4e, ensuite les filles décrocheuses de 3e et enfin les filles décrocheuses de 4e".

"Mettons qu'une fois les élèves de 6e et de 5e accueillis, il nous reste une capacité de 60 élèves; si nous avons une liste de 65 garçons décrocheurs et 10 filles décrocheuses, il m'est demandé d'accueillir prioritairement les garçons", écrivent les enseignants, qui assurent "refuser de cautionner cette directive sexiste". 

"Comment est-il possible, en 2020, dans un Etat qui a déclaré 'grande cause nationale' l'égalité entre les femmes et les hommes, d'entendre une telle injonction", demandent les professeurs de Victor-Hugo dans leur courrier au recteur. "Allons-nous faire cours aux garçons tandis que les filles resteront à la maison au motif qu'elles sont des filles?"

"On ne triera pas les élèves"

Dans leur lettre, les professeurs précisent que le principal du collège Victor-Hugo a dit s'appuyer sur des données statistiques. "Les résultats du brevet des collèges, les exclusions définitives, les résultats à l'évaluation à l'entrée en sixième montrent hélas dans l'académie de Créteil une grande fragilité des garçons", expliquait ainsi vendredi le recteur Daniel Auverlot dans un mail au syndicat SNES-FSU, selon Le Parisien. Un argument qui n'a pas convaincu les enseignants de l'établissement.

Ces derniers peuvent cependant être rassurés: ils n'auront pas à former de groupes uniquement constitués de décrocheurs, ni faire cours aux seuls garçons, comme l'a expliqué la direction académique de Seine-Saint-Denis au Parisien:

"C'est une maladresse du chef d'établissement. Il n'y a aucune consigne en ce sens. On ne triera pas les élèves selon qu'il s'agit de filles ou de garçons", a-t-elle rectifié.

Une affaire qui n'a pas manqué de faire réagir le syndicat d'enseignants Snes-FSU, qui explique que des consignes similaires ont été passées dans d'autres établissements de Seine-Saint-Denis.

Juliette Mitoyen