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A Arras, les hommes violents prennent conscience de leurs actes dans des centres d'hébergement

Dans son plan de lutte contre les violences conjugales, le gouvernement a annoncé sa volonté de créer des centres d'hébergement et d'accompagnement pour les auteurs de ces abus. Pour l'heure, une seule structure de ce genre existe: elle a été créée à Arras en 2008.

"Je n’ai jamais vu l’accompagnement des hommes violents comme une priorité dans le traitement des violences conjugales. Mais le grenelle m’a fait changer de vision." Invitée sur RMC et BFMTV ce lundi matin, Marlène Schiappa a confirmé la volonté du gouvernement de créer, dans chaque région, deux centres de prise en charge des hommes auteurs de violences envers les femmes "avant la fin du quinquennat". Cette mesure s’inspire d’une structure mise en place depuis 11 ans à Arras, dans le Pas-de-Calais: le "Home des Rosati", un centre d’hébergement unique en France, que la secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes a visité au cours du grenelle qui s’est achevé ce lundi.

"J’ai été convaincue par ce qu’ils font car ils ont fait baisser la récidive en prenant en charge les hommes violents", salue la ministre.

En effet, la communauté urbaine d’Arras, qui pilote le Home des Rosati, estime que 13% des hommes qui sont passés par leur centre ont récidivé en 2018. "Il ne s’agit pas d’offrir une alternative à la prison en accueillant les cas les plus graves comme les meurtriers", précise la secrétaire d’Etat. "L'idée est de leur offrir un accompagnement dès les premières menaces ou les premières plaintes de leurs compagnes." Le Home des Rosati accueille simultanément huit hommes contre lesquels une mesure d’éloignement a été prononcée par un magistrat.

Travailler sur le comportement des hommes violents

"On reçoit ceux qui n’ont pas de solution d’hébergement ou les moyens d’aller à l’hôtel durant l’application de cette décision de justice", explique à BFMTV.com Marie-Françoise Montel, en charge du centre. Et d’ajouter: "On profite de ce temps pour travailler avec eux sur leur comportement." Au Home des Rosati, les hommes ont pour obligation de prendre leurs repas ensemble et de participer à la vie de la maison en s’occupant du ménage, des lessives… "On déconstruit les stéréotypes", souligne Marie-Françoise Montel.

En parallèle, les auteurs de violences suivent un stage de responsabilisation pendant un mois, à raison de trois séances d’1h30 par semaine. Lors de ces sessions individuelles et collectives, ils sont pris en charge par des éducateurs et des psychologues.

"En arrivant, certains hommes reconnaissent des dérapages mais les minimisent, d’autres sont dans le déni, certains, au contraire, ont déjà pris conscience de la gravité de la situation", commente la responsable du centre.

Alors que plus de 200.000 femmes majeures sont victimes chaque année de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint, selon les dernières données officielles, le centre d’hébergement d’Arras tente de "faire prendre conscience aux hommes qu’il reçoit de la gravité de leurs actes, de comprendre ce qui a déclenché leur violence et de travailler dessus afin que ça ne se reproduise plus", poursuit-elle.

"Faire passer la honte de l’autre côté"

Depuis sa création en 2008, le Home des Rosati a hébergé 600 auteurs de violences, mais Marie-Françoise Montel tient à ce que les choses soient claires:

"Ce dispositif est avant tout une aide apportée aux victimes. En travaillant avec les auteurs de violences conjugales, on fait passer la honte de l’autre côté. Par ailleurs, ce dispositif permet aux femmes de rester chez elle, il est plus aisé de se reconstruire au sein de son foyer. Et ça évite également de changer les enfants d’établissement."

Ce lundi, Marlène Schiappa a lancé sur notre antenne un appel à candidature en direction des associations, des communautés urbaines et des partenaires privés pour enclencher le maillage du territoire par ces centres d’hébergement et d’accompagnement socio-psychologiques. Un budget d’environ 200.000 euros par an, financé à 50% par l’Etat, devrait y être alloué pour accueillir entre 35 et 40 hommes par centre chaque année.

Ambre Lepoivre