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"Drame familial", "morte sous les coups de son conjoint": comment on désigne mal les violences conjugales

Une manifestation contre les violences conjugales à Paris, le 6 juillet 2019

Une manifestation contre les violences conjugales à Paris, le 6 juillet 2019 - Martin Bureau - AFP

Selon les données du secrétariat d'État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, les féminicides sont en grande majorité commis avec des armes.

Depuis le début de l'année 2019, 101 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France, selon le décompte de diverses associations. Pour lutter contre ce fléau, un Grenelle destiné à lutter contre les violences conjugales s'ouvre ce mardi à Matignon.

Augmentation du nombre de places d'hébergement d'urgence, renforcement de la prévention, meilleure formation des forces de l'ordre... De nombreux sujets devraient être débattus. Mais quid du vocabulaire utilisé pour parler de ces meurtres de femmes? Invitée de Bourdin Direct sur BFMTV, Marlène Schiappa a par exemple souligné l'utilisation trop fréquente de l'expression "morte sous les coups de son conjoint":

"On a tendance à dire: 'Elle est morte sous les coups de son conjoint'. En fait, quand on regarde les chiffres et qu'on étudie sérieusement les dossiers, la première cause de mortalité quand un homme a tué sa femme, le premier mode opératoire (...) ce sont les armes à feu", a assuré la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes.

Selon les chiffres du secrétariat d'État, on observe en effet que plus de 70% des féminicides sont commis par un conjoint ou un ex-conjoint avec des armes, qu'il s'agisse d'armes à feu (31,88% des cas), d'armes blanches (31,30%) ou d'armes par destination (8,70%). Cette dernière expression correspond à l'utilisation d'un objet dont la fonction première n'est pas celle d'une arme.

Dans 15,8% des cas, les victimes de féminicides sont tuées par strangulation. Parmi les modes opératoires de ces meurtres, les coups n'arrivent en réalité qu'en cinquième position, dans 7,54% des cas.

"Mal nommer le crime, c'est le minimiser"

Par ailleurs, si la tendance commence à s'inverser, les morts de ces femmes sont encore parfois qualifiées avec inexactitude, notamment dans les médias. "Coup de sang amoureux", "crime passionnel", "drame familial", "dérapage" sont autant d'expressions qu'il n'est pas rare de retrouver dans les rubriques faits divers lorsqu'il est question du meurtre d'une femme par son compagnon ou son ex-compagnon. 

"Parler de 'drame conjugal' invisibilise les hommes qui se rendent coupable de ces crimes", expliquait Marie Allibert, porte parole d'Osez le féminisme, à L'Obs en 2017. "Ils ne sont plus des criminels mais des 'passionnés' qui tueraient à 'l'instinct' dans un élan non-contrôlé et sorti de nulle part. Ce qui est faux."

C'est contre ce vocabulaire édulcoré que se bat par exemple le Tumblr LesMotsTuent. Créé par la militante féministe Sophie Gourion, ce blog vise à repérer et signaler les descriptions inexactes qualifiant des féminicides dans tout type de publication, de presse ou autre.

"Mal nommer le crime conjugal, c’est le minimiser et effacer la responsabilité du meurtrier", explique la créatrice du blog dans les colonnes de 20 Minutes.

#LesMotsTuent est également devenu un hashtag sur Twitter, qui permet aux internautes d'interpeller les médias dans leur traitement des féminicides. Désormais largement utilisé, notamment par les associations féministes, le mot est rentré dans le Petit Robert en 2015 - défini comme le "meurtre d'une femme, d'une fille, en raison de son sexe" -, mais les autres dictionnaires ne l'ont pas encore adopté. Il est par ailleurs toujours absent du Code pénal.

Juliette Mitoyen