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Confinement: quand les psys consultent par téléphone

FaceTime, WhatsApp et Skype pour consulter son psy (photo d'illustration)

FaceTime, WhatsApp et Skype pour consulter son psy (photo d'illustration) - BFM Tech

De nombreux psychologues, psychothérapeutes et psychanalystes consultent toujours malgré le confinement. Mais par téléphone ou visioconférence. Deux d'entre eux témoignent de ce changement de pratiques.

Alors que les Françaises et Français entament leur troisième semaine cloîtrés chez eux en raison de la pandémie de coronavirus et que ce confinement pourrait durer plus longtemps qu'annoncé initialement - confinement déjà allongé une première fois de quinze jours - les psychologues se sont adaptés. Pour continuer à suivre leurs patients et offrir un soutien à ceux qui en ont besoin, les consultations se font désormais à distance.

"La thérapie, c'est la parole"

Imane Adimi est psychologue clinicienne et psychothérapeute. Elle explique à BFMTV.com que, comme beaucoup d'autres praticiens, il n'était pas question d'abandonner ses patients. "Je les ai tous rappelés et je leur ai proposé de poursuivre leur suivi par téléphone ou visioconférence. La majorité d'entre eux ont accepté." 

À l'exception des pathologies les plus lourdes, qui nécessitent notamment un suivi psychiatrique et médicamenteux, la consultation téléphonique peut s'appliquer à tous, ajoute-t-elle.

"Le cadre thérapeutique, c'est la parole. Si la relation de confiance est établie avec le professionnel, on peut tout à fait poursuivre la thérapie à distance. C'est déjà ce que l'on fait avec les expatriés."

Une consultation avant le réveil des enfants

Cette psychologue détaille comment elle a dû s'adapter à ce contexte inédit. Certaines consultations ont lieu très tôt le matin, notamment pour profiter du sommeil du ou de la conjointe et des enfants pour garantir la confidentialité des échanges.

"En cabinet, le patient sait que tout ce qui est dit ici reste ici, poursuit Imane Adimi. C'est son espace. Il peut tout dire sans filtre, sans être jugé dans un espace bienveillant. Par téléphone, c'est pareil."

Seules conditions: trouver un endroit pour s'isoler du reste de la famille et déconnecter du travail et du téléphone. Pour certains, c'est difficile, notamment parce que leurs conditions de confinement ne permet pas de s'isoler.

"L'un de mes patients, un adolescent, m'a dit que ce n'était pas possible, que le reste de la fratrie entendrait tout ce qu'il me dirait. On va mettre le suivi en veille, mais il pourra toujours me contacter par mail. Il sait que son thérapeute est là s'il en a besoin." 

Soutien plutôt que psychanalyse

Pour la psychanalyste Laura Gélin, la consultation par téléphone n'a que peu de choses à voir avec celle en cabinet. "C'est incomparable, c'est davantage de l'accompagnement et du soutien", indique-t-elle à BFMTV.com. Alors qu'habituellement, la position de cette professionnelle est avant tout d'écouter, elle se retrouve aujourd'hui face à des patients qui ont "besoin de conseils, de tuyaux". 

"Nous ne sommes pas dans la continuité du travail psychanalytique, l'environnement n'est pas le même, on n'est pas face à face, mais on maintient le lien. Car il y a des besoins spécifiques dans cette période hors normes, liés aux problématiques de chacun."

Car selon cette professionnelle, le confinement peut exacerber les angoisses latentes ou existantes. Elle a ainsi été contactée par d'anciens patients dont la thérapie était terminée et par de nouveaux qu'elle n'avait encore jamais rencontrés. "C'est un climat très anxiogène pour certains, qui ont besoin d'évacuer, de mettre des mots et de se sentir écoutés, poursuit Laura Gélin.

10% d'appels en plus chez SOS solitude

Le numéro d'écoute SOS solitude qui répond aux appels de 6 heures à minuit enregistre 10% d'appels supplémentaires depuis le début du confinement. Tous les écoutants et anciens écoutants, bénévoles, sont ainsi mobilisés pour répondre aux appels ou aux messages. 

"C'est un moment où les gens se retrouvent face à eux-mêmes, explique à BFMTV.com Catherine Saminadin, la présidente de l'association. Ils se posent des questions sur leur couple, ils ne peuvent plus sortir. Pour certains, cela accentue le sentiment d'isolement."

Et cela même pour les personnes entourées ou qui ne vivent pas seules, notamment les plus âgées. "Elles ont peur de déranger, de ne pas être comprises, d'être un fardeau pour leur famille", ajoute Catherine Saminadin.

Pascale Dupas, présidente de l'association Suicide écoute dont la ligne est ouverte 24h/24, remarque que le confinement est souvent associé à des angoisses très fortes, voire majore des angoisses existantes. "Nos appelants sont des personnes déjà isolées", indique-t-elle à BFMTV.com. Et craint que le confinement n'en fasse basculer certains.

"Presque tous en parlent. Ils sont encore plus livrés à eux-mêmes. Un appelant me disait récemment: 'Je n'ai plus la possibilité de m'échapper de moi-même, c'est le retour de mes vieux fantômes'."

"Une sorte de coaching"

Si le format de la consultation diffère, le confinement fait également sortir le thérapeute du strict cadre psychologique ou psychanalytique. "L'accompagnement se transforme au gré de cette situation, inédite, ajoute Imane Adimi. J'en apprends plus sur mes patients, leur mode de vie, leur environnement que nous n'avions jamais abordés en cabinet."

Elle évoque le cas de deux patientes adolescentes, livrées à elles-mêmes, et confrontées à des examens en fin d'année - le brevet pour l'une, le bac pour l'autre. "On a décidé d'un accompagnement trois fois par semaine par téléphone et par mail. C'est une sorte de coaching avec la mise en place d'un planning organisationnel, des plages de travail et des moments de loisirs. Ça leur donne un cadre et ça les rassure."

Imane Adimi et Laura Gélin sont toutes les deux inscrites sur la plateforme Psychologues solidaires qui propose un accompagnement gratuit à destination des soignants

Céline Hussonnois-Alaya