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Corbeil: les livraisons d'argent liquide du comptable suisse à Serge Dassault

Un ami de Serge Dassault, industriel et maire de Corbeil-Essonnes, lui remettait de l'argent en liquide via une société basée à Genève.

Un ami de Serge Dassault, industriel et maire de Corbeil-Essonnes, lui remettait de l'argent en liquide via une société basée à Genève. - Etienne Laurent - Pool - AFP

Un comptable suisse, entendu dans l'enquête sur les achats de voix présumés à Corbeil-Essonnes, a raconté à la police comment il remettait des sachets d'argent liquide, transféré de Suisse, à Serge Dassault.

De simples sacs plastique passe-partout. Un premier homme le transmet à un second qui le dépose ensuite dans un coin du bureau de Serge Dassault. A l'intérieur, des millions d'euros en liquide emballés dans du papier journal. Voilà le scénario qu'aurait décrit Gérard Limat, un comptable suisse et ami de l'avionneur, dans le cadre de l'enquête sur les soupçons d'achat de voix à Corbeil-Essonnes, pour détailler le système qui avait été mis en place. C'est lui qui aurait remis cet argent à l'industriel.

Selon les procès verbaux des auditions du comptable, que Libération et France Inter se sont procurés, 53 millions d'euros auraient ainsi été remis en liquide à l'industriel, via le Liechtenstein et la Suisse. Pourquoi de telles sommes? "Je n'ai jamais posé de questions et Serge Dassault ne m'en a jamais rien dit", a assuré Gérard Limat. L'industriel "me disait qu'il avait besoin de me voir, je comprenais qu'il avait besoin d'argent liquide", a-t-il poursuivi dans sa déposition.

7,45 millions d'euros entre 2008 et 2012

Mis en examen en avril dernier pour "achat de votes", complicité de financement illicite de campagne électorale" et "financement de campagne électorale en dépassement du plafond autorisé", Serge Dassault, 89 ans, a reconnu des dons mais a toujours réfuté l'achat de voix lors des municipales de 2008, 2009 et 2010. Devant les juges Serge Tournaire et Guillaume Daïeff, Gérard Limat, également mis en examen pour "complicité de financement illégal de campagnes électorales et d’achat de votes" et "blanchiment", s'est refusé à établir un lien entre cet argent liquide et l'achat de voix. 

Pourtant comme le note Libération, sur la seule période de 2008 à 2012, Gérard Limat aurait livré 7,45 millions d'euros en liquide à Serge Dassault. Pour faire passer les frontières entre la Suisse et la France, le liquide transitait par une société financière basée à Genève, Cofinor, évitant ainsi de traverser l'Europe avec des valises remplies de billet. Selon les enquêteurs, la spécialité de cette chambre de compensation est d'envoyer "où vous voulez dans le monde votre argent que vous lui remettez en Suisse".

De l'argent enveloppé dans du papier journal

Pour récupérer cet argent, la société financière faisait livrer directement l'argent liquide à Paris. "Cofinor me donne un rendez-vous pas trop loin de l'Arc de Triomphe", débute Gérard Limat. Le lieu d'échange était souvent fixé devant l'hôtel Marriott, détaille Libération. L'intermédiaire le reconnaissait grâce à sa description, un "grand chauve à lunettes" et à son nom de code, "Romano". "Le livreur me remet un sachet en plastique 'passe-partout' (Carrefour, Dior, Fnac, etc.), lequel contient l'argent en numéraire entouré de papier journal. Ce n'étaient que des liasses de billets de 100 euros", a détaillé l'ami de Dassault, lors de ses auditions. 

"Je ne voyais jamais l'argent puisque j'allais directement au rond-point" des Champs-Elysées, siège du groupe, "je montais dans le bureau de Serge Dassault, je posais le sac dans un coin de son bureau et immédiatement, on parlait d'autre chose", a-t-il poursuivi.

4,2 millions de virements suspects

Les doutes des enquêteurs ne s'arrêtent pas là puisqu'ils ont également découvert pour 4,2 millions d’euros de virements suspects. De l'argent transféré sur des comptes algériens ou tunisiens pour l'essentiel à des habitants de Corbeil-Essonnes, dont la plupart sont des acheteurs de voix présumés. Officiellement, poursuit le quotidien, il s'agissait de donations pour des oeuvres caritatives.

Un système bien ficelé mais qui a déraillé d'abord en 2010, avec les soupçons d'une banque par laquelle transitait l'argent, puis avec le renforcement des lois anti-blanchiment en Europe.

J.C.