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Des classiques de la chanson française par les habitants de Sevran pour casser les clichés

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En quelques chansons, il fait valser les clichés sur la banlieue. L'humoriste Yassine Belattar a dénoncé, dans une vidéo pleine d'humour, le reportage polémique de Bernard de La Villardière. En faisant chanter les habitants de Sevran.

Répondre à l'affront par le rire. L'humoriste Yassine Belattar a diffusé mercredi une vidéo pleine d'humour à l'adresse du journaliste Bernard de La Villardière, au cœur d'une polémique pour un reportage tourné à Sevran, en Seine-Saint-Denis, sur la montée de l'islam radical.

Le jeune homme a décidé de prendre le contre-pied des clichés sur la banlieue et de faire chanter ses habitants, décrits par le reportage comme "des dealers de drogues et des salafistes", sur des grands classiques de la chanson française.

"Ta France, elle est un peu archaïque"

Dès le début de la vidéo, diffusée sur sa page Facebook, l'humoriste interpelle Bernard de La Villardière. "J'ai vu ton sujet sur Sevran. C'était génial, incroyable, niveau Star Wars. Donc là, on est à Sevran pour vérifier ce que tu as dit, et en fait c'est faux." Il explique ce qui a motivé sa démarche originale: "Soit on porte plainte avec les habitants de Sevran pour diffamation, soit on te répond en chanson. Et on a pris la deuxième option."

Le jeune homme fait intervenir, dans les rues de la ville, un cortège d'habitants de tous âges, de toutes origines, hommes comme femmes, sur des airs bien connus. Entre deux refrains, l'humoriste apostrophe le journaliste: "Ta France, elle est un peu archaïque. Ici, les gens se sont mélangés, ça donne des enfants magnifiques, regarde la tête de mon pote." Un jeune homme entame alors la chanson de Georges Moustaki Le Métèque.

"Ce que j'aime, c'est le contraste"

Baguette en main, l'humoriste de 32 ans rappelle à l'ordre l'animateur. "Tu ne peux pas tout dire, faut que tu fasses attention." C'est au tour de deux jeunes femmes d'entonner Le Tourbillon, sur un playback de Jeanne Moreau. Yassine Belattar dénonce également les fantasmes créés par le reportage, sur un air de La Mauvaise réputation de Georges Brassens. La vidéo se termine sur une partie de jeux vidéo, bercée par la Douce France de Charles Trenet.

Si l'humoriste se dit "triste pour Bernard de La Villardière qui a fait une erreur", il regrette de manière plus générale que la banlieue soit systématiquement associée à un vocabulaire négatif, aux problèmes de drogue, une vision "mortifère" selon lui. Et se dit "fier" de faire partie de cette banlieue qui lui a donné "des valeurs".

"Aujourd'hui, j'aimerais que l'on offre aux banlieusards des opportunités et le meilleur, assure-t-il pour BFMTV.com. Je ne vois pas pourquoi l'excellence et l'élégance seraient réservées aux zones "monocouleurs". Pourquoi les jeunes de banlieue n'auraient-ils pas droit, eux aussi, à la culture?"

"Beau", "émouvant"

En un peu plus de vingt-quatre heures, la publication a été vue près de 400.000 fois et a suscité de nombreux commentaires enthousiastes. "Bravo c'est une réponse intelligente et réalisée avec talent. Simple mais percutant... C'est super d'avoir une expression de colère par l'humour", a salué un internaute. "Une grande preuve de créativité. Et non, les gens des cités ne sont pas des sauvages", félicite une utilisatrice du réseau social. "Beau", "émouvant", applaudit une autre. 

Yassine Belattar assure que ce sont les habitants de Sevran qui ont fait la démarche de le contacter. Et se dit "assez dépassé" par ce torrent de réactions positives. "Quand on a tourné la vidéo, je ne me disais pas qu'il y aurait autant de vues", ajoute-t-il, rejetant tout opportunisme de sa part. 

Sur sa page Facebook, il remercie les internautes et les habitants de Sevran, concluant son message par cette leçon: "Combattons la bêtise par le rire".

Céline Hussonnois-Alaya