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À la mer ou à la montagne, comment choisir le cahier de vacances de ses enfants?

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Photo d'illustration - Pascal Pavani/AFP

Qui dit grandes vacances, dit cahier de vacances. Mais comment choisir celui qui accompagnera l'été de vos enfants et le préparera à la rentrée prochaine? BFMTV.com fait le point sur ce qu'il doit contenir ou pas.

Princesses Disney, personnages de la série d'animation Miraculous, Fort Boyard, Antoine Griezmann, des énigmes à résoudre ou encore des romans pour réviser: les cahiers de vacances rivalisent d'originalité. Rares sont les écoliers ou collégiens à y couper: chaque année, plus de 4 millions de cahiers de vacances s'arrachent. Ces derniers jours, ils représentent même presque la moitié des cent meilleures ventes de livres.

Les meilleures ventes de livres entre le 24 et le 30 juin 2019.
Les meilleures ventes de livres entre le 24 et le 30 juin 2019. © BFMTV

Aucun niveau n'y échappe: de la petite section de maternelle jusqu'à la classe de terminale, une ribambelle de spécimens fleurit depuis plusieurs semaines en librairies et dans les rayons des supermarchés, alors que l'année scolaire vient tout juste de s'achever.

Pour Valérie Pennequin, professeure en psychologie de l'enfant et de l'adolescent à l'Université de Tours, les cahiers de vacances qui s'adressent aux plus petits sont davantage de l'ordre de "l'occupationnel". "C'est un moment calme, de partage avec son enfant, préférable à du temps passé devant des écrans. Mais qui n'a pas vocation à proprement parler pédagogique", assure-t-elle à BFMTV.com. Selon cette universitaire, la priorité est avant tout de respecter le rythme de développement des enfants.

"Je ne recommande pas d'aller au-delà de leurs capacités naturelles psychologiques, intellectuelles, émotionnelles et cognitives. Ce sont les vacances, il ne faut pas chercher à tout prix la performance. Il y a déjà beaucoup de compétition dès le primaire. À trop presser les enfants, on se retrouve avec de plus en plus de phobies et burn-out scolaires. On ne les laisse pas assez se développer sereinement."
  • Quel type de cahier choisir?

Priorité absolue: que le cahier reste un jeu, prévient pour BFMTV.com Bruno Dal Palu, psychologue et psychothérapeute. "Le cahier de vacances doit être utilisé de manière ludique et ne doit présenter des exigences de réussite, cela serait contre-productif."

Pas trop épais, avec des exercices variés qui permettent "le plus d'autonomie de l'enfant avec un accompagnement facile", recommande pour sa part Séphane Crochet, secrétaire général du syndicat d'enseignants SE-Unsa, à BFMTV.com. 

Quant aux élèves de CP qui viennent d'apprendre à lire, il conseille "de la lecture et des jeux de société, tout aussi intéressants et suffisants, particulièrement pour ceux qui sont sortis de cette première année de primaire fragiles. Ils ont besoin de faire retomber la pression". 

  • Combien de temps et à quel moment?

Pas question de faire l'école avant l'école. "Il n'y a aucun intérêt à ce qu'un parent se retrouve à faire la classe une ou deux heures par jour", indique Stéphane Crochet. Trente minutes quotidiennes pas plus, recommande-t-il. Et plutôt avant la reprise des classes qu'en cette période de début de vacances.

"L'année a été longue, les enfants ont besoin de faire retomber la pression et de couper pour prendre du recul. Deux semaines avant la rentrée, cela permet de réactiver les connaissances."

Pas question non plus d'astreindre un enfant à des devoirs quotidiens. "Le cahier de vacances présente un intérêt s'il est voulu ou du moins accepté par l'enfant et partagé par les parents ou les grands-parents", ajoute ce représentant des enseignants. Valérie Pennequin est du même avis. "C'est une activité qui peut devenir un moment privilégié avec le parent, un moment d'échange durant lequel l'enfant peut montrer ce qu'il sait faire." Pour elle, il est préférable de proposer plutôt que d'imposer.

"Il y a suffisamment de contraintes toute l'année, on ne va pas en ajouter pendant les vacances. On ne va pas non plus se fixer une heure fixe tous les jours mais proposer dans un moment calme, comme après le repas, sur la plage, avant d'aller au lit si l'enfant ne veut pas se coucher, ou bien lorsqu'il s'ennuie et ne sait pas quoi faire. Évidemment pas au moment où il doit retrouver un copain pour aller à la piscine."

Pour la pédiatre Edwige Antier, le temps consacré aux cahiers de vacances s'accompagne d'un adulte "disponible et patient assis à côté de l'enfant, pour aider, renforcer, encourager", indique-t-elle à BFMTV.com. "Jamais de mots blessants, ni d'énervement, ni de punitions. Si vous n'avez pas de patience, déléguez: une grand-mère, une association, un étudiant."

  • Réviser ou apprendre?

Le cahier de vacances a 80 ans. Son origine remonte au début des années 1930 lorsque l'éditeur Roger Magnard cherche un moyen pour relancer ses ventes pendant l'été. Il imagine ainsi Les Cahiers de Loulou et Babette - du nom de ses enfants Louis et Elisabeth - qui proposent jeux, coloriages, collages et devinettes.

Hier comme aujourd'hui, le principal objectif du cahier de vacances est de réviser les acquis de l'année précédente et non prendre de l'avance sur la suivante. Pas question d'aller trop vite.

"Il ne faut surtout pas vouloir faire découvrir de nouveaux acquis, met en garde Stéphane Crochet. C'est pour cela qu'il faut impérativement choisir un cahier du niveau scolaire de son enfant."

Même point de vue pour Valérie Pennequin. "Le cahier de vacances n'est pas fait pour combler des lacunes. D'autant qu'un parent pourrait vouloir aborder de nouvelles notions avec une méthode différente de celle de l'enseignant, ce qui créerait encore plus de confusions dans l'esprit de l’enfant."

  • Respecter le temps des vacances

Pour la pédiatre Edwige Antier, le calendrier scolaire rend le cahier de vacances indispensable. "Les vacances sont très longues, les connaissances trop vite acquises, les enfants ont besoin de redécouvrir les notions tranquillement."

Mais pour d'autres, il ne doit pas empiéter sur le temps des vacances. Car certaines activités permettent tout autant de faire travailler ses méninges, estime Séphane Crochet, du syndicat SE-Unsa. "Il serait regrettable de passer à côté des nombreuses occasions de la vie pour faire ses deux pages quotidiennes." Écrire des cartes postales, réfléchir aux proportions d'un gâteau, compter la monnaie en achetant une glace, regarder une carte routière ou lire le calendrier des marées: "Toutes les opportunités sont bonnes et complémentaires de ce qui a été fait à l'école", ajoute le représentant syndical.

D'autant que, selon lui, le cahier de vacances répond surtout à une angoisse des parents sur la réussite scolaire de leurs enfants. "Il y a une crainte chez les parents de ne pas faire tout ce qu'il faut pour que leur enfant réussisse. Mais en réalité, le cahier de vacances n'est pas un incontournable."

Céline Hussonnois-Alaya