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Comment la Terre se prépare à un impact avec un astéroïde

Vue d'artiste d'un astéroïde.

Vue d'artiste d'un astéroïde. - NASA / JPL / CALTECH / T.PYLE

Pendant toute la semaine, 300 experts du monde entier réunis à Washington travaillent sur un scénario fictif d'une collision avec un astéroïde.

Après un mois d'observation, l'annonce est officielle: l'astéroïde 2019PDC a une chance sur 100 de rentrer en collision avec la Terre. Depuis un mois, les astronomes observent ce corps céleste à 57 millions de kilomètres de notre planète, qui se déplacent à une vitesse de 14 kilomètres par seconde et mesure entre 100 et 300 mètres de diamètres. La collision est prévue pour 2027.

Ce scénario, totalement imaginaire et digne d'un film catastrophe, sert aujourd'hui à une simulation à une grande échelle pour déterminer quelle pourrait être notre réaction en cas de pareille menace. Près de 300 astronomes, scientifiques, ingénieurs et experts des situations d'urgence participent à cet exercice - qui est raconté en direct sur Twitter par l'ESA (European Space Agency) - toute la semaine semaine dans la banlieue de Washington.

"Si l'astéroïde 2019PDC se dirigeait droit vers la Terre, nous ne le saurions pas avant 2020. Alors, comment pouvons-nous prendre une décision? Qu'est-ce qu'on fait maintenant?", a mis en scène Paul Chodas, créateur du scénario d'impact cette année, au premier jour de l'exercice.

1 chance sur 2096

Depuis 2013, c'est la quatrième fois qu'a lieu une telle simulation. Car le risque est bien réel, comme l'a rappelé l'explosion dans l'atmosphère d'un météore en 2013 au-dessus de la ville russe de Tcheliabinsk. Au total, les astronomes ont répertorié 20.001 astéroïdes dont l'orbite pourrait les rapprocher à moins de 50 millions de kilomètres de la Terre – et qui donc représenteraient une menace.

Parmi les plus risqués, on trouve par exemple un rocher baptisé 2000SG344: 50 mètres environ de diamètre, avec une chance sur 2096 qu'il s'écrase sur Terre d'ici 100 ans, selon l'ESA. Si la plupart sont plus petits, 942 font plus d'un kilomètre, estime l'astronome Alan Harris, qui a informé l'auditoire que quelques gros astéroïdes se cachaient encore probablement dans le ciel: "La plupart sont garés derrière le Soleil".

Pour surveiller ces astéroïdes, l'ESA a installé un télescope en Espagne et en prévoit d'autres au Chili et en Sicile. Mais de nombreux astronomes réclament un télescope dans l'espace puisque, depuis la Terre, on ne peut pas voir les objets se trouvant de l'autre côté du Soleil.

Dévier ou évacuer

Selon les experts réunis à Washington, face à une telle menace, la première mission sera de pointer les télescopes vers l'astéroïde pour en dresser un portrait-robot précis. L'objectif est de déterminer le plus rapidement possible la trajectoire de cet astéroïde, tenter de savoir à quel moment aura lieu l'impact et évaluer avec précision sa masse, sa taille et sa composition.

En fonction des informations récoltées, le choix est simple: tenter de dévier le corps céleste ou tout simplement évacuer la zone d'impact. Selon Detlef Koschny, co-directeur du bureau de défense planétaire de l'Agence spatiale européenne, on peut prédire le pays d'impact deux semaines avant la collision. Et quelques jours avant, la précision est de quelques centaines de kilomètres.

Avec un objet mesurant moins de 50 mètres de diamètre, ce serait la solution privilégiée. Cependant, dans le scénario retenu pour cet exercice, cette idée n'est pas envisageable. Les astronomes, ingénieurs et scientifiques travaillent donc sur plusieurs solutions pour éloigner l'astéroïde de la trajectoire de la Terre.

Si l'idée de faire exploser l'astéroïde comme dans Armageddon paraît la plus expéditive, elle est également dangereuse. Les débris engendrés pourraient s'avérer tout aussi dangereux pour la Terre. L'idée est plutôt d'agir sur l'orbite de l'astéroïde. L'Agence spatiale européenne doit ainsi participer à une expérience en 2022.

"La sonde américaine DART (Double Asteroid Redirect Test) s’écrasera sur le plus petit d’un système de deux astéroïdes appelé Didymos. Comme dans le cadre du test mené par Hayabusa2, cette collision devrait former un cratère et mettre à jour des matériaux situés sous la surface dans un environnement dont la gravité est encore plus faible, mais l’objectif principal est de dévier de manière mesurable l’orbite de l’astéroïde Didymoon, qui mesure 160m de diamètre", explique sur le site de l'ESA Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des astéroïdes à l’Observatoire de la Côte d’Azur.

Qui payera?

D'autres solutions sont également à l'étude. Des scientifiques suggèrent ainsi de peindre en blanc une partie de l'astéroïde pour modifier la façon dont se réfléchit la lumière. Les scientifiques et ingénieurs envisagent aussi de mettre en orbite un vaisseau autour d'un astéroïde qui agirait comme un "tracteur gravitationnel". Mais ces méthodes pourraient prendre des années, voire des décennies pour être efficaces.

En attendant, sur Terre, un autre problème se pose: "Quelle serait l'autorité décisionnaire?", se demande Romana Kofler, du bureau des affaires spatiales de l'ONU, alors que "le consensus a été jusqu'à présent de ne pas répondre à cette question". Si le Conseil de sécurité de l'ONU sera sûrement saisi, rien n'indique que tous les pays participeraient à l'effort s'ils ne sont pas concernés par l'impact d'un caillou céleste. 

"Une menace venue de l'espace ne fait pas de distinction entre les religions, les cultures, les races ou les sexes. Je pense que la conférence dédiée à la défense de la planète est un bon endroit pour commencer à unir le monde. Ce n'est qu'en travaillant ensemble que nous pourrons commencer à lutter contre les menaces mondiales", a rappelé à la tribune Harel Ben-Ami, de l'agence spatiale israélienne, lors du premier jour d'exercice. 

Benjamin Rieth