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Affaire Matzneff: Bernard Pivot "regrette de ne pas avoir eu les mots qu'il fallait"

Bernard Pivot

Bernard Pivot - John MacDougall - AFP

Bernard Pivot, qui a plusieurs fois reçu dans ses émissions Gabriel Matzneff sans jamais l'interpeller sur son attirance autoproclamée pour les jeunes enfants, regrette de "ne pas avoir eu les mots qu'il fallait". L'écrivain est épinglé pour pédocriminalité après les révélations de Vanessa Springora, qui raconte avoir été sous son emprise à 14 ans.

Bernard Pivot s'explique. Jeudi, après les déclarations de l'éditrice Vanessa Springora, qui révèle avoir été victime de l'auteur Gabriel Matzneff, évoquant une relation sous emprise alors qu'elle avait 14 ans et lui une cinquantaine d'années, l'INA a repartagé sur son compte Twitter une vidéo de l'émission Apostrophes.

Au cours de l'extrait, datant de 1990, Matzneff, pédocriminel assumé et désormais mis en cause, est interrogé sur son attirance pour les jeunes enfants et seule la romancière canadienne Denise Bombardier l'interpelle, le comparant à ces "vieux messieurs" qui attirent les enfants avec des bonbons. A l'inverse, Bernard Pivot interroge sur un ton badin l'écrivain sur son attirance sexuelle pour les "moins de 16 ans". Une séquence qui fait scandale sur les réseaux sociaux, près de trente ans après sa diffusion.

L'ancien président du Goncourt, âgé de 84 ans, a réagi une première fois sur Twitter en expliquant que "dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale" mais qu'aujourd’hui "la morale passe avant la littérature".

"Moralement, c’est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout, d’une époque", avait-il continué.

"Le monde des livres se jugeaient au-dessus des lois"

Cette courte réponse face aux critiques adressées à Bernard Pivot est suivie, ce lundi, d'un texte qu'il a transmis au Journal du dimanche, pour qui il est toujours chroniqueur littéraire.

L'octogénaire y assure qu'après Mai 68 "dont le slogan majeur était 'il est interdit d'interdire', des livres comme ceux de Gabriel Matzneff ont été publiés sans que la justice n'intervienne, sans même que les associations de défense de l'enfance et de la famille ne protestent".

"On a même vu les plus grands écrivains de l'époque pétitionner pour la libération de trois hommes emprisonnés pour avoir eu des relations sexuelles avec de jeunes adolescents. Le monde des livres et la littérature se jugeaient alors au-dessus des lois et de la morale", poursuit-il.

"Le sentiment de n'avoir pas eu les mots qu'il fallait"

Selon lui, en tant qu'animateur d'émissions littéraires à la télévision, il lui "aurait fallu beaucoup de lucidité et une grande force de caractère pour [se] soustraire aux dérives d'une liberté dont s'accommodaient tout autant [ses] confrères de la presse écrite et des radios".

"Ces qualités, je ne les ai pas eues. Je le regrette évidemment, ayant de surcroît le sentiment de n'avoir pas eu les mots qu'il fallait", conclut-il dans son texte.

Le Consentement, le livre de Vanessa Springora, aujourd'hui directrice des éditions Julliard, est attendu ce jeudi en librairies. 

Clément Boutin