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Des milliers de Français vont faire la chasse aux déchets partout en France ce week-end

Une décharge sauvage près de Carrières-sous-Poissy.

Une décharge sauvage près de Carrières-sous-Poissy. - Philippe LOPEZ / AFP

A l’occasion du World Clean Up Day ce samedi, plus de 1000 opérations de ramassage de déchets et de nettoyage sont organisés un peu partout sur le territoire.

Pour la sortie en famille de ce week-end, vous êtes plutôt château de Versailles ou décharge sauvage? Ne souriez pas, vous avez vraiment le choix. Alors que se tiennent les Journées européennes du patrimoine, une grande opération vous propose dans le même temps de participer à la collecte des déchets autour de chez vous: le World Clean Up Day.

"Dans le patrimoine, il y a aussi le patrimoine naturel. Parce que ça sert à quoi de se dire 'regardez ce beau bâtiment' si à côté ça ne ressemble à rien? Préserver son patrimoine, c’est aussi préserver son patrimoine naturel. Il y a une continuité. Et puis de toute manière, les gens peuvent faire les deux", sourit Julien Pilette.

Ce Lillois de 39 ans préside l’association World Clean Up Day France, qui coordonne toutes les actions sur le territoire. Car l’opération est mondiale, engageant les citoyens de plus de 150 pays. L’idée vient d’Estonie, où un entrepreneur local avait réuni il y a 10 ans 50.000 personnes, soit 4% de la population du pays, et qui avaient récolté 10.000 tonnes de déchets.

En France, si les initiatives de collectes de déchets par des citoyens existent depuis longtemps, jamais elles n’auront regroupé autant de monde en même temps. Vendredi, 1150 collectes étaient annoncées un peu partout dans le pays. "Et il s’en crée cinq à dix toutes les heures. Par ailleurs, il y en a aussi énormément qui ne sont pas référencées, peut-être le double", reprend Julien Pilette. Son programme à lui? Collecte de mégots à La Défense vendredi, et nettoyage de la plaine de Carrières-sous-Poissy samedi dans les Yvelines.

"Le changement doit aussi passer par le peuple, à échelle humaine"

Cette journée, qu’il qualifie de "fête des voisins thématique", prendra plusieurs formes. Chasse aux papiers dans les cours d’école, ramassage de mégots sur des plages ou de déchets en plastique en forêt…

"Il n’y a pas un QG qui explique à tout le monde ce qu’il doit faire. Il y a mille manières de le faire. C’est la sensibilité de l’organisateur local qui donne la couleur que ça prend: certains font les bourrins, avec des partenaires qui prêtent des grues pour nettoyer des décharges gigantesques. D’autres vont faire 30 minutes dans la cour d’école à ramasser les papiers de bonbons", raconte Julien Pilette.

A Paris, Alban Privé, 31 ans, organise un ramassage autour du canal Saint-Martin. "Je voulais m’inscrire en tant que bénévole et participer à cette journée. Et je me suis rendu compte qu’il n’y avait à l’époque pas d’événements organisé pour le 19e arrondissement, donc je l’ai créé moi-même", explique ce cadre de start-up. Quelques semaines après son inscription, il attend entre 130 et 150 personnes pour samedi. "Il est temps que cette prise de conscience se mette en place. Le changement doit aussi passer par le peuple, à échelle humaine. On ne peut pas se permettre de compter sur qui que ce soit d’autre que nous", assure celui qui se dit "touché personnellement" par la démission de Nicolas Hulot.

"Les gens ont envie d’agir et moins de se plaindre"

C’est d’ailleurs un point commun à de nombreux organisateurs: ils ne se font pas trop d’illusions sur le rôle du politique dans l’amélioration de la situation écologique. "On n'a besoin de rien ni de personne. Evidemment les choses doivent aussi passer par la politique, mais pour cette action précise, il y a juste besoin d’une prise de conscience collective des gens", explique Swann Briegel, une assistante de direction de 40 ans. Avec ses compères, elle arpentera quelques plages du Cotentin. 

"C’est sauvage, c’est beau, on n’a pas envie de marcher sur une canette ou des mégots. Et ça commence à prendre de l’ampleur, les gens ont plus envie d’agir et moins de se plaindre".

Se plaindre n’est pas vraiment dans le caractère d’Emilie Félix. A 40 ans, cette ingénieure informatique profite déjà de ses randonnées autour de Brié-et-Angonnes et de ses 2500 habitants, en Isère, pour ramasser ce qui traîne au bord des chemins. "On n’attend pas le 15 septembre pour ramasser des déchets. Ma fille de 4 ans appelle ça 'les randos sauvons la planète', s’amuse-t-elle. On pense toujours que les gens qui se promènent dans la nature sont respectueux, mais non". Après une campagne d’affichage et même des mots dans les cahiers des enfants, elle espère convaincre une trentaine de personnes de l’accompagner: "On est tous en capacité d’agir. La politique, on peut mettre ça de côté, il ne faut pas attendre que ça vienne d’en haut".

L’objectif de chaque pays participant au World Clean Up Day? Mobiliser 5% de sa population. "Ce qui ferait 3,5 millions de personnes en France. 5% c’est une personne sur 20, qui va s’occuper du bien public… Cela a l’air beaucoup mais ça ne l’est pas, même si on a vu que ce chiffre était surtout crédible dans des pays plus petits, reprend Julien Pilette. On est là pour faire réussir un mouvement civique, mettre en avant ce qui existe et dire que le sujet doit être majeur. On veut montrer que les citoyens sont dans le sujet et ne lâcheront rien. Mais on n’est pas en train de dire qu’on se réapproprie la politique. On n’est pas des Che Guevara. On trouve que c’est sale? Et bien on appelle les copains et on nettoie".

Antoine Maes