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Comment est abordée la question de la sexualité durant la formation des futurs prêtres

Le premier sommet pour lutter contre la pédophilie dans l'Eglise s'est ouvert ce jeudi matin.

Le premier sommet pour lutter contre la pédophilie dans l'Eglise s'est ouvert ce jeudi matin. - AFP

Le pape François s'est donné trois jours et demi, à partir de ce jeudi, pour convaincre les chefs de l'Eglise catholique de leur responsabilité face aux agressions sexuelles sur mineurs. Cet électrochoc passe aussi par la formation des futurs prêtres, lors de laquelle le thème de la sexualité est largement abordé.

"Je constate, encore une fois, la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, commis par un nombre important de clercs et de personnes consacrées." Avec ces paroles dans sa "lettre au peuple de Dieu", publiée le 20 août 2018, le pape François invitait à s’unir contre la pédophilie dans l’Eglise. La lutte se poursuit, ce jeudi, avec l’ouverture, au Vatican, du premier sommet sur la protection des mineurs au sein de l’Eglise, sa crédibilité étant sévèrement entachée, notamment depuis la révélation en 2018 de nouveaux scandales à grande échelle, au Chili, aux Etats-Unis ou encore en Allemagne.

"Psychologie de l’affectivité"

Ces affaires d’abus sur mineurs poussent l’institution catholique à réfléchir sur la formation de ses futurs prêtres et l’évocation des questions de sexualité. "Il y a une cinquantaine d’années, le sujet était bien plus tabou, abordé davantage sous l’angle du pêché", explique à BFMTV.com l’évêque auxiliaire du diocèse de Paris, Monseigneur Denis Jachiet. Peu à peu, des cours se sont organisés autour de la sexualité pour aborder notamment les thèmes du célibat et de la chasteté. Durant des sessions de "psychologie générale" (en 1ère et 2ème année), de "psychologie de l’affectivité" (en 3ème et 4ème année à raison d’une heure par semaine au cours du 1er semestre), et de morale sexuelle, les séminaristes apprennent notamment "les pensées de l’Eglise sur le mariage, la sexualité".

Ils s’interrogent également "sur leurs pulsions affectives et sexuelles pour voir s’ils sont prêts à s’engager dans le célibat et la chasteté. Ils doivent se demander s’ils acceptent la solitude, le fait de ne pas avoir de sexualité active ou encore de renoncer à la paternité. La formation est un temps de discernement pour apprendre à se connaître. Certains se rendent compte que la vie de prêtre ne leur correspond finalement pas et quittent le cursus", précise Mgr Jachiet.

Accompagnateur spirituel

En dehors des sessions théoriques, les séminaristes sont accompagnés durant leurs sept années de formation par un "accompagnateur spirituel" ou "père spirituel" qu’ils rencontrent en moyenne trois fois par mois pendant une heure. "Ces entretiens individuels leur permettent d’aborder des sujets plus intimes dont ils n’oseraient pas parler devant les autres, comme la question de la masturbation", développe l’évêque auxiliaire du diocèse de Paris.

"L'envie du plaisir solitaire ne s'arrête pas du jour au lendemain et le péché de luxure n'est pas un drame, mais nous devons nous en débarrasser", expliquait il y a quelques années un ancien séminariste au Figaro.

"Ratio fundamentalis"

Les séminaristes suivent également un module consacré aux addictions. "On évoque aussi bien les addictions aux jeux vidéos, à l'alcool, qu’à la pornographie", rapporte à Franceinfo Laurent Tournier, recteur du séminaire interdiocésain d'Orléans, qui estime que la totalité des aspirants y a déjà été "confronté". Les futurs prêtres abordent par ailleurs le sujet des abus sexuels sur mineurs. A cause du devoir de chasteté, certains s’interrogent sur les éventuelles déviances qui peuvent en découler. "Mais c’est loin d’être la majorité", insiste Mgr Jachiet. "Quand des inquiétudes naissent, on doit les aider à faire la vérité sur eux-mêmes et éventuellement les diriger vers des praticiens."

Depuis 2016, la nouvelle "Ratio fundamentalis", les orientations fondamentales pour la formation des prêtres, intègre à la formation la prévention de la pédophilie, qui tend à devenir systématique.

"Elle devra se dérouler tout au long de la formation des séminaristes, intégrée dans un parcours de construction humaine, de la vie affective, de la connaissance de soi et de la morale sexuelle. Le regard au quotidien des formateurs participe au discernement des fragilités et des inaptitudes qui doivent conduire à demander aux candidats d’interrompre leur formation", précise le rapport de la Conférence des évêques de France sur la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise. "On accorde une attention très grande à ces questions", commente Monseigneur Denis Jachiet.

Tolérance zéro

Et la première étape de sensibilisation passe par l’obtention du BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateurs) pour ceux qui se destinent à animer des camps de jeunes. Ensuite, "ils doivent étudier la brochure Lutter contre la pédophilie, mise en place par la Conférence des évêques depuis 2003", poursuit Monseigneur Jachiet. Un important travail de sensibilisation et de formation est engagé, assure la Conférence.

"Depuis 2017, des interventions conduites dans les séminaires, assurées par des experts, des hommes et aussi des femmes (…) visent à rendre chacun vigilant, envers soi-même, et envers les enfants que les séminaristes sont appelés à accompagner." Un premier pas vers la "tolérance zéro" tant réclamée par les victimes d'abus sexuels commis par des membres du clergé.

Ambre Lepoivre