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70% des Français de confession juive disent avoir déjà été victimes d'un acte antisémite

Certains juifs préfèrent quitter leur commune pour se sentir en sécurité

Certains juifs préfèrent quitter leur commune pour se sentir en sécurité - LOIC VENANCE / AFP

D'après un sondage Ifop publié ce mardi, les 18-24 ans se disent particulièrement touchés par la violence antisémite, notamment verbale. Le grand rabbin de France demande à l'exécutif de mieux lutter contre ce "virus" sur Internet.

Une quarantaine de dirigeants mondiaux, dont Emmanuel Macron, sont attendus à Jérusalem à partir de ce mardi pour le 75e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz. Mais force est de constater que l'antisémitisme est loin d'avoir disparu de notre société: selon un sondage Ifop* pour la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et l'American Jewish Committee (AJC) dévoilé par Le Parisien34% des Français de confession juive se sentent menacés dans leur vie quotidienne en raison de leur appartenance religieuse.

Un "poison"

Toujours selon cette étude, 70% d'entre eux disent avoir été victime, au moins une fois dans leur vie, d'un acte antisémite. Le pourcentage monte à 84% pour les 18-24 ans. Dans le détail, les personnes interrogées déclarent avoir été à 64% victime d'une agression verbale à cause de leur religion, 23% d'une agression physique.

Tags antisémites, profanations de tombes, agressions... En 2018 - selon les dernières données disponibles auprès du ministère de l'Intérieur -, les actes antisémites ont effectivement bondi de 74%, pour atteindre les 541 plaintes. "L'antisémitisme se répand comme un poison", avait alors vivement dénoncé Christophe Castaner.

"Stratégie d'invisibilité"

Pour éviter ces actes de violence, le sondage montre également l'importance des "stratégies d'invisibilité" déployées par les Français de confession juive. 43% d'entre eux disent préférer "éviter certains quartiers ou certaines rues" par crainte de violence, tandis que 37% choisissent de ne pas montrer leur appartenance à leur religion, en évitant d'afficher des symboles, comme le mezouza aux portes. Un tiers des sondés affirment aussi éviter d'afficher leur religion par les vêtements, en refusant par exemple de porter une kippa.

Interrogé par Le Parisien, le grand rabbin de France Haïm Korisa juge que "l'antisémitisme est un virus [qui] mute" en France. Il invite l'exécutif à prendre davantage le problème à bras le corps, en particulier sur Internet, devenu "un déversoir de haine sans limite, qui frappe d'abord les plus jeunes".

*L'enquête a été menée auprès d'un échantillon de "505 Français se déclarant de confession juive ou ayant au moins un parent de confession ou de culture juive." Les interview ont été "réalisées en ligne et en face-à-face du 14 octobre au 19 novembre 2019."

Esther Paolini