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A quoi ressemblera bientôt la téléconsultation avec un médecin?

La Cnam et les syndicats de médecins entament jeudi des négociations autour de la télémédecine. Le but ? Définir le cadre de ces consultations, dont le gouvernement souhaite la généralisation le plus rapidement possible.

2018, année de la généralisation de la télémédecine? C’est en tout cas le but du gouvernement, qui a fait sortir la pratique du simple cadre expérimental. Des négociations entre la Cnam et les syndicats de médecins s’ouvrent d’ailleurs jeudi pour s’attacher à définir le champ d'application et le prix des téléconsultations. Aujourd’hui, seulement 2% des Français ont pu expérimenter cette nouvelle forme de médecine. Voilà à quoi elle pourrait ressembler.

Comment pourrait marcher une téléconsultation?

La pratique, très encadrée, est développée par plusieurs complémentaires santé depuis quelques années. C'est à cela que la téléconsultation pourrait ressembler dans quelques mois. A Courbevoie, le docteur Thierry Manteau pratique le téléconseil depuis 2011 et la téléconsultation depuis 2016, via le site MédecinDirect. Sur cette plateforme, vous pouvez poser une question à laquelle le médecin s’engage à répondre dans les deux heures. Le patient peut également demander un rendez-vous en vidéo. "On ne se positionne pas du tout en remplacement de la médecine de ville. Je suis moi-même installé, je ne me fais pas autoconcurrence. Ça ne peut être qu’un complément. Ça ne pourra jamais être un remplacement exclusif", prévient Thierry Manteau.

Il assure recevoir globalement les mêmes demandes que celles qu’il voit défiler dans son cabinet chaque jour. "Comme ce ne sont pas nos patients, on va pousser l’interrogatoire, raconte le médecin. En médecine, 80% des diagnostics sont faits à ce moment-là, l’examen clinique étant là pour confirmer. Surtout, à partir du moment où on ne voit pas le patient, on va être plus dans l’explication et l’éducation".

Quitte à parfois le renvoyer vers un cabinet physique? "Pour une douleur abdominale violente qui ne cède pas avec des antalgiques usuels, il va falloir aller se faire examiner. Mais c’est très rare qu’on dise ‘non je ne peux rien vous dire, vous devez aller consulter’". Il n’y a qu’une seule vraie restriction: la délivrance des arrêts de travail ou des certificats de sport, "qui nécessitent un examen physique".

  • Pour Jean-Paul Ortiz, président de Confédération des syndicats médicaux (CSMF), le médecin devrait limiter la téléconsultation avec sa patientèle habituelle: "c'est ce que nous préconisons dans le cadre de la généralisation de la téléconsultation. Ne pas connaître les patients est pour nous extrêmement casse-gueule en terme de responsabilité".

Quel sera le coût d’une téléconsultation ?

Aujourd’hui réservé aux clients de certaines mutuels, le dispositif a pour but d'être étendu à tous et donc être pris en charge par l’Assurance-maladie. C’est tout l’enjeu des négociations qui s’ouvrent aujourd’hui entre la Caisse nationale d’assurance maladie et les syndicats de médecins. "Sur les tarifs, on nous a dit qu’ils ne seraient pas plus élevés que les consultations d’aujourd’hui", assure Philippe Vermesch, président du Syndicat des médecins libéraux (SML). "Si la consultation consiste simplement à donner un avis bref sur quelque chose de simple, on peut imaginer un tarif inférieur à celui de la consultation habituel. Mais si ça nécessite un recueil d’informations, un interrogatoire, un dialogue, une recherche de symptômes, il n’est pas logique que ce soit inférieur au montant de la consultation", ajoute Jacques Battistoni, président du syndicat MG France.

Quoi qu'il arrive, il faudra former les médecins à cette nouvelle pratique. Et développer leur équipement tout en assurant la sécurisation des communications. "Soit l’amortissement du matériel est compris dans le prix de la téléconsultation, soit il est compensé par un forfait abondé par la Caisse", prévient Philippe Vermesch.

Pour quels avantages attendus ?

L’enjeu est d’abord financier. En novembre 2017, la Cour des comptes assurait que "les enjeux financiers sont estimés par certaines études à 2,6 milliards d’euros par an pour les hospitalisations et les transports sanitaires évitables, voire jusqu’à 9 milliards pour le coût de la non-observance des traitements". Mais elle soulignait également que "la mauvais organisation des multiples expérimentations qui ont été menées jusqu’ici n’a pas encore permis d’en retirer aucun bénéfice ".

Pour les patients, la téléconsultation devrait aussi permettre de "désenclaver des zones où on a du mal à trouver des médecins, c'est un enjeu de santé publique", assure Philippe Vermesch. Mais ceux qui vivent dans les déserts médicaux ne sont pas les seuls concernés. "On intervient quand il y a une impossibilité de pouvoir voir le médecin, pour un départ à la retraite, des vacances… Il m’est même arrivé qu’un patient arrive avec des examens complémentaires prescrits par un médecin décédé entre temps" raconte Thierry Manteau.

Selon lui, la généralisation du dispositif devrait enfin permettre de désengorger des services d’urgence en état de saturation: "Une mère de famille dont un enfant a une diarrhée, on va lui expliquer le régime à prendre, quels sont les signes de déshydratation à surveiller. Cela permet d’éviter d’aller aux urgences parce qu’ils ne savent pas quoi faire. Ça permet d’orienter".

Antoine Maes