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L'étoile géante Bételgeuse va-t-elle mourir et exploser sous nos yeux?

L'étoile Betelgeuse, surnommée la "super géante rouge" prise par l'Observatoire de Paris, le 26 juillet 2009.

L'étoile Betelgeuse, surnommée la "super géante rouge" prise par l'Observatoire de Paris, le 26 juillet 2009. - L. CALÇADA / ESO / LESIA / AFP

L'une des 10 étoiles les plus brillantes de la galaxie pourrait actuellement être en train de mourir. Si ce phénomène se confirme, il aboutirait sur une explosion en supernova, un phénomène rarissime dans notre galaxie.

L'une des étoiles les plus brillantes de la Voie lactée va-t-elle s'éteindre? C'est la question qui met en émoi les astronomes du monde entier, depuis que l'étoile géante Bételgeuse a vu sa luminosité chuter ces dernières semaines. L'événement pourrait annoncer son explosion en supernova, un phénomène rarissime dans notre galaxie.

Une baisse d'éclat de l'ordre de 70%

Située dans la constellation d'Orion, cette "super géante rouge", presque 1000 fois plus grosse que le Soleil, brille intensément dans le ciel d'hiver, où elle est visible à l'œil nu grâce à sa couleur orange. Elle figurait jusqu'à présent parmi les 10 étoiles les plus brillantes de la galaxie.

Mais depuis la mi-novembre, "à l'œil nu sa baisse d'éclat [est] spectaculaire", indique à Futura-Sciences Sylvie Vauclair, astrophysicienne à l'Institut de recherches en astrophysique et planétologie (Irap) et spécialiste des étoiles. Elle a "chuté de manière drastique, de l'ordre de 70%", ajoute Pierre Kervalla, de l'Observatoire de Paris-PSL, auprès de l'AFP.

"C'est l'ébullition !"

Alertés par des observateurs amateurs, des astronomes ont déclenché en décembre une vaste campagne d'observation, mobilisant les plus grands télescopes de la planète.

"C'est l'ébullition ! Nous avons monté un groupe de recherche à travers le monde pour utiliser tous les instruments capables d'imager la surface de Bételgeuse", a expliqué Eric Lagadec, astrophysicien à de l'Observatoire de la Côte d'Azur.

Et des centaines d'astronomes amateurs sont mis à contribution, et "passent leurs nuits dans leurs jardins ou leurs sites d'observation favoris" afin d'apporter des mesures complémentaires, selon ce chercheur du CNRS.

Une explosion en supernova

Plusieurs hypothèses sont avancées. Il pourrait s'agir, selon Sylvie Vauclair, "d'une fluctuation exceptionnelle, conjugaison des effets de plusieurs cycles habituels". Ou bien le phénomène pourrait résulter d'une éjection de gaz, qui en formant de la poussière, cacherait le rayonnement. La dernière possibilité, celle qui passionne le plus les astronomes, est la mort de Bételgeuse.

Ce dernier scénario se solderait alors par une explosion en supernova. L'astre en fin de vie n'ayant plus de "carburant" - issu de la fusion nucléaire -, son cœur s'effondrerait sur lui-même et formerait une étoile à neutrons, un objet très compact qui crée une onde de choc disloquant complètement l'étoile, le tout en quelques heures seulement.

Toutefois, Sylvie Vauclair affirme que ce scénario pourrait ne pas se réaliser avant "100.000 ans, ou même plus". Il est difficile de prédire précisément quand elle mourra, car il n'existe aucun signe annonciateur: "C'est un peu comme un séisme; la veille de l'explosion, l'étoile sera pareille", souligne Pierre Kervalla.

La dernière formation de supernova observée en 1604

Depuis la Terre, on observerait alors à l'œil nu un point aussi brillant que la Lune dans la voûte céleste diurne et nocturne. À cela s'ajouterait un joli spectacle, "celui d'un écho de lumière se propageant autour, comme des ronds dans l'eau", précise Pierre Kervalla.

Au bout de plusieurs semaines, ce point disparaîtrait et formerait une nébuleuse, visible dans le ciel pendant des milliers d'années. Un phénomène exceptionnel qui n'arrive qu'une fois par siècle dans la Voie lactée. La dernière formation de supernova observée remonte à 1604.

Le phénomène serait sans danger pour notre planète, dont Bételgeuse est distante de 600 années-lumière.

"Si on la voit exploser d'ici, cela signifiera que l'explosion a eu lieu physiquement il y a 600 ans", rappelle Pierre Kervalla.

Sur le plan scientifique, l'événement permettrait aux astronomes de suivre directement, et pour la première fois de l'histoire, les différentes phases de l'explosion, une précieuse jauge pour mesurer l'expansion de l'Univers.

Esther Paolini avec AFP