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Antisémitisme, antisionisme: l'Assemblée valide un texte controversé de LaREM

L'Assemblée nationale - Image d'illustration

L'Assemblée nationale - Image d'illustration - Lionel Bonaventure - AFP

Vingt-six députés LaREM se sont prononcés contre ce texte - du jamais-vu dans le groupe majoritaire depuis l'accord de libre échange Ceta. Ses détracteurs craignent que la définition de l'antisémitisme retenue empêche toute critique de la politique d'Israël ou "hiérarchise les haines".

Comment définir l'antisémitisme? L'Assemblée nationale a adopté ce mardi une proposition de résolution du député LaREM Sylvain Maillard soutenue par le gouvernement, mais qui a entraîné un record d'oppositions de "marcheurs", certains craignant qu'elle empêche toute critique de la politique d'Israël ou "hiérarchise les haines".

Cette résolution reprend la définition de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA), déjà validée par le Parlement européen et 20 pays dont 16 de l'UE, et appuyée par Emmanuel Macron en février devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Le président avait alors affirmé vouloir élargir la définition de l'antisémitisme à l'antisionisme.

"Les manifestations rhétoriques et physiques de l'antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte", selon la définition de l'IHRA. Celle-ci constitue "un instrument efficace (...) en ce qu'elle englobe les manifestations de haine à l'égard de l'Etat d'Israël justifiées par la seule perception de ce dernier comme collectivité juive", précise la résolution.

Avant, un collectif de 127 intellectuels juifs avait en revanche jugé "hautement problématique" le texte car il "assimile (...) l'antisionisme à l'antisémitisme". "De nombreuses victimes de l'Holocauste étaient antisionistes", rappelle-t-il dans une tribune au Monde. En outre, la définition de l'IHRA est "déjà utilisée pour stigmatiser et réduire au silence les critiques de l'Etat d'Israël, notamment les organisations de défense des droits humains", pointe le collectif.

26 oppositions dans le groupe LaREM

Le texte, sans valeur contraignante, a été adopté par seulement 154 voix pour (des élus LaREM et LR principalement), 72 contre (à gauche), et 43 abstentions. "On va jouer un peu les pompiers de service", avait prédit le patron des députés LR Damien Abad.

Vingt-six députés LaREM se sont prononcés contre - du jamais-vu dans le groupe majoritaire depuis l'accord de libre échange Ceta (9 contre) -, 22 se sont abstenus, tandis que 84 l'ont validé. Ces résultats étaient presque un soulagement parmi les cadres du parti, après une réunion houleuse dans la matinée et compte tenu de la crainte d'une désertion du Palais Bourbon.

Des échanges houleux à l'Assemblée

Plusieurs députés ont déploré une "résurgence" de l'antisémitisme, mais il n'y a pas eu le rassemblement espéré autour de la proposition de résolution. Au contraire, son examen a donné lieu à quelques éclats de voix et paroles véhémentes. Guillaume Larrivé (LR) a dénoncé des "relents d'un islamo-gauchisme" dans l'hémicycle, tandis que Meyer Habib (UDI-Agir) a aussi visé la gauche et un "double langage de la majorité". Selon ce député franco-israélien, "la détestation d'Israël, c'est le nouvel antisémitisme".

Considérant que les outils existent déjà pour pénaliser l'antisémitisme, les socialistes ont voté contre la résolution, tout comme communistes et insoumis. Selon leur leader Jean-Luc Mélenchon, "assimiler la critique du sionisme à un acte antisémite" fait "deviner une volonté de provocation qui sidère". Comme d'autres, la présidente du RN Marine Le Pen s'est inquiétée du risque que la résolution "puisse interdire de critiquer Israël" - ce que récusent ses signataires et soutiens.

Autre écueil, soulevé par plusieurs députés: pourquoi "catégoriser" les haines? La France est une République "indivisible" et "laïque" et il faut légiférer sans distinction "religieuse", ont encore rappelé 24 "marcheurs" dans une tribune. En réponse à ces critiques, le patron du groupe LaREM Gilles Le Gendre a accepté la demande d'une mission d'information "sur l'émergence et l'évolution des différentes formes de racisme, et les réponses à y apporter".

Un "geste symbolique fort" salué par Israël

Après le vote, le ministre israélien des Affaires étrangères Israel Katz a "salué la décision du Parlement français" et a appelé les "autres pays à suivre l'exemple de la France". Le Crif (institutions juives) s'est réjoui, voyant "une avancée pour la France" et "une étape nécessaire pour renforcer la lutte contre un fléau qui représente plus de 50% des actes racistes dans notre pays".

De son côté, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a salué avec ce vote "un geste symbolique fort", considérant que "c'est en disant les choses que nous ferons reculer la haine", alors que 107 tombes du cimetière juif de Westhoffen ont été découvertes mardi maculées de croix gammées.

M.D. avec AFP