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Comment s'est propagée l'épidémie de grippe aviaire dans le Sud-Ouest?

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Repéré fin novembre sur des oiseaux sauvages, le virus H5N8 continue de s'étendre dans les élevages du Sud-Ouest. Ce vendredi, la justice a lancé une enquête sur la propagation du virus pour savoir si des lots contaminés ont pu être vendus en toute connaissance de cause à des éleveurs. On fait le point.

Depuis fin novembre le Sud-Ouest de la France est en alerte. En cause, la propagation du virus H5N8. Et ce vendredi, la justice a lancé une enquête pour savoir si des lots contaminés ont pu être vendus en toute connaissance de cause à des éleveurs. La France a lancé le 4 janvier une politique d'abattage massif et préventif de palmipèdes, pour tenter d'enrayer l'épidémie de grippe aviaire, qui a été étendue à ce jour à 415 communes du Sud-Ouest.

Pourquoi une enquête?

Le Parquet de Paris a ouvert récemment une enquête préliminaire pour "tromperie aggravée". Son objectif: tenter de déterminer les responsabilités dans la propagation fin 2016 de cette épidémie

L'enquête ouverte notamment pour "tromperie aggravée par le danger sur la santé animale" doit permettre de démontrer si fin 2016 des lots de volatiles ont pu être envoyés à des éleveurs du Gers, du Lot-et-Garonne et des Hautes-Pyrénées tout en sachant qu'ils pouvaient être contaminés par le virus H5N8.

Cette enquête préliminaire fait suite à un rapport du ministère de l'Agriculture transmis au parquet d'Albi, qui s'était ensuite dessaisi au profit du pôle de santé publique de Paris. Le ministère avait lancé une enquête administrative après que les élevages du Gaec de la Guigneret, dans le Tarn, rattaché à la coopérative du Vivadour (Gers), avaient envoyé les 30 novembre et 1er décembre deux lots de canards destinés à être gavés à des éleveurs situés dans le Gers, le Lot-et-Garonne et les Hautes-Pyrénées.

Les enquêteurs devront notamment établir si les éleveurs destinataires de lots de canards ont pu être victimes de tromperie.

Une grande perte économique pour le Sud-Ouest

Au 9 février, 227 foyers de grippe aviaire liés au virus H5N8 avaient été confirmés dans les élevages, principalement dans le Gers (90) et les Landes (81), et 21 cas dans la faune sauvage.

Le Sud-Ouest de la France est la principale région française d'élevage de palmipèdes à foie gras avec quelque 3.000 exploitations et cette nouvelle épizootie, après celle survenue en 2015/16, représente une perte économique énorme pour la filière. Selon l'interprofession du foie gras, cette épizootie va coûter 120 millions d'euros aux éleveurs et industriels de la filière.

Aussi, mi-janvier, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a annoncé que les éleveurs seront indemnisés à partir de mars, en fonction du nombre de canards perdus du fait de la maladie ou des abattages préventifs pour enrayer l'épidémie. Cette indemnisation devrait commencer dès la semaine prochaine, rapporte France Bleu

Une organisation remise en cause

Des voix se sont élevées contre l'organisation particulière de l'élevage des palmipèdes dans la région, autour de filières intégrées, qui a pu favoriser la propagation du virus.

Les animaux passant en effet d'une exploitation hyper spécialisée à l'autre: des fermes de reproduction aux couvoirs, puis aux élevages de poussins, aux élevages en parcours extérieur, aux éleveurs-gaveurs, pour finir par les abattoirs et la transformation. Mais chaque opération se fait sur des sites différents, obligeant à transporter les animaux à chaque étape, d'un département à l'autre parfois.

Cette organisation est remise en cause par la Confédération paysanne (syndicat classé à gauche), pour qui c'est "l'industrialisation de la production" qui "provoque et amplifie les crises sanitaires", au lieu de privilégier des élevages à l'ancienne, où tout est fait au même endroit, qui permettraient d'endiguer la propagation.

Quant à une transmission à l'Homme, le risque est très faible. Cela peut éventuellement être le cas seulement par voie respiratoire, en atmosphère confinée avec des oiseaux infectés. En revanche, aucune transmission n'est possible lors de la consommation d'un produit contaminé. 

E. H.