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Éoliennes, lignes à haute tension: des éleveurs dénoncent des troubles chez leurs animaux 

Elevage de vaches normandes à proximité de Rouen, le 15 octobre 2019.

Elevage de vaches normandes à proximité de Rouen, le 15 octobre 2019. - LOU BENOIST / AFP

Après l'apparition de troubles importants chez leurs animaux, selon eux d'origine électrique, des éleveurs expliquent avoir mis la clé sous la porte.

Une douzaine d'éleveurs de plusieurs régions de France ont annoncé qu'ils allaient engager une procédure judiciaire pour faire reconnaître d'importants troubles, selon eux d'origine électrique, ayant un grave impact sur leur santé et celle de leurs animaux. Selon eux, l'installation d'une antenne relais, d'une ligne à haute tension, d'éoliennes, d'un transformateur électrique, d'un parc photovoltaïque à proximité de leurs élevages seraient à l'origine des troubles observés. 

L'apparition de troubles du comportement

Certains de ces éleveurs, membres de l'Association nationale des animaux sous tension (Anast), ont témoigné de leurs difficultés, parfois les larmes aux yeux, lors d'une conférence de presse qui s'est déroulée ce lundi au Mans. Tous décrivent l'apparition subite de troubles du comportement chez leurs bêtes et une augmentation de la mortalité. Parfois, c'est l'éleveur lui-même qui est touché par des troubles, notamment des crises de migraine.

Alain Crouillebois, éleveur dans l'Orne, a raconté que ses ennuis avaient commencé en 2011, lorsqu'une ligne électrique de 20.000 volts avait été enfouie à proximité de son élevage. Très vite, ses vaches avaient refusé la traite, développé des maladies... Au total, il estime avoir perdu "plusieurs centaines de milliers d'euros". En 2019, lorsqu'il décide de déplacer à ses frais une partie de la ligne à haute, il observe une amélioration de l'état de santé de son cheptel. 

Des centaines d'éleveurs seraient touchés

Une douzaine de plaintes similaires seront déposées d'ici à mars 2020 devant plusieurs Tribunaux de grande instance de France pour obtenir des indemnisations, a annoncé leur avocat, Me François Lafforgue."Il y a une organisation de l'opacité depuis de nombreuses années, on a rendu invisible ce qui aurait dû être porté à la connaissance de tous", a-t-il dénoncé, mettant en cause un "lobby électrique" qu'il compare à celui de l'amiante et des pesticides. Pour le président de l'Anast, Serge Provost, "des centaines d'éleveurs seraient touchés."

Une action a également été engagée le 31 octobre contre le ministère de l'Agriculture devant le tribunal administratif de Paris pour que tous les documents du GPSE, le groupement permanent pour la sécurité électrique créé en 1999 sous l'égide du ministère de l'Agriculture, soient communiqués à l'Anast. 

"On a détourné le GPSE de son objet premier. Assez vite, ça a été un organisme chargé d'incriminer les éleveurs, de trouver des explications autres que celles qui paraissaient évidentes et de garantir la non-divulgation des problèmes en leur faisant signer des clauses de confidentialité", a souligné Me Lafforgue, estimant qu'on "a essayé de cacher les problèmes aux autres éleveurs" et qu'on a "trouvé des solutions d'indemnisation quand on ne pouvait pas faire autrement pour éviter que le dossier aille en justice".

Une baisse de la qualité du lait établie en 2015

En 2015, la cour d'appel de Caen avait établi un lien de causalité entre une ligne à très haute tension et la baisse de la qualité du lait d'un éleveur de l'Orne, condamnant le distributeur RTE à l'indemniser. "Jusqu'ici, le GPSE n'a pas établi de relation de causalité entre les symptômes relevés sur des animaux d'élevage et les ondes électromagnétiques", a réagi le ministère de l'Agriculture.

"À la réception du courrier de l'Anast, une expertise juridique a été engagée par le ministère de l'Agriculture et l'Alimentation, compte tenu de la complexité du dossier: le GPSE a en effet un statut d'association et perçoit des subventions publiques. Une réponse lui sera adressée dans les meilleurs délais", a déclaré le ministère.
Romane Ganneval avec AFP