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Mars: les radiations cosmiques risquent d’endommager le cerveau des astronautes

Image de Mars transmise par Curiosity, le 9 décembre 2013.

Image de Mars transmise par Curiosity, le 9 décembre 2013. - HO - NASA - JPL-Caltech - MSSS - AFP

Des scientifiques ont soumis des souris à des flux de particules de haute énergie, semblables aux radiations cosmiques que rencontreraient les astronautes en se rendant sur la planète rouge. Ils ont observé des dommages au niveau du cerveau des rongeurs, notamment une moins bonne transmission des signaux entre les synapses, affectant leurs capacités cognitives à long terme.

Un nouveau frein à une mission vers la planète rouge ? Les radiations cosmiques auxquelles seraient exposés les astronautes en se rendant sur Mars seraient nocives pour leur cerveau, selon une étude scientifique américaine relayée par plusieurs médias anglo-saxons, dont le Guardian vendredi. Les chercheurs ont exposé des souris à des flux de particules de haute énergie - semblables à ceux trouvés dans les rayons cosmiques galactiques - et ont constaté qu'ils produisaient des dommages au niveau du système nerveux des souris, provoquant chez elles une forte chute de la performance.

Des effets similaires à ceux des maladies neurodégénératives

Pour cette dernière étude, les rongeurs ont été placés pendant un court instant dans un faisceau de particules d'oxygène et de titane de haute énergie dans le laboratoire de radiation spatiale de la Nasa, avant d’être renvoyés en laboratoire pour être examinés. Dans l’espace, les particules qui génèrent des rayons cosmiques galactiques proviennent généralement d’étoiles qui explosent, rappelle le quotidien britannique.

L’exposition à ces particules a provoqué chez les souris une inflammation de leur cerveau, qui a affecté la capacité de transmissions des signaux entre leurs neurones. Les images des cerveaux des souris ont montré que leur réseau de communication avait été endommagé. Mais l’exposition a également eu des effets sur le long terme. Six semaines après avoir été confrontées aux particules énergétiques, les souris avaient moins de synapses dendritiques, ces structures qui dépassent des neurones et transportent les signaux électrochimiques. Ces branches semblaient touchées et diminuées par les particules, présentant des effets similaires à ceux de maladies neurodégénératives comme la maladie d'Alzheimer.

Pour étudier l’impact de ces changements dans le cerveau des souris, les scientifiques les ont ensuite placées dans des boîtes contenant des jouets, puis ont changé les types de jouets et leur position dans la boîte. Résultat : les souris qui avaient été touchées par les particules étaient moins curieuses et moins actives que celles qui n’avaient pas subi ce traitement.

"Pas un élément rédhibitoire"

Une mauvaise nouvelle pour les astronautes candidats à un voyage sur Mars, estime Charles Limoli, un professeur de radio-oncologie interrogé par le Guardian. "Les baisses de performance, les pertes de mémoire, de conscience et de la capacité à se concentrer pendant les vols spatiaux pourraient affecter les activités essentielles à la mission, et l'exposition à ces particules pourraient avoir des conséquences néfastes à long terme sur la cognition tout au long de la vie", détaille-t-il. "Cela pourrait conduire à une baisse en termes de performance, une anxiété élevée et pourrait affecter la capacité à résoudre des problèmes", poursuit Charles Limoli.

Pour autant, ces effets pourraient "être subtils", selon lui, "et ne devraient pas faire obstacle à nos efforts pour planifier de futures missions spatiales lointaines incluant l’homme". "Cela n’est pas un élément rédhibitoire, mais cela représente un problème auquel la Nasa doit se préparer", juge-t-il.

Car la Nasa envisage sur une mission sur Mars d’ici les années 2030. "Notre objectif ultime est le voyage vers Mars et tout revient à cela", a ainsi dit Charles Bolden, l’administrateur de l'agence spatiale américaine en avril.

La société néerlandaise Mars One a de son côté dit avoir pour objectif de construire une colonie permanente sur la planète rouge d’ici 2020, et a déjà commencé à interviewer des candidats potentiels. Mais certains sont sceptiques quant à ce projet. L’an dernier, des scientifiques du Massachussets Institute of Technology (MIT) avaient en effet calculé que, telle que la mission était actuellement planifiée, les premiers pionniers du projet Mars One mourraient sur place au bout de 68 jours.

V.R.