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Covoiturage avec deux accusés: pas de sanction pour la juge convoquée

Une partie des dix-huit accusés de la tuerie de Millau, le 30 septembre dernier.

Une partie des dix-huit accusés de la tuerie de Millau, le 30 septembre dernier. - José A. Torres - AFP

Une assesseuse suppléante avait conduit en voiture la semaine dernière deux des accusés au procès dit de "la tuerie de Millau", auquel elle participe également. L'affaire ne sera pas renvoyée, le procès continue.

Les assises de l'Aveyron étaient secouées depuis une semaine par un scandale surnommé "BlaBlaGate" par le quotidien Midi Libre, qui a révélé l'affaire. Une magistrate qui siège au procès de la tuerie de Millau (lire encadré ci-dessous) a fait du covoiturage via le site BlaBlacar avec deux des accusés, qui encourent la perpétuité. Une entaille à la règle fondamentale qui interdit à tout magistrat d'entrer en contact avec un accusé en dehors du procès. Elle ne subira au final aucune sanction.

Convoquée ce lundi

La juge suppléante, âgée de 46 ans, a été convoquée ce lundi devant sa hiérarchie à la cour d'appel de Montpellier, et risquait des sanctions disciplinaires. Devant le premier président de la cour d'appel de Montpellier, cette magistrate a affirmé "n'avoir pas reconnu les deux hommes" qu'elle a chargé dans son véhicule. Selon une source judiciaire, comme il n'y avait "pas d'élément intentionnel", il n'y a "donc pas de sanction".

Il n'y aura pas d'enquête, le procès continue normalement

Le procès aurait lui aussi pu être impacté, car la défense des dix-huit accusés avait demandé un renvoi de l'affaire, dans l'attente d'une enquête pour savoir si d'autres covoiturages du même type ont eu lieu.

Mais lundi après-midi, le président de la cour d'assises a rejeté cette demande et repris l'audience normalement Le procès a en effet commencé depuis six semaines déjà.

Une juge pourtant expérimentée

Sur BlaBarCar, l'assesseuse avait posté une annonce, supprimée depuis, qui indiquait très benoîtement: "Magistrat à Rodez, j'effectue régulièrement des trajets vers Montpellier". Un trajet que cherchaient justement à faire deux des accusés lundi dernier, après avoir passé le week-end à Montpellier.

Eux affirment avoir été mal à l'aise durant le trajet en reconnaissant celle qui siégeait face à eux en salle d'audience depuis des semaines, tandis qu'elle aurait évoqué le dossier qui les occupait, selon leurs dires. Loin de débuter, la magistrate a derrière elle une carrière professionnelle d'une vingtaine d'années, ce qui suppose de connaître parfaitement les règles d'impartialité qui régissent sa profession.

Dès la reprise du procès, au lendemain de ce fameux trajet, l'incident a été signalé par les deux accusés à leur avocat, qui l'a porté à la connaissance du président du tribunal. Celui-ci a immédiatement fait savoir que la magistrate ne siégerait plus. Elle n'a donc plus du tout assisté aux audiences depuis ce covoiturage litigieux, ce qui justifiait de ne pas renvoyer le procès, selon la partie civile, citée par Le Midi Libre.

un procès-fleuve très complexe

Le soir du 8 mai 2010, une vingtaine d'hommes, la plupart encagoulés, débarquent dans l'appartement de Jean-Ronald d'Haïti, un jeune Antillais de 21 ans, à Millau. Ils sont armés de couteaux, de battes de base-ball et de poings américains. Jean-Ronald tente de s'échapper par la fenêtre mais reçoit deux coups de couteau mortels. Plusieurs de ses amis qui se trouvaient à son domicile, eux aussi antillais, réussissent à s'échapper vivants mais blessés de l'expédition punitive.

Dix-huit hommes comparaissent depuis la fin du mois de septembre à Rodez, devant la cour d'assises, et soixante témoins au total vont se succéder à la barre. L'enquête, très difficile, n'a pas permis d'établir clairement les responsabilités de chacun. Deux frères de 26 et 32 ans ont cependant été identifiés comme les possibles meneurs de l'agression. La plupart des accusés risquent la prison à perpétuité.