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Comment la consommation de drogue gangrène aussi les zones rurales

Loin des centres urbains, il est plus difficile de venir en aide aux populations qui consomment du cannabis, de la cocaïne, ou même de l'héroïne.

Contrairement aux idées reçues, les drogues ne sont pas présentes uniquement dans les grandes villes ou dans leurs périphéries. Les zones rurales sont également touchées pas ce problème, de la vente à la consommation de substances illicites.

C'est le cas par exemple en Moselle, où BFMTV a enquêté : dans le bourg de Carling, 3500 habitants seulement, un ancien consommateur témoigne ainsi de la facilité avec laquelle il pouvait acheter et vendre de la drogue. "Il y a des siffleurs et après c'est à la demande, c'est le bouche-à-oreille", explique-t-il.

A Guénange, où vivent un peu plus de 7000 habitants, le fléau a gangrené la commune pendant des années. Le trafic est moins visible ces derniers mois, selon le maire (PS) Jean-Pierre La Vaullée, mais l'édile estime qu'une rechute n'est pas exclue. En effet, dans ce département économiquement sinistré où les opportunités professionnelles manquent, les failles sociales sont plus importantes et les populations sont plus ainsi plus vulnérables face à la consommation de cannabis, de cocaïne ou même d'héroïne. 

"Dans un village, il fallait le cacher"

Se pose alors la question de comment venir en aide aux personnes toxicomanes dans des zones rurales. Les structures de prise en charge y sont en effet moins nombreuses que dans les centres urbains. De plus, le tabou lié à la consommation de drogues est en général plus fort dans les campagnes, où les gens ont tendance à mieux se connaître les uns les autres.

"C'est sûr que dans un village, il fallait le cacher. Faut que personne ne le sache, les choses ne se disent pas. Mes parents, je ne leur ai jamais expliqué ce qu'il se passait", raconte Cécile, une ancienne consommatrice d'héroïne, de cannabis et de cocaïne qui se soigne actuellement à Forbach, toujours en Moselle.

Difficile de lutter contre l'addiction dans les campagnes

Pour aider les malades, les centres spécialisés doivent donc s’adapter et trouver de nouveaux moyens de rentrer en contact avec ces populations fragiles en campagne.

"Le travail repose beaucoup sur la confiance. Et pour créer ce lien de confiance, il faut avoir un lien de proximité avec les gens sur des lieux de permanence décentralisés, sur des lieux de squats, mais aussi dans la rue", explique Frédéric Kaleta, du service d'accueil et de soins en Moselle.

Selon l'Observatoire français des drogues et toxicomanies, en 2010, 3,1% des habitants des communes rurales (moins de 2000 habitants) consommaient de la cocaïne, qu'il s'agisse d'expérimentation ou de consommation régulière. Un chiffre qui monte à 3,9% pour les villes de 2000 à 20.000 habitants. D'après ce même OFDT, 1,2% des Français consomment régulièrement de l'héroïne, et 0,2% de la cocaïne.

Elise Philipps et Anne-Sophie Warmont, avec Juliette Mitoyen