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Conditions de libération, conversion à l'islam: le fils de Sophie Pétronin témoigne

Sébastien Chadaud-Pétronin a accordé un entretien à BFMTV au lendemain du retour en France de sa mère.

Au lendemain du retour en France de Sophie Pétronin, ex-otage française au Mali, son fils Sébastien Chadaud-Pétronin a accordé un long entretien à BFMTV. Sa mère, humanitaire qui a vécu pendant près de vingt ans à Gao, au Mali, avait été enlevée en décembre 2016.

Sa mère va "bien", a déclaré Sébastien Chadaud-Pétronin. "Pour moi c'est énormément d'émotion, pour elle ça semble un peu moins, comme si elle était préparée à ça, elle vit ça beaucoup plus facilement que nous", a-t-il témoigné sur notre antenne ce samedi.

Il raconte notamment comment l'humanitaire de 75 ans, en décembre 2016, n'avait pas tout de suite réalisé ce qui lui arrivait. "Ce qu'on peut dire, c'est qu'elle n'a pas compris tout de suite qu'elle se faisait enlever", a-t-il confié. "Elle va s'en rendre compte un peu plus tard." Sébastien Chadaud-Pétronin explique que sa mère lui a confié avoir pris les choses à l'époque "calmement".

"C'est l'acceptation des événement qui l'a fait tenir"

"Elle peut parler énormément d'acceptation, c'est l'acceptation des événement qui l'a fait tenir", juge-t-il a posteriori.

Sébastien Chadaud-Pétronin est également revenu sur plusieurs sujets, qui depuis la libération de Sophie Pétronin font couler beaucoup d'encre. Il est notamment question des conditions de libération de sa mère, et de la manière dont elle qualifie ses geôliers, qu'elle appelle des "opposants armés" et non des "jihadistes".

"Si vous voulez qu'on les appelle 'ces gens-là', on peut les appeller 'ces gens-là'. Si vous voulez qu'on les appelle 'les jihadistes', on les appelle 'les jihadistes'. Eux-mêmes préfèrent qu'on les appellent les moudjahidines et j'espère qu'ils n'auront pas pris ombrage de la manière dont ma mère les a qualifiés, ce serait important pour nous de ne pas rentrer dans ce genre de préoccupation. Maintenant, si les autorités françaises ne sont pas d'accord avec les termes qu'elle utilise, ou si les journalistes ne sont pas d'accord, ou si l'opinion publique n'est pas d'accord, pardonnez-moi de ne pas trop m'en soucier", a rétorqué Sébastien Chadaud-Pétronin.

Zones d'ombre

Sur les conditions de libération de Sophie Pétronin, qui a coïncidé avec la remise en liberté entre dimanche et mardi de plusieurs dizaines de prisonniers que des responsables maliens, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, ont présenté comme des jihadistes, mais dont l'identité et le profil n'ont pas été divulgués, Sébastien Chadaud-Pétronin a évoqué une "question sensible", laissant penser à l'existence de zones d'ombre autour de la libération de sa mère. "Cette question nous préoccupe tout autant que vous", a-t-il assuré.

Il explique avoir appris dimanche dernier que sa mère était "libérable", sans pouvoir dire de qui il tenait cette donnée, et avoir ensuite appelé le Quai d'Orsay, qui a confirmé avoir en sa possession des informations en ce sens.

Sébastien Chadaud-Pétronin a également évoqué la conversion à l'islam de sa mère. "Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d'Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c'est Mariam que vous avez devant vous", a-t-elle déclaré à Bamako, juste avant de s'envoler pour la France, dans la toute première interview qu'elle a accordée.

"Moi je vais l'appeler Sophie, je l'appelle Maman, pour moi c'est Sophie c'est clair. Et, déjà, elle a vécu beaucoup de temps au Mali, elle a ses habitudes maliennes, ici elle va vivre, je ne sais pas combien de temps, mais là en tout cas à court ou moyen terme, à Neuchâtel avec notre famille, on lui a préparé sa chambre, et elle va vivre à la neûchateloise, donc je vais pas l'appeler Mariam", a répondu Sébastien Chadaud-Pétronin.

"Ma mère s'est adaptée"

Il ne se dit pas surpris par la conversion religieuse de sa mère, et estime "qu'elle a eu raison":

"Quand on s'apprête à vivre ce genre d'aventure, on a plutôt intérêt à se familiariser avec les us et coutumes et essayer d'être plus dans l'acceptation, la compréhension. (...) Elle m'a confié qu'un otage australien ne s'était pas converti, et il part pour un combat qui va être beaucoup plus difficiles avec des conditions de détention qui seront plus rudes", a poursuivi Sébastien Chadaud-Pétronin.

"Je dis, allez passer quatre ans de votre vie professionnelle à Londres, je vous déconseille d'apprendre l'italien, vous feriez mieux d'apprendre l'anglais", a imagé le fils de l'ancienne otage. "Soit elle essaye de s'adapter, soit elle va périr, et ma mère s'est adaptée", a argué Sébastien Chadaud-Pétronin.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV