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Comment annoncer à votre enfant que le Père Noël n'existe pas

Photo d'illustration.

Photo d'illustration. - John MACDOUGALL / AFP

Votre bambin grandit mais est toujours convaincu que c'est le Père Noël qui garnit le sapin de cadeaux. Vous vous demandez si vous devez lui révéler la vérité? Deux spécialistes vous livrent leurs conseils.

A une semaine du jour J, les lettres sont certainement déjà envoyées, les sapins décorés et les cheminées méticuleusement ramonées pour laisser passer la précieuse cargaison de celui que les enfants attendent toute l'année: le Père Noël. Selon une étude réalisée par TNS Sofres pour la Fédération des commerces spécialistes des jouets et des produits de l'enfant, 95% des petits âgés de 2 à 4 ans croient aux super-pouvoirs de ce gros monsieur à barbe blanche. Un plébiscite. Et entre 8 et 9 ans, près de la moitié des enfants y croient encore.

Des doutes à partir de 7 ans

Bien souvent, pour les parents, lorsque l'enfant grandit, le problème n'est plus de trouver la cachette idéale pour les cadeaux ou l'énième mensonge pour expliquer pourquoi il n'est du tout incohérent d'avoir croisé à différents endroits plusieurs Père Noël dans une même journée, mais comment annoncer qu'il n'existe pas. Le plus souvent, les choses se font progressivement.

"En principe, ça se fait tout seul, assure à BFMTV.com la psychologue Béatrice Copper-Royer. Jusqu'à 6 ans, l'imaginaire est tout puissant chez l'enfant. Mais autour de 7 ans et ce qu'on appelle l'âge de raison, l'imaginaire régresse et le sens de la réalité prend le pas. Il commence alors à émettre en doute, à poser des questions. Je le vois avec ma petite-fille de 6 ans: elle y croit sans vraiment y croire."

Même point de vue pour la pédiatre Edwige Antier. "Lorsque l'enfant entre au CP, avec l'apprentissage de la lecture, de l'addition ou de la soustraction, des étapes importantes dans la conceptualisation, il y a des signes qui deviennent perceptibles pour l'esprit d'un enfant de cet âge et on passe rarement par une révélation tonitruante", remarque-t-elle pour BFMTV.com.

Poser des questions

Si l'enfant croit toujours dur comme fer au Père Noël après 8 ans, une conversation est envisageable, estime Béatrice Copper-Royer, auteure de Enfant anxieux, enfant peureux.

"On peut lui demander: 'Et toi, qu'est-ce que tu en penses de cette histoire de Père Noël?' On le fait parler et on essaie d'abord de comprendre ce qu'il a dans la tête, de l'écouter, ajoute cette spécialiste de l'enfance et de l'adolescence. Parfois, on se rend compte qu'il n'y croit pas tant que ça. On aborde ensuite les choses en douceur. On peut lui expliquer que c'est un joli conte qui se transmet de génération en génération, une histoire à laquelle on tient beaucoup, mais que ce n'est pas la réalité."

Recommandations similaires pour Edwige Antier, qui invite même les parents à faire appel à la complicité de l'enfant pour le valoriser une fois la vérité découverte. "On peut lui dire qu'il faut garder le secret pour son petit frère, qu'il est maintenant un grand et qu'il peut lui aussi préparer les paquets ou les cadeaux pour ses proches. Cela le rendra actif dans cette notion de générosité."

L'apprentissage de la générosité

Car pour Edwige Antier, le Père Noël représente bien plus qu'un simple moment de magie: c'est une féérie, un rêve fondateur. Cet homme qui voyage une fois par an pour gâter les enfants serait un personnage "qui aide à grandir", maintient-elle. "Cette idée est présente d'une manière ou d'une autre dans presque toutes les cultures. C'est le symbole indispensable de la générosité, absolument nécessaire au développement." Et pour les parents, il n'y a pas à se sentir coupable. "Ce n'est pas un mensonge, c'est un mythe, la différence est importante". Des cadeaux qui ne doivent cependant pas être mérités ni faire l'objet de chantage, met-elle en garde.

Une maladresse commise trop souvent, regrette cette pédiatre. "C'est malsain de jouer là-dessus. Le Père Noël n'est pas un substitut de l'autorité parentale. Ce n'est pas son rôle. Et en plus, ça ne marche pas. Car les enfants auront tout de même un cadeau, cela décrédibilise." L'autre faux-pas: demander au grand-père ou à l'oncle d'enfiler bottes, bonnet rouge et barbe blanche. Le Père Noël doit rester un être irréel que l'on ne peut croiser dans la réalité, assure-t-elle. "C'est pour cela que souvent les enfants ont peur quand ils le voient. Le vrai Père Noël est dans le ciel ou dans ses montagnes", pas sur un bord de trottoir ou dans une galerie marchande.

"Un enfant de 6 ans ne peut pas comprendre le concept de générosité, il n'a pas les capacités d'abstraction nécessaires, ajoute Edwige Antier, auteure de J'aide mon enfant à avoir confiance en lui. Cette surprise déposée sous le sapin, non pas parce qu'il a été le premier de la classe ou parce que c'est son anniversaire, permet de grandir avec l'idée que même si l'on est malheureux, triste, que les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite, il peut y avoir de beaux moments. C'est comme la météo, ça finit par tourner. C'est indispensable pour grandir avec optimisme."

Alimenter le mythe pour les plus petits

Et si la mèche est vendue par des copains de classe ou un frère/une soeur aînée, il arrive que l'enfant décide tout de même de continuer à y croire. "Les grands fanfaronnent parfois auprès des petits et leur disent que le Père Noël n'existe pas ou leur montrent où sont cachés les cadeaux, pointe Edwige Antier. Le petit va avoir des doutes mais souvent il n'aura pas envie de renoncer aussi facilement à cette idée magnifique."

Cette pédiatre recommande ainsi aux parents de nourrir le mythe chez les plus petits, notamment si des gaffes sont commises auprès d'enfants de 4 ans. "On peut même dire que l'on y croit soi-même." Et pour l'enfant de 7 ans qui maintiendrait que le Père Noël existe bel et bien: alors c'est trop tôt, la conversation sera pour plus tard.

"S'il n'est pas encore mûr, ou ne se pose aucune question, est convaincu que le Père Noël existe et vous raconte que les copains qui affirment le contraire disent n'importe quoi, il faut aller dans son sens, c'est un besoin affectif et il faut le respecter. Je vois parfois des parents qui disent aux enfants que c'est ridicule de croire encore au Père Noël, c'est une erreur."

Mauvais souvenir

C'est ce qu'il s'est passé pour Mélanie Blandin, aujourd'hui 34 ans, mais qui se souvient avec amertume du Noël de ses six ans. Elle était alors en CP et c'est sa maîtresse qui a annoncé, devant toute la classe, que le Père Noël n'existait pas. "On était tous sous le choc. Je suis rentrée chez moi en larmes, et mes parents m'ont confirmé la nouvelle. Pour moi, ça a été très violent pendant plusieurs jours, comme une révolution qui bouleverse tout ce en quoi je croyais. Je ne savais plus ce qui était vrai", témoigne-t-elle pour BFMTV.com. Si elle a tout de même gardé le secret pour sa petite soeur, elle évoque cette impression d'avoir été dupée.

"C'était comme si tout le monde s'était moqué de moi. Sur le coup, je l'ai mal vécu même si évidemment, je m'en suis remise! Si les choses avaient été plus progressives, cela aurait sans doute été moins dur à recevoir."

Vigilance autour de 9 ans

Une réserve tout de même: si l'enfant adhère toujours à la fable passé 9 ans, ces deux professionnelles appellent les parents à se remettre en question. "Il faut se demander pourquoi l'enfant n'atterrit pas car il y a un temps pour tout", précise Béatrice Copper-Royer. Pour Edwige Antier, dans ce genre de situation, il ne faut pas hésiter à consulter un psychologue qui saura aborder les choses en douceur.

"Un enfant de 9 ans qui a encore besoin de croire à ce symbole, cela peut être le signe d'une souffrance ou d'une détresse. Pourquoi vouloir se réfugier dans l'imaginaire? Le psychologue lui expliquera que ce côté formidable du Père Noël, ce sont aussi les bonnes surprises que la vie peut nous réserver sans pour autant que cela soit le fait de ce bonhomme habillé de rouge et de blanc."
Céline Hussonnois-Alaya