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D'où vient la peur des clowns?

Un clown à Pékin, en Chine, en février 2013.

Un clown à Pékin, en Chine, en février 2013. - Ed Jones - AFP

La psychose née dans le nord de la France, après le signalement de plusieurs agressions par des clowns terrifiants, illustre la peur provoquée par le personnage au nez rouge. Une phobie qui ne date pas d'hier.

Psychose autour des clowns. Alors qu'un homme déguisé en clown qui poursuivait et menaçait des enfants à l'arme blanche a été interpellé vendredi dernier à Douvrin, dans le Pas-de-Calais, et condamné à six mois de prison avec sursis, les fausses rumeurs sur la présence de plusieurs faux clowns n'ont pas tardé à circuler dans la région. La traque a même commencé à s'organiser sur les réseaux sociaux. Une psychose fondée sur la peur que représente la figure du clown chez beaucoup de personnes, et pas seulement les enfants.

Une peur très répandue

Car la peur du clown a un nom: la coulrophobie. Selon le site américain Mashable, cette phobie se classe à la cinquième place des peurs des utilisateurs du moteur de recherche Yahoo, à en croire les requêtes que ces derniers y ont formulé. Soit juste derrière l'arachnophobie, la peur des araignées, et devant l'acrophobie, la peur de la hauteur.

Chez les enfants, le premier public visé par les clowns de cirque, la peur est partagée. Ainsi, une étude menée en 2008 par l'université de Sheffield, en Angleterre, sur 250 enfants et adolescents âgés de 4 à 16 ans, a montré que la majorité d'entre eux avaient peur de simples images de clowns. A l'époque, une psychologue avait expliqué à la BBC que très peu d'enfants aiment les clowns, qu'ils ne trouvent "pas drôles, mais bizarres".

Du côté des adultes, les clowns n'ont pas meilleure réputation: selon un sondage en ligne réalisé en février dernier par la radio américaine NPR, 36% des 7.500 personnes interrogées trouvent les clowns "légèrement dérangeants".

Du clown triste au clown meurtrier

Une impression influencée par les représentations du clown à travers les décennies. Comme l'explique Slate, un retour sur l'histoire de ces personnages censés véhiculer rire et joie, montre qu'ils ont également été associés à la tristesse, voire à la noirceur, dans l'imaginaire collectif. Et ce depuis longtemps.

Ainsi, au 19e siècle, le clown et mime anglais Joseph Grimaldi, le premier à arborer le célèbre maquillage rouge et blanc, souffrait de dépression et de problèmes d'alcool, et avait perdu son épouse et son fils, ce qui l'avait associé à l'image du clown triste. 

Le clown Grimaldi, représenté par l'illustrateur britannique George Cruikshank.
Le clown Grimaldi, représenté par l'illustrateur britannique George Cruikshank. © Wikimedia

En France, c'est le personnage de Pierrot incarné par Jean-Gaspard Deburau –très différent du Pierrot de la commedia dell' arte italienne- qui souffre d'une mauvaise image: en 1836, l'acteur avait tué à coups de canne un enfant des rues qui l'avait importuné. Depuis, les apparitions de clowns meurtriers ou dépressifs se sont multipliées, à l'opéra, au théâtre, et dans les cirques du début du siècle.

Jusqu'à occuper les rubriques faits-divers des journaux. Car le clown le plus angoissant et le plus dangereux de l'histoire reste John Wayne Gacy, ce célèbre tueur en série américain, surnommé d'ailleurs le "clown tueur", ou "Pogo le clown". Arrêté en 1978, inculpé pour le meurtre de 33 jeunes hommes, et condamné à mort, il a été exécuté en 1994.

A la télévision et sur Internet, le clown psychopathe

Sur petit écran, c'est le visage glaçant du clown de It, la série télévisée tiré du best-seller éponyme de Stephen King, qui a marqué les esprits. En 1990, le personnage aux dents pointues, qui vit dans les égoûts et attire les enfants dans ses filets grâce à des ballons colorés, finit d'assombrir la figure du clown, tout comme le Joker de Batman, version Heath Ledger.

Aux Etats-Unis, le clown est un personnage qui revient régulièrement dans le folklore adolescent, notamment à l'approche d'Halloween, comme l'explique Pascal Froissart, enseigneur-chercheur à l'université Paris 8 et au CNRS, cité par Europe 1. A tel point qu'il fait fréquemment les gros titres de l'actualité locale. Ces derniers jours, c'est en Californie que des clowns terrifiants, photographiés dans les rues par des habitants de la ville de Wasco, ont fait parler d'eux. Si les clichés ont suffi à faire naître une psychose, ils ne seraient en réalité que l'œuvre d'un couple de photographes, qui réalisaient un projet.

Depuis le mois de mai, un duo de réalisateurs italiens surfe sur cette peur populaire en publiant sur Youtube des vidéos de caméras cachées montrant un clown tueur armé d'une fausse tronçonneuse ou d'une fausse masse s'attaquer à des innocents, sous les yeux de passants paniqués. Succès garanti, puisque les trois vidéos mises en ligne totalisent plus de 75 millions de vues.