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Faire moins d'enfants permettra-t-il de sauver la planète?

Des enfants au Niger, l'un des pays au plus fort taux de fécondité au monde. (photo d'illustration)

Des enfants au Niger, l'un des pays au plus fort taux de fécondité au monde. (photo d'illustration) - Issouf Sanogo - AFP

Dans un manifeste d'une ampleur inédite publié lundi, plus de 15.000 scientifiques alarment sur l'état de la planète. Parmi les facteurs montrés du doigt: la croissance démographique de la planète, dont la population a augmenté de 35% en 25 ans.

Un véritable cri d'alarme. Lundi, plus de 15.000 scientifiques de 184 pays ont lancé, par le biais d'un manifeste, un avertissement face aux risques de déstabilisation de la planète, faute d'action concrète pour la préservation de l'environnement. Disponibilité de l'eau potable, déforestation, baisse du nombre de mammifères, émissions de gaz à effet de serre: tous ces voyants sont dans le rouge, martèlent les scientifiques, dont l'appel a été publié dans la revue BioScience.

+ 35% d'habitants sur Terre depuis 1992

Mais outre ces menaces, qui ne cessent de s'aggraver, les chercheurs pointent l'un des principaux facteurs: l'augmentation de 35% de la population mondiale depuis 1992, année du premier avertissement de ce genre signé par la communauté scientifique. Cette fois-ci, les chercheurs insistent: il est devenu nécessaire de freiner la croissance démographique, notamment dans les pays en développement.

Car comme les signataires de ce manifeste l'expliquent, la croissance démographique galopante sur Terre pose de facto un problème d'épuisement des ressources disponibles, notamment alimentaires. En l'espace de 25 ans, l'humanité a augmenté de deux milliards d'individus, et s'établit aujourd'hui à 7,6 milliards d'habitants. Pourtant, une baisse du taux de fécondité des femmes est observée dans l'immense majorité des pays, parallèlement à cette augmentation de 35% de la population planétaire. 

Malgré cette baisse du nombre d'enfants par femme, cette augmentation de la population devrait se poursuivre, souligne Le Monde, qui rappelle qu'il y a toujours plus de naissances que de décès sur Terre.

Une croissance inégale selon les régions du monde

Cette croissance démographique est très inégale selon les régions du monde. En effet, si de nombreux efforts ont été faits dans les pays en développement, tels que l'Inde, la Chine et le Brésil, pour réguler la démographie, d'autres zones du monde restent concernées par un nombre important de naissances par femme.

"Dire que globalement la population de la Terre augmente, c'est vrai. Mais cela masque le fait qu'elle augmente surtout dans quelques petites régions. En fait, il y a deux régions problématiques dans le monde. La région africaine située entre les deux tropiques, c'est-à-dire le Sahel, la République démocratique du Congo, l'Afrique centrale jusqu'à l'Angola. Puis la région du Pakistan, de l'Afghanistan et du nord de l'Inde", insiste le démographe Hervé Le Bras, directeur d'étude à l'INED, interrogé sur RMC.

Les chiffres attestent ces contrastes: au sein de l'Union européenne, le taux de fécondité ne dépasse pas 1,6 et, aux Etats-Unis, 1,8 enfant par femme. En Indonésie, il a baissé à 2,3 et en Inde à 2,5. Mais dans les pays du Sahel, tels que le Mali et le Niger, il grimpe à 6 ou 7.

"A part ces deux régions, pratiquement toutes les autres zones du monde sont tombées en dessous de 2 enfants par femme", souligne Hervé Le Bras. Pour cette raison, selon le démographe, la population mondiale augmentera encore un peu sur une génération, avant de commencer à ralentir.

Des changements nécessaires de modes de vie

Face à la croissance démographique se pose un problème de taille: nourrir une population de plus en plus importante, puiser dans les ressources de la Terre pour produire les quantités alimentaires suffisantes, et donc, par définition, exploiter au maximum ces ressources, jusqu'à les épuiser.

"Vis-à-vis de l'état de la planète, la population n'est qu'une cause indirecte", fait valoir Hervé Le Bras. "C'est la façon dont les humains se comportent qui est importante. Le cas est particulièrement net pour la consommation: le fait de consommer beaucoup de nourriture d'origine animale oblige à nourrir les animaux avec de la nourriture d'origine végétale. D'une certaine manière, cela prive de blé une partie de la population", fait remarquer le démographe. 

Mais la question est complexe, car l'empreinte environnementale est bien évidemment différente selon les pays, en fonction de leurs modes de vie et de consommation. Concrètement, l'empreinte environnementale des pays du Sahel est de 10 à 20 fois plus faible qu'en France, malgré un taux de fécondité bien plus important.

Face à l'urgence démographique, priorité doit donc être donnée à la réduction de la consommation et aux changements de modes de vie. Dans les régions du monde concernées par une croissance démographique galopante, ces changements passeront aussi par l'amélioration du niveau d'éducation et de santé, notamment chez les jeunes filles, afin de les sensibiliser à la contraception. 

Adrienne Sigel