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Au Moyen-Âge, les millennials étaient déjà détestés

Déjà il y a 500 ans, les pratiques des jeunes générations inquiétaient les penseurs de la société. (Photo d'illustration)

Déjà il y a 500 ans, les pratiques des jeunes générations inquiétaient les penseurs de la société. (Photo d'illustration) - Philippe Huguen - AFP

Déjà au XIVe siècle, les écrivains et penseurs de la société tenaient les jeunes générations pour responsables des maux de l'époque.

Trop connectés, inadaptés au monde du travail, narcissiques, désociabilisés… Les millennials, ou les personnes nées "après 1980 et devenues adultes au nouveau millénaire" selon le Pew Research Center américain, récoltent toutes sortes d’étiquettes pas très flatteuses.

Eric Weiskott, professeur d’anglais au Boston College, lui-même millennial et enseignant à des millennials, a fini par en avoir marre de ces clichés dépréciateurs qui blâment les nouvelles générations pour tous les maux de la société. Pour répondre aux détracteurs des générations Y et Z, il s’est donc servi de la matière qu’il enseigne: la littérature médiévale.

Dans un article publié sur The Conversation, Eric Weiskott a répertorié plusieurs passages d’écrits publiés au XIVe siècle qui traduisent le scepticisme des penseurs de la société envers les plus jeunes d’entre nous.

Par exemple, The House of fame, un poème publié en 1379 ou 1380 par Geoffrey Chaucer, dépeint une ville de Londres qui croît rapidement en taille et en complexité et où circulent indifféremment les vérités et contre-vérités.

Les ménestrels "qui ne pouvaient aligner trois mots"

Dans un autre écrit, Troilus and Criseyde, Chaucer s’inquiète aussi des générations futures qui pourraient mal copier et mal compter les vers de ses poèmes. Quelques décennies plus tôt, Warren Ginsberg s’alarmait déjà dans Winner and Waster de ménestrels imberbes qui ne "pouvaient pas aligner trois mots" et étaient quand même portés aux louanges.

L’éducation n’y échappe pas: dans Piers Plowman, William Langland considère que la grammaire de l’époque ne fait que perturber les enfants et que personne ne peut plus ni créer de la poésie, ni interpréter les poèmes déjà existants.

Un peu plus tard, au XVe siècle, Thomas Malory se plaint aussi des… jeunes qui sautent le pas et s’adonnent trop tôt au sexe, contrairement aux générations antérieures.

"Ce qui est impensable dans une ère devient si omniprésent lors de celle qui suit qu’il devient invisible", résume Eric Weiskott. Dans plusieurs décennies, ce sera certainement au tour des millennials de critiquer les jeunes générations pour de nouvelles attitudes, traduisant de nouvelles angoisses de société.

Liv Audigane