BFMTV

Comment les scientifiques surveillent les astéroïdes

L'astéroïde Bennu, photographié le 16 novembre 2018

L'astéroïde Bennu, photographié le 16 novembre 2018 - HO / NASA/Goddard/University of Arizona / AFP

Parmi les centaines de milliers d'astéroïdes connus des chercheurs, 2000 représentent un danger potentiel pour la Terre. Surveillés en permanence, leur orbite est calculée afin de prévoir un potentiel risque de collision, et des techniques de déviation de corps trop dangereux sont en cours d'élaboration. Elles permettraient à terme d'éliminer pratiquement tout risque pour notre planète.

"Un astéroïde va frôler la Terre", "un astéroïde géant passe à proximité de notre planète", un astéroïde "pourrait mettre fin à la civilisation"... Régulièrement, l'annonce du passage d'un corps céleste à proximité de notre planète réveille les peurs d'un scénario catastrophe. 

L'astéroïde 1998 OR2, qui passera à proximité de la Terre le 29 avril, a, comme ses prédécesseurs, soulevé une vague de questionnements sur les risques encourus pour notre planète, rapidement démentis par la NASA, l'agence spatiale américaine. Mais des dizaines de milliers de corps croisent l'orbite terrestre. Si 1998 OR2 n'est pas un danger, qu'en est-il des autres?

2000 astéroïdes potentiellement dangereux

"Nous avons identifié plus de 20.000 astéroïdes s’approchant relativement près de la Terre, appelés géocroiseurs", explique à BFMTV.com Sonia Fornasier, maîtresse de conférence à l’Université de Paris et chercheuse au LESIA (Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique). Un géocroiseur est un astéroïde ou une comète qui orbite autour du Soleil, et qui croise l'orbite terrestre.

Parmi ces géocroiseurs, 2000 identifiés sont considérés comme potentiellement dangereux, et classés dans la catégorie des Potentially Hazardous Asteroids (PHA). Pour entrer dans cette catégorie, il faut que la distance d’intersection du corps avec notre orbite soit de moins de 7,5 millions de km, et que sa taille soit supérieure à 140 mètres, explique la chercheuse. Avec ces dimensions "leur passage dans notre atmosphère ne les fragmenterait pas assez", et les corps trop gros pourraient alors faire des dégâts majeurs.

Mais "il y a peut-être beaucoup plus de PHA, on ne les connait pas tous. Parmi ces objets, on est sûr que 98% ne vont pas impacter la Terre dans les prochaines centaines d’années. Mais les risques se sont tous les objets que l'on ne connait pas", explique à BFMTV.com Antonella Barucci, astronome de l’Observatoire de Paris - LESIA. 

"Au-delà de 100 mètres de diamètre, quelque soit l'endroit où il peut tomber, cela va faire des dégâts au moins à l’échelle régionale ou d’un pays", relève à BFMTV.com l'astrophysicien Patrick Michel de Observatoire de la Côte d'Azur, directeur de Recherches au CNRS. Il précise qu'en dessous de ce seuil, ces corps extraterrestres se désagrégeront en grande partie en arrivant dans notre atmosphère. Mais leur potentiel de destruction reste élevé.

"Plus de mille fois celle d’une bombe nucléaire"

En 1908, une météorite de 40 à 50 mètres a explosé dans l'atmosphère, à 8000 mètre d'altitude au-dessus de la Sibérie, et "a créé une onde de choc qui a détruit la taïga sur 2000 km2", expliquait en 2012 dans Futura Sciences l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet. L’énergie libérée par ce corps céleste équivalait à "plus de mille fois celle d’une bombe nucléaire", déclare Sonia Fornasier. 

Plus récemment, le 15 février 2013, la chute de la météorite de Tcheliabinsk a également provoqué des dégâts importants. "Il s’agit d’une météorite de 15 à 20 mètres qui s’est désintégrée à 20 kilomètres d’altitude", au-dessus de la ville de Tcheliabinsk (Russie), explique Sonia Fornasier. Sous l’onde de choc, des vitres de nombreux bâtiments ont été soufflées, des murs d’usine sont tombés et plus de 1000 personnes ont été blessées.

Parmi les gros astéroïdes connus et surveillés actuellement, Apophis. Mesurant 340 mètres de diamètre, "il passera à un peu plus de 30.000 kilomètres de la Terre le 13 avril 2029 selon nos calculs", explique Sonia Fornasier. De par sa taille et sa trajectoire proche de notre planète, "il sera visible à l’oeil nu", explique-t-elle, en rappelant qu’il n’aura pas d’impact sur la Terre.

Les astéroïdes surveillés de très près

Pour les chercheurs, les corps les plus difficiles à identifier sont en fait les plus petits, qui sont aussi les plus nombreux. Les astéroïdes ne dégagent pas de lumière et la reflètent mal, ce qui les rend difficiles à identifier, notamment quand ils sont petits. De plus "ils bougent très vite, en moyenne à une vitesse de 10km/seconde", explique Sonia Fornasier. Gros ou petits, "on peut les perdre de vue pendant des mois, voire des années".

Des équipes se consacrent à la localisation et à la surveillance de ces corps potentiellement dangereux. "Les géocroiseurs de plus d'un kilomètre ont presque tous été identifiés, le but est actuellement de recenser tous ceux de plus de 140 mètres", explique Patrick Michel.

Les chercheurs "essayent d'en caractériser le plus possible, même les plus petits", explique Antonella Barucci. Au-delà de la taille, la consistance des astéroïdes est aussi importante à déterminer, car "un objet de 50 mètres et de 10 mètres ne représentent pas le même danger selon leur composition". Un astéroïde constitué de matière carbone est plus léger qu'un de fer, leur impact ne sera donc pas le même.

Une fois qu’un astéroïde est découvert, il est surveillé de très près pendant plusieurs années. "On peut ainsi calculer avec une très grande précision leurs orbites" et faire des estimations justes sur leur trajectoire par rapport à la Terre, souligne Antonella Barucci. Mais la surveillance sert également à noter un potentiel changement dans la trajectoire d'un corps: "Il peut subir une attraction gravitationnelle, une collision, quelque chose qui fait que son orbite change. Les observer, ça apporte des précisions en plus".

Les plus dangereux bientôt déviés de notre orbite?

Les chercheurs assurent toutefois qu'il est très rare qu'un astéroïde de très grande taille frappe la Terre. Un corps de 50 mètres a une probabilité de nous frapper tous les 1000 ans, un corps de 1km tous les 500.000 ans, un corps de 10km tous les 10 millions d’années. "Il s'agit bien sûr d'une moyenne", souligne Patrick Michel. L'astrophysicien précise que même quand un petit astéroïde, susceptible de faire des dégâts locaux, touche la Terre, le risque est faible qu'il touche une zone habitée, car une grande partie de la planète n'est pas peuplée. Mais même très limité "il y a un risque", souligne Antonella Barucci.

Pour tenter d'éliminer ce danger d'une collision d'un astéroïde avec la Terre, la mission Hera, menée par Patrick Michel, a été lancée par l'Agence spatiale européenne, en collaboration avec la mission DART de la NASA. Le but premier de cette mission est sécuritaire: réussir à dévier un astéroïde de sa trajectoire.

DART s'occupera "d'entrer en collision avec Didymoon en octobre 2022", explique l'Agence spatiale européenne. Didymos est le nom d'un astéroïde double et Didymoon est le nom (non-officiel) de la petite lune de 165 m de diamètre qui tourne autour du plus gros corps de ce système. L’impact provoqué par la NASA devrait entraîner un changement de la trajectoire de la petite Lune autour du plus gros corps. La mission Hera interviendra ensuite en 2026 pour récupérer et analyser les données de cette collision, qui devraient à terme permettre d'élaborer une technique de défense planétaire, si un corps particulièrement dangereux menaçait la Terre.

Mais ces missions de reconnaissance ont également pour but d'en découvrir plus sur les astéroïdes et les comètes, qui auraient pu, selon certains chercheurs, "apporter sur la Terre primitive les molécules nécessaires à l’apparition de la vie", explique le CNRS dans un article. Mieux comprendre ces objets, c'est donc aussi remonter à la source, "comprendre comment se crée une planète, voire comprendre comment se crée la vie", souligne Patrick Michel.

Salomé Vincendon