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Que sait-on des coulisses de la libération de Sophie Pétronin?

La libération jeudi au Mali de Sophie Pétronin, la dernière otage française au monde, soulève une multitude de questions, sur sa genèse, son déroulement et ses retombées.

Quelques heures après le retour de Sophie Pétronin en France, les coulisses de sa libération au Mali demeurent très floues, après quatre années de détention aux mains de jihadistes.

Jeudi soir, Sophie Pétronin a été libérée en même temps que deux otages italiens, et en même temps que l'opposant politique au gouvernement malien Soumaïla Cissé, qui avait été retenu en otage plus récemment, le 25 mars 2020, alors qu'il faisait campagne pour les élections législatives dans la région de Tombouctou.

La septuagénaire, qui a annoncé s'appeler désormais "Maryam" après être devenue musulmane lors de sa toute première interview dans la nuit de jeudi à vendredi, a assuré ensuite vendredi soir sur TF1-LCI aller "bien, contrairement à ce que l'on pourrait penser".

"J'ai toujours été respectée, ils ont pris soin de moi, je ne peux pas mentir. Ils ont fait venir un médecin quand j'étais malade. Il est revenu me voir plusieurs fois", a-t-elle expliqué en précisant que la "première chose" qu'elle voulait c'était "retrouver [son] fils".

De zones d'ombre et des négociations au long cours

Ce que l'on sait d'abord, c'est que ces otages étaient aux mains de jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), une alliance de groupes jihadistes affiliée à Al-Qaïda.

Des ravisseurs que Sophie Pétronin a qualifiés de "groupes d’opposition armée au régime", dans un entretien diffusé vendredi matin sur RFI, reprenant nos confrères sur l'utilisation du terme "jihadistes".

"Pourquoi vous les appelez jihadistes, parce qu’ils font le jihad? Vous savez ce que ça veut dire en français : 'jihad', c’est 'guerre'", a-t-elle corrigé.

Cette libération a été annoncé aux otages lundi soir, et elle a été présentée comme devant être effective à partir de mardi. Finalement, il a donc fallu plusieurs jours pour que les otages soient effectivement libérés et qu'ils arrivent sains-et-saufs à Bamako jeudi soir, comme l'explique sur BFMTV Ulysse Gosset, notre éditorialiste en politique internationale. Selon lui, le sort des otages italiens a posé problème aux ravisseurs jusqu'à la dernière minute, et il a fallu attendre pour que ces deux hommes soient finalement inclus dans la négociation.

Cependant, cette libération parachève une opération dont la genèse, le déroulement et les implications pour le gouvernement de transition au Mali, sont entourés de vastes zones d'ombre. Une question demeure: quel a été l'accord passé entre les ravisseurs et les autorités maliennes?

Car cette libération a coïncidé avec la remise en liberté, entre dimanche et mardi, de plusieurs dizaines de prisonniers que des responsables maliens, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, ont présenté comme des jihadistes, mais dont l'identité et le profil n'ont pas été officiellement divulgués.

Quelles contreparties?

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a réclamé vendredi au gouvernement des éclaircissements sur les contreparties données pour la libération de l'ex-otage, évoquant "des échos" selon lesquels "quelques centaines, d'islamistes auraient été libérés en contrepartie" de la libération de Sophie Pétronin, "dont des jihadistes", ce qui n'est "pas pour nous rassurer quand on est attaché à la sécurité de notre pays", a ajouté la dirigeante d'extrême droite.

Selon notre éditorialiste Ulysse Gosset, l'accord comprendrait la libération de 206 prisonniers libérés des prisons de Bamako, dont certains sont des terroristes condamnés qui auraient commis des attentats au Mali, au Burkina Faso ou encore en Côte d'Ivoire comme en 2015 ou en 2016. On ignore toujours, cependant, qui sont précisement les prisonniers qui ont été libérés. Le Monde et Le Figaro dévoilent tout de même le nom de Mimi Ould Baba, un Malien de 33 ans impliqué dans au moins quatre attentats en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso.

Des zones d'ombres entourent également le prix de la rançon en question et qui l'a payée. À Bamako, on parle de 6 millions d'euros, toujours selon notre expert. Officiellement, pour rappel, la France ne paye pas pour libérer ses otages.

Entrepris dès son enlèvement en décembre 2016 à Gao, dans le nord du Mali, les efforts pour la libération de Sophie Pétronin, se sont faits "sans relâche" mais dans la "discrétion", selon le président français Emmanuel Macron. De manière bien trop timide, selon la famille de la travailleuse humanitaire âgée de 75 ans.

Ces derniers mois, la France a été trés discrète et s'est dite "en retrait" des négociations afin de ne pas compromettre le processus. D'ailleurs dans le communiqué de l'Élysée, la présidence note bien qu'Emmanuel Macron a "appris" la libération de Sophie Pétronin, ce qui montrerait qu'officiellement, la France n'a pas pris part aux toutes dernières négociations. En juin dernier, une libération de Sophie Pétronin avait déjà été envisagée mais elle avait échoué au dernier moment.

Jeanne Bulant avec Clément Boutin et AFP